CLX
Le soir s’est éclairci, voici le jour.
Au soleil reluisent les armes;
Heaumes et hauberts jettent des flammes,
Et les écus aussi, si bien peints à fleurs,
Et les lances , et les gonfanons dorés.
L’Empereur chevauche, plein de colère;
Tous les Français sont tristes, sont angoisseux;
11 n’en est pas un qui ne pleure à chaudes larmes, 11 n’en est pas un qui ne tremble pour Roland.
Cependant l’Empereur a fait saisir le comte Ganelon Et l’a livré aux gens de sa cuisine.
Charles appelle leur chef nommé Begon;
« Garde- moi bien cet homme, » dit-il, « comme un traître « Qui a vendu toute ma maison. »
Begon alors prend Ganelon , et met après lui cent compagnons De sa cuisine , des meilleurs et des pires,
Qui vous lui épilent la barbe et les moustaches.
Puis chacun vous lui donne quatre coups de son poing; Ensuite ils vous le battent rudement à verges et à bâtons;
Ils vous lui mettent une grosse chaîne au cou;
Ils l’enchaînent enfin comme on ferait un ours,
Et le jettent ignominieusement sur un cheval de charge.
C’est ainsi qu’ils le gardèrent jusqu’au moment de le rendre à Charles...
CLXÎI
Comme les montagnes sont hautes, énormes et ténébreuses ! Comme les vallées sont profondes! comme les torrents sont rapides !
Ganelon et le fit enfermer dans une tour. » Keiser ( Karl Magnus’s TcroniTcc.)
Sunent cil graisle e derere e devant E tuit racatent encuntre l’Olifant.
Li Emperere chevalchet iréement,
1835 E li Franceis curuçus e dolent;
N’i ad celui ne plurt e se dement,
E preient Deu que guarisset Rollant Jusque il viengent el’ camp cumunement :
Ensembl’od lui i ferrunt veirement.
1840 De ço qui calt? Kar ne lur valt nient :
Demurent trop, n’i poedent estre à tens. Agi