POUR L’ENSEIGNEMENT DU ROLAND
Reste l’élément philologique et grammatical. J’ose à peine conseiller aux p'ofesseurs d’aborder un enseignement aussi spécial et auquel leur éducation ne les a pas encore préparés. Que si cependant ils se décidaient courageusement à essayer cette tâche un peu rude, je leur demanderais volontiers de se bornera faire faire à leurs élèves une traduction interlinéaire de quelques fragments de notre vieux poème. Nous avons eu soin de leur donner, en” notre livre, un modèle de cet excellent exercice, et avons traduit de la sorte les cent premiers vers de l’antique chanson. Aller plus loin serait peut-être téméraire, et c’est dans les Ecoles spéciales que les jeunes gens en apprendront plus long... s’ils le désirent.
Telles seraient les leçons « pratiques » sur la Chanson de Roland; mais il semble qu’elles ne suffiraient pas et devraient être précédées ou suivies de quelques leçons « théoriques » sur la poésie épique du moyen âge français, sur la langue et la versification des xi« et xiic siècles, et sur toute l’histoire externe du Roland . Rien n’est plus indispensable qu’un tel prologue. Pour en venir à bout sans trop de fatigue et de labeur, le professeur n’aurait à consulter que deux ou trois livres : Y Histoire poétique de Charlemagne de M. Gaston Paris et nos Épopées françaises. Nous demandons la permission de leur tracer ici le plan sommaire des vingt leçons (d’une heure chacune) qu’ils pourront sans doute consacrer à notre vieille épopée. Ils voudront bien se persuader que nous n’avons aucunement l’intention de les régenter, mais que nous voudrions seulement les faire profiter de notre expérience.
Ire PARTIE. — Leçons théoriques.
lr* Leçon, — Petite histoire de la langne française. Ses origines et ses premiers développements. ( Voy., pins loin, pp. 405 et suiv.)
2« Leçon. — Grammaire très élémentaire de l’ancienne langue française. (Voy., plus loin , pp. 428 et suiv.)
3« Leçon. — De l’ancienne versification française. (Voy., plus loin,pp. jgÿ et suiv. Epopées françaises, 2« édition, tome I , pp. 438 et suiv.) — Les plus anciens monuments de la poésie française. Lire à haute voix la traduction de la « Cantilène de sainte Eulalie »,^de la Passion, du Saint Léger et du Saint Alexis. (Voy., plus loin, pp. 40*7 et suiv.)
4# et 5* Leçon. — Ce que c’est qu’une Chanson de geste. [Épopées françaises, 2» éd., t. I, pp. 178-191.) — Lire à haute voix quelques-uns des Morceaux choisis qui font partie de notre Chrestomathie épique. [Ibid., pp. 479 et suiv.)
6* Leçon. — La Chanson de Roland . L’histoire et la légende (Voy., plus loin, pp. xi et suiv.)
x QUELQUES CONSEILS PRATIQUES
7® Leçon. — La Chanson de Roland (suite). Histoire du vieux poème. Les manuscrits , la langue, la versification ; la grandeur et la décadence. (Voy., plus loin, pp. xix et suiv.)
8® Leçon. — La Chanson de Roland ( suite et fin ). Le style. ( Ibid., pp. xxx et suiv.)
2® PARTIE. — Leçons pratiques (lecture et commentaire oral).
9® Leçon. — « Le Conseil de Marsile » (vers 1-95).— Les ambassadeurs dans l’antiquité classique et au moyen âge.
10® Leçon. — « Le Conseil de Charlemagne » ( vers 96-365). — Comparer les caractères de Vlliade avec ceux de Roland , Charlemagne avec Agamemnon Roland avec Achille , Naimes avec Nestor, etc.
11® Leçon. — « Le Crime de Ganelon » ( vers 366-702). — Le traître chez tous les peuples.
12® Leçon. — « Les préludes de la grande bataille » (vers 1017-1187). — Une bataille dans Homère et dans Virgile; parallèle.
13® Leçon. — « Le cor » ( vers 1091-1850).
14® Leçon. — « La mort d’Olivier » (vers 1932-2065).
15® Leçon. — « La dernière bénédiction de l’Archevêque» ( vers 2164 - 2258 ). — Turpin comparé à Calchas , etc.
16e Leçon. — « La mort de Roland » (vers 2259-2396).
17® Leçon. — « La grande douleur de Charlemagne » (vers 2845-2765).
18® Leçon. — « Le châtiment de Ganelon »> ( vers 3134-3974 ).
19® Leçon. — « La mort de la belle Aude » (vers 3505-3733).
20® Leçon. — Exercices philologiques très élémentaires. — Traduction interlinéaire. (Voy., plus loin, pp. 587-594.)
Il ne nous reste plus qu’à nous mettre à la disposition de tous ceux
qui voudront nous demander quelque direction ou quelques conseils.
Rien ne nous coûtera quand nous pourrons être utile à des professeurs intelligents et dévoués , à des Français qui aimeront bientôt la
Chanson de Roland autant que nous l’aimons nous-même.
INTRODUCTION