Chansonnier historique du 18e siècle [recueil de chansons, vaudevilles, sonnets, épigrammes, épitaphes et autre vers satiriques et historiques] publié avec introd., commentaire, notes et index
LES derniers mois de Vannée i^dj^ furent marqués par un grave événement qui parut devoir mettre un terme aux querelles religieuses qui avaient si souvent troublé l'ordre public durant le règne de Louis XV, la suppressio7i des Jésuites. Par un arrêt du 6 août 1762, le Parlement de Paris avait projioncé la dissolution de l'Ordre, et un édit du mois de février 1763 avait implicitement confirmé cette jnesure. En dépit des protestatio7is du clergé et du zèle déployé par l'archevêque de Paris, l'abolitio?i de la Société s'imposait comme inévitable. Choiseicl, qui dans le principe 7ie tenait pas à V expulsioji des Jésuites, se projionça contr^eux dès qu'il les vit bannis par la plupart des Parlements, et fit signer à Louis XV un édit qui déclarait la congrégation supprimée dans toute l'étendue dic royaume.
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Cette destruction précéda d'u7ie année la mort du seul personnage dont la protection eût pu rendre un jour aux jfésuites la position qu'ils venaient de perdre, le Dauphin, fils de I^uis XV. Ce prince, qui vivait à la cour comme dans une sorte de retraite, partageant son temps entre la lecture, les pratiques de dévotion et le commerce d'un petit nombre d'amis, mourut le 20 novembre 1765 d'u7i rhume de poitrine négligé. La nation, qui n'avait guère connu et aimé le Dauphin que depuis sa maladie, admira le courage paisible avec lequel il attendit sa dernière heure et les preuves d'affection qu'il donna à ceux qui l'entouraient; elle témoigna par les obsèques qu'elle lui fit des légitimes regrets que sa perte inspirait.
L'abolition des Jésuites sembla, tout d'abord, pour le Parlement un triomphe décisif et un titre à la reconnaissance publique, mais l'o7i 7ie tarda pas à revenir de cette opinioîi, surtout dans les provitices. La fermeture des 7iombreuses maiso7is d'éducation dirigées par la Société avait ar7ie7ié dans certai7ies villes une grande perturbation, et bien des pères de famille qui, eux-77têmes, avaie7it été élevés par les Jésuites, sure7it fort 77iauvais gré aux 77iagistrats de leur zèle i7ico7isidéré. Des griefs autrement graves ne tardèrent pas d'ailleurs à soulever l'opinio7i publique co7itre le Parle77ie7it : la condamnation de Lally-Tolle7idal et celle du chevalier de La Barre. Lally, qui s'était fait de nombreux ennemis aux l7ides, durant son ad77iinistration, résolut une fois rentré e7i France d'obte7iir justice des accusations portées co7itre lui et alla se co7istituer prison7iier à la Bastille en de-
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mandant qu'on lui fît son procès. L'affaire, d'abord instruite au Châtelet, fut ensuite confiée par lettres pateiites à la grand' chambre et après deux ans de débats à huis clos, Lally, auquel on avait refusé îm défenseur, fut condamné à la peifie capitale- commue convaincu d'avoir trahi les intérêts du roi et de la Compagnie des Indes. L'indignation causée par cet arrêt inique s' accrut encore lors du jugement de La Barre. Ce jeune homme, victime des machinatioiis odieuses d'un sietir de Saucourt, avait été accusé de sacrilège et condamné par le tribimal d'Abbeville à avoir la langue et la main droite coupées et à être brûlé vif. Le Parlement de Paris, appelé à se prononcer sur cette odieuse sentence, se borna à ordomier que l'accusé serait décapité avattt d'être livré aux flammes, malgré le rapport du conseiller Pellot qui avait conclu à son absolution. L'exécutioîi du chevalier provoqua une exécration générale et les philosophes, Voltaire entre autres, protestèrent hautement contre l'iniquité et le fanatisme des magistrats, qui ne devaient pas longtemps attendre leur châtiment.
