‹ Chanson de RolandChapitre 63 sur 323 · L X VI I · texte numérisé non relu

L X VI I

L’Empereur interpelle son neveu Roland : c A coup sûr vous savez, beau sire neveu,

« Que je vous veux donner la moitié de mon armée.

« Gardez- la près de vous : c’est votre salut.

« — Non, » dit le Comte, « non, je n’en ferai rien;

« Et que Dieu me confonde, si je démens ma race! a Je garderai seulement vingt mille Français, vingt mille vaillants.

« Pour vous, passez les défilés en toute sûreté;

« Vous n’avez pas un homme à craindre, tant que je vivrai ! »

Li quens Rollanz est muntez sur un munt.

Vestit sa brunie , ja meillur ne vist hum,

Lacet sun helme ki fut faiz pur barun,

Ceint Durendal dunt ad or est li punz,

A V col se mist un escut peint à flurs.

Ne voelt munter se sur Veillantif nun .

Tient sun espiet, blancs est li gunfanun,

Les renges d}or li bâtent jusqu’à U puni.

Or verrat hum ki V amer al o nun.

Dient Franceis : « E nus vus i sivrum. » Aol

Li quens Rollanz est muntez el’ destrier.

Cuntre lui vient sis cumpainz Oliviers ;

Vint i Gerins e li pruz quens Geriers,

795 E vint i Otes, si i vint Berengiers,

E vint Sansun e Anseïs li fiers ;

Ives e Ivories que li Reis ad tant chiers.

Vint i Gerarz de Russillun li vielz;

Venuz i est li Guascuinz Engeliers.

Dist PArcevesques : « Jo irai, par mun chief.

800 « — E jo od vus , » ço dist li quens Gualtiers :

« Hum sui Rollant, jo ne le dei laissier. »

Entre s’eslisent vint milie chevaliers. Aol

795. Otes est compté au nombre des douze Pairs dans la Chanson de Roland, Y Entrée en Espagne, Gui de Bourgogne (Oede), la Karlamagnus Saga et Otinel. = Un autre Otes figure dans les Remaniements de la Chanson de Roland . Voir notre note du vers 3680. = Berengiers. La Chanson de Roland, les Remaniements de Paris, de Venise, etc., la Chronique de Weihenstephan et le Voyage à Jérusalem mettent Bérengier au nombre des

douze Pairs. Renaus de Montaiiban place dans ce corps sacré un « Berengier le Gallois ».

(jEj) Gerarz de Russillun. C’est un des personnages les plus célèbres de notre Épopée nationale; mais il n’est guère ici qu’épisodique. Il est compté au nombre des douze Pairs par la Chanson de Roland et ses Remaniements, par Otinel, etc. = Le Giratz de Rossilho ( poème provençal du xiie siècle) nous fait assister à la lutte

Le comte Roland est au sommet d’une montagne .

Il a revêtu son haubert, le meilleur qu’on ait jamais vu, Lace son heaume fait pour baron,

Ceint Durendal au pommeau d’or Et suspend à son cou son écu peint à fleurs .

Quant au cheval, il n’en veut pas d’autre que Veillantif.

Il tient sa lance droite, sa lance au gonfanon blanc Dont les franges d’or descendent jusqu’au pommeau de son épée .

On va bien voir qui aimera Roland, et qui ne l’aimera pas : & Nous vous suivrons, » s’écrient les Français *

Le comte Roland monte alors sur son destrier t A ses côtés vient se ranger Olivier, son compagnon ;

Puis Gerin, puis Gerier le preux comte,

Puis Othon et Bérengier,

Puis Samson et Anséis le fier,

Ive et Ivoire que le roi aime tant .

Girard de Roussillon , le vieux Girard , y est aussi venu ,

Avec le Gascon Engelier.

« Par mon chef, » s’écrie l’Archevêque, « j’irai, moi aussi.

& — Et j’irai avec vous, » dit le comte Gautier :

« Je suis l’homme de Roland, et ne dois point lui faillir. »

Ils se choisissent entre eux vingt mille chevaliers.

de son héros contre Charles Martel, que les poètes de langue d’oïl ont bientôt transformé en Charlemagne. Or, Girard tombe un jour dans la plus profonde misère et est réduit à se faire charbonnier, tandis que sa femme Berthe devient couturière. Le poème se termine par sa réconciliation avec j l’Empereur. — Dans notre Chanson de Roland , Girard est représenté fort vieux (vers 2409) : ce qui concorde assez bien avec la donnée de la Chan-

son provençale. — La légende da « Girard du Fraite » s’est probablement fondue avec la précédente. Ce Girard du Fraite est un vieux rebelle qui, au commencement d'Aspremont , refuse de venir au secours de Charlemagne et qui , dans un passage des Reali calqué sur quelque vieux poème français, va jusqu’à se faire renégat et à briser le crucifix. Mais notre Girard n’a aucun de ces traits dans la Chanson de Roland. Il y vit, il y meurt en vrai chrétien.

Li quens Rollanz Gualtier de l’Hum apelet :

« Pernez mil Francs de France nostre tere,

805 « Si purpernez les destreiz e les tertres ,

v Que FEmperere nisun des soens n’i perdet. » Respunt Gualtiers : « Pur vus le dei bien faire. » Od mil Franceis de France la lur tere ,

Gualtiers desrenget les destreiz e les tertres.

810 N’en descendrat pur malvaises nuveles,

Enceis qu’en seient set cenz espées traites.

Reis Almaris, de V régné de Belferne,

Une bataille lur livrât le jur, pesme.

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