Atgier (cf. v. 2075). L’éty
« Et d’Apollon, dont nous observons la loi.
« Nous avons fait votre message à Charles.
« Il a levé ses deux mains vers le ciel,
« A rendu grâces à son Dieu, et point n’a fait d’autre réponse ; « Mais il vous envoie un de ses nobles barons,
« Qui est un très puissant homme de France.
« C’est par lui que vous saurez si vous aurez la paix ou non.
« — Qu’il parle, » dit Marsile ; « nous l’écouterons, »
Ganelon, cependant, prend son temps pour réfléchir Et commence à parler avec un grand art,
Comme celui qui très bien le sait faire :
« Salut, » dit-il au Roi, ce salut au nom de Dieu,
« De Dieu le glorieux que nous devons adorer.
« Voici ce que vous mande Charlemagne le baron :
« Vous recevrez la sainte loi chrétienne,
« Et Charles vous daignera laisser en fief la moitié de l’Espagne. « L'autre moitié sera pour Roland, le baron .
« (L’orgueilleux compagnon que vous aurez là!)
« Si vous ne voulez point de cet accord ,
« Sous Saragosse il ira mettre le siège :
« Vous serez pris , vous serez garrotté de force ,
« Et l’on vous conduira à Aix, siège de l’Empire, cc Un jugement y finira vos jours,
« Et vous y mourrez dans la vilenie, dans la honte. »
Le roi Marsile fut alors tout saisi de frémissement :
Il tenait à la main une flèche empennée d’or ;
Il en veut frapper Ganelon ; mais par bonheur on le retient.
mologie de ce mot est anglo-saxonne :
ategar est le nom du javelot saxon, et l’on ne trouve , en réalité , ce mot que dans des textes d’origine anglaise.
(Florent de Worcbester; Guillaume de Malmesbury, De gest. Angl., cap. xn ; Hoveden. Cf. le Gloss, anglo-saxon de Somner; Halliwell, au mot Alger e, et surtout Ducange au mot Ategar.) Le texte de Florent de 'VYorchester est des plus précieux i&In manu sinistra
clypewn mm umbonibus aureis et davis deauratis; in dextera lanceam auream quæ lingua Ànglorum hategar nuncupatur. » C’est tout à fait notre atgier ki d’or fut empenez. — Cette étymologie est des plus importantes :
comme ce mot n’a jamais été usité qu’en Angleterre, il semble raisonnable de conclure que le poème où il se trouve a été écrit en Angleterre.
Li reis Marsilies ad la culur muée,
De sun atgier ad la hanste crollée.
Quant le vit Guenes, mist la main à l’espée Cuntre dous deiz Lad de l1 fuerre gelée;
445 Si li ad dit : « Mult estes bele e clere;
« Tant vus avrai en curt à rei portée,
« Ja ne V dirat de France F Emperere « Que jo suis moerge en l’estrange cuntrée;
« Einz vus avrunt li meillur cumperée. »
450 Dient paien : « Desfaimes la meslée. » Aoi.
Tant li preièrent li meillur Sarrazin Qu’el’ faldestoel s’est Marsilies asis.
Dist l’Àlgalifes : « Mal nus avez baillit,
« Que le Franceis asmastes à ferir;
455 « Vus 1’ doüssiez esculter e oïr.
« — Sire , » dist Guenes , « me Y envient à sufïrir a « Jo ne lerreie, pur tut l’or que Deus fist,
« Pur tut l’aveir ki seit en cest païs ,
« Que ne li die, se tant ai de leisir 460 « Que Carlemagnes, li reis poësteïfs, cc Par mei li mandet sun mortel enemi. s Afublez est d’un mantel sabelin ,
Ki fut cuverz d’un pâlie alexandrin :
Getet 1’ à tere , si 1’ receit Blancandrins ;
465 Mais de s’espée ne volt mie guerpir,
En sun puign destre par l’orie punt la tint.
Dient paien : « Noble barun ad ci ! » Aoi,
465. Espèe, L’épée, qui est l’arme chevaleresque par excellence , présente quatre parties : 1° la lame, qui est à gouttière; 2° le Tielz ou les « quillons», lesquels sont droits ou recourbés vers la pointe; 3° la poignée, qui est grêle et étroite; 4° le pommeau, qui
Le roi Marsîle a changé de couleur Et brandit dans sa main le bois de la flèche.
Ganelon le voit, met la main à son épée, ^
Et en tire du fourreau la longueur de deux doigts :
« Épée, » lui dit-il, « vous êtes claire et belle.
« Tant que je vous porterai à la cour de ce roi,
« L’Empereur de France ne dira pas « Que je serai mort tout seul au pays étranger.
« Mais, avant ma mort, les meilleurs vous auront payée de leur sang.
« — Défaisons la mêlée, » s’écrient les Sarrasins,
Les meilleurs des païens ont tant prié Marsile,
Que sur son trône il s’est enfin rassis.
Et le Calife : « Vous nous mettiez, » dit-il, « en vilain cas,
« Quand vous vouliez frapper le Français.
« 11 fallait l’écouter et l’entendre.
« — Sire, » dit Ganelon, « je veux bien souffrir cet affront : ■*«£-
cc Mais onques je ne consentirais, pour tout l’or que Dieu fît, c Ni pour tous les trésors qui sont en ce pays,
« A ne pas dire, si l’on m’en laisse le loisir,
« Le message que Charles, le roi très puissant,
« Vous mande à vous, son ennemi mortel. »
Ganelon était vêtu d’un manteau de zibeline,
Couvert de soie d’Alexandrie.
Il le jette à terre, et Blancandrin le reçoit;
Mais, quant à son épée, point ne la veut quitter :
En son poing droit la tient par le pommeau d’or.
« Voilà, » disent les païens, « voilà un noble baron ! »
est creux et sert de reliquaire. = Voir notre Éclaircissement III, sur le costume de guerre, et les figures ci-contre, d’après cinq sceaux des xie-xn« siècles.
Envers le Rei s’est Guenes aproismiez,
Si li ad dit : « A tort vus curuciez ;
470 « Kar ço vus mandet Caries ki France tient, ce Que recevez la lei de chrestiens ;
« Demi Espaigne vus durrat il en fiet;
« L’altre meitiet avrat Rollanz sis niés :
« Mult i avrez orgoilius parçunier.
475 « Se ceste acorde ne vulez otrier,
« En Sarraguce vus viendrat asegier ;
« Par poestet serez pris e liez ,
« Menez serez tut dreit ad Ai s le siet :
« Vus n’i avrez palefreid ne destrier,
480 « Ne mul ne mule que poissiez chevalchier.
« Getez serez sur un malvais sumier; ce Par jugement iloec perdrez le chief.
« Nostre Emperere vus enveiet cest brief. » El’ destre puing l’ad livret à Y paien.
485 Marsilies sout asez d'art e de livre,
Escoler fut de la loi païeni me.
Freint le seel, getet en ad la cire,
Guardet à Y brief, vit la raisun escrite : Pluret des oüz , sa blanche barbe tiret,
En piez se drecet, à halle voiz s’escriet : ce Oez , seignurs, cum mortel estullie.
ce Caries me mandet, ki France ad en baillie « Que me remembre de la sue grant ire; 490 « Ç’ est de Basan e sun frere Basilie, cc Dunt pris les chiefs as puis de Halioïe.
« Se de mun cors voeill aquiter la vie, cc Tost li envei mun uncle, PAlgalife, cc Kar altrement ne m’amerat il mie. b N’i ad paien ki un sut mot en diet.
495 Après parlât sis filz envers Marsilie,
Ganelon s’est approché du Roi :
« Vous vous emportez à tort, » lui a-t-il dit.
« Celui qui tient la France, Charlemagne vous mande « Que vous ayez à recevoir la loi chrétienne,
« Et il vous donnera en fief la moitié de l’Espagne.
« Quant à l’autre moitié, .elle est pour son neveu Roland.
« (L’orgueilleux compagnon que vous aurez là!)
« Si vous ne voulez accepter cet accord ,
« Charles viendra vous assiéger dans Saragosse.
« Vous serez pris, vous serez garrotté de force,
« Et mené droit à Aix, siège de l’Empire.
« Pour vous pas de destrier ni de palefroi ;
« Pas de mulet ni de mule où l’on vous laisse chevaucher.
« On vous jettera sur un méchant cheval de charge;
« Et un jugement vous condamnera à perdre la tête.
« Voici la lettre que vous envoie notre Empereur. » il la remet au païen , dans le poing droit.
Marsile était savant , était lettré ,
Et avait été aux écoles de la toi 'païenne.
Il brise le sceau, il en fait cheoir la cire,
Jette un regard sur la lettre, et voit tout ce qui y est écrit : Il pleure des yeux , tire sa barbe blanche ,
Se lève , et , d'une voix retentissante :
* Écoutez , seigneurs , quelle folie .
« Celui qui a la France en son pouvoir, Charles, me mande « De me souvenir de la colère et de la grande douleur ;
« C’est-à-dire de Basan et de son frère Basile,
« Dont j’ai pris les têtes aux monts de Haltoïe. a Si je veux racheter la vie de mon corps ,
« Il me faut lui envoyer le Calife, mon oncle,
« Autrement il ne m’aimera plus. »
Pas un païen n'ose dire un seul mot,
Et seul, après Marsile, son fils prend la parole :
E dist à P Rei : « Guenes ad dit folie.
« Tant vus ad dit nen est dreiz que plus vivet « Livrez le mei , j’ en ferai la justise. »
Quant Voit Guenes, l’espée en ad brandie ;
500 Yait s’apuier suz le pin à la tige.