En obtenant la suppression des Jésuites, le Parlenient 7i' avait point d'ailleurs 'mis un terme aux querelles religieuses, comme il semblait le croire. Lorsque l'assemblée générale du clergé de France tenue en 1765 souleva une fois encore la question des sacrements en rappelant que la « Constitution était un jugement dogmatique de l'Église universelle », il se hâta de supprimer les Actes de l'Assemblée, et le Roi, pour prévenir de nouveaux désordres, dut prescrire un silence absolu sur ces questio7is par un arrêt du Conseil du 24 mai 1766.
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Le pouvoir, en effet, se trouvait e7i présence de difficultés d'un autre ordre et dont les conséquences pouvaient être particulièrement à craindre. Depuis plusieurs années, la Bretagne tourmentée par le duc d'A iguillon, son commandant, était dans un état de perpétuelle agitation. Les édits hursaux qui lui étaient imposés n'avaient été enregistrés par le Parlefnent de Rennes que sous réserve des droits, franchises et libertés de la province,, et les magistrats avaient, en outre, dénoncé au roi dans d'énergiques remontrances les graves abus commis par le duc d'Aiguillon. Pour réduire le Parlement, d'Aiguillon projetait de s'appuyer sur les États ; mais les trois ordres faisant caiise comtnune avec les magistrats, lors de la session de 1764, éloignèrent toutes les discussions relatives aux impôts; et ce fut seulement au moment de se séparer qu'ils votèrent après quatre mois d'opposition un don gratuit de 700,000 livres.
D'Aiguillon se retrouva alors en présence du Parleme7it dont l'hostilité, encouragée et soutenue par les deux procureurs généraux, La Chalotais et son fils, ses ennemis personnels, metiaçait de lui stisciter les plus graves embarras. La Chalotais avait été chargé, comme syndic des États, de poursuivre l'annulation de l'enregistretnent de l'impôt de deux sous pour livre que l'on avait subi l'année précédente. Bien que la cour fût en vacances, la Chambre chargée de tenir les vacations n'hésita pas à se prononcer et défendit la levée de cet impôt, sous peine de co7icussion, en invoquant le droit particulier dé la Bretagne. Cette décisioîi fut aussitôt cassée par u?i arrêt du Conseil; pour toute réponse le Parlement, qui venait de
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reprendre ses séances, cessa de rendre la justice en réclamant r annulation de l'arrêt. Le roi convoqua alors les 7?tagistrats à Versailles, les reçut avec hauteur, et leur enjoignit de reprendre leurs fonctions. Ceux-ci, revenus à Rennes, puisèrent dans leur irritation et dans la sympathie de la province des forces pour la résistance; ils C07ivinrent d'un commun accord de do7iner leurs démissions et de siéger provisoirement en attendant la nomination de leurs successeurs. Les ministres de Versailles se montrèrent fort inquiets de la gravité de cet événement dont ils attribuaient la responsabilité aux La Chalotais; d' Aiguillon, qui leur avait fait partager ses préventiofîs contre ses adversaires, obtint alors que La Chalotais, son fils et quatre conseillers, fussent arrêtés et e7ifermés dayis une forteresse comme instigateurs des troubles de la province. Une commission de douze maîtres des req^lêtes fut aussitôt chargée d'instruire leîir procès. Mais le Parlement de Paris, qui vit dans cette créatioîi une atteinte portée aux droits et prérogatives de l'ordre judiciaire, protesta par un arrêt énergique contre l'établissement d'un tribunal « du genre de ceux que tant de traits de l'histoire avaient dévoués à l'indignation publique ». Le roi, irrité de cette opposition qui préseîitait un acte du pouvoir comme une violation flagrante des lois, alla tenir \ au Palais, le 'ifViars ij 66, la fameuse séa7ice dite « de la flag^lation ». Après avoir fait biffer sous ses yeux l'arrêt i7icri]ni7ié, il affi,r77ia avec vigueur les droits de la couron7ie, défe7idit aux 7nagistrats de s'occuper d'une affaire qui ne les regardait point et les menaça de sévir s'ils persistaie7it à
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se mettre eti contradiction avec sa puissance souveraine. En même temps, et pour ter^niner cette malencontreuse affaire de Bretagne, il rappela les maîtres des requêtes, reconstitua le Parlement de Rennes, et dans une sèajice solennelle du Conseil des parties déclara qti'il ne serait point do7iné de suite à la procédure dirigée contre La Chalotais et so7ifils et qu'il se bornait à substituer pour eux l'exil à la prison.
Durant ces funestes et stériles dissensions, le duc de Choiseul, le seul des ministres qui fût à la hauteur de son rôle, honorait par son activité généreuse, quoique parfois téméraire, la triste fin du régne de Louis XV. « Ce mi7iistre, dit un contemporain impartial, était capable d'assez grandes idées, il ne pouvait se plier aux détails minutieux ; aussi possédaiit à la fois trois portefeuilles, il fut beaucoup plus brillant dans le ministère des ajffaires étrangères qtie da?is ceux de la guerre et de la marine qui se composeiit de parties sèches et peu faites pour répofidre à l'étendue de son esprit. Le militaire est cependant conduit par lui avec autant de sagesse que d'éclat, aiîisi que la marine qu'il a vivifiée, mais il a trouvé mille secours da7is V ejithousiasme qu'il a su inspirer à plusieurs personnes éclairées qui lui dévouent et leurs soins et leurs veilles, autant par attrait pour lui que par le désir de servir leur pays.
« Comme Use sentait des talents supérieurs, il avouait facileme?it dans les comtnenccments de son ministère les fautes dans lesquelles sa précipitation l'avait engagé; mais il perdit de cette noble franchise lorsqu'une plus longue ■ habitude du travail lui donna moins d'excuses
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pour ses erreurs, et compromettait son amour-propre qui chez lui est pousse à l'excès.
<(. Naturellement jaloux, il dirige de son cabinet les travaux des généraux et des ambassadeurs. Jamais on ne l'entend louer publiqtiement ceux mêm£ qu'il aime le mieux ; et sa politique secrète fut de n'en élever aucun au point de lui faire ombrage. D'après ce caractère, les sous-ordres ont toujours plus de pouvoir sur lui que beaucoup de gens qu'il aurait dit consulter. Un commis plein de talent ne pouvait jamais lui inspirer aucune inquiétude ; d'un mot il peut l'anéantir et sa besogne paraît natu,rellement la sienne... Il a des façons nobles, pleines de grâce; sa confiance est extrême et cependant ne le préserve pas d'u?ie sorte d'etnbarras facile à discerner. Personne n'a peut-être possédé autant que lui l'art de séduire. Il joint à une locîition facile les grâces qui donnent ce charme nécessaire pour persuader. Toujours vivement entraîné par le moment, il est tellemefit pénétré du sentiment qui l'anime, qu'il le communique rapidement aux autres, ou qu'il abonde dans leur sens avec la même facilité, si c'est leur idée qui le frappe. Il résulte de cette disposition un agrément très rare pour tous ceux qui traitent des affaires avec lui, même pour ceux qui sollicitent des faveurs, d'autant plus difficiles à obtenir de son obligeance que l'entrée de son cabinet en est une très précieuse pour sa rareté... Inaccesdble aux conseils, jamais il 7i'en a demandé, et lorsque l'intérêt, V amitié, la recoîmaissance otit forcé quelques-tins de ses amis à lui donner des avis, si par hasard il les suivait, c'était toujours avec l'affectation de ne point avouer qu'il VIII. b
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les eût reçus, et cette affectation était quelquefois si maladroite qu'elle en devenait risible. Aussi sa présomption est poussée à l'extrême, et l'on aperçoit à chaque instant la différence infinie qu'il met entre hii et les attires hommes. »
Après avoir assuré au dehors la tranquillité de la France par l'union des quatre branches de la maison de Bourbon, Choiseul s'efforça de la mettre en état de soutenir avantageusement une lutte, si les circonstances l'exigeaient ou le permettaient. Lorsqu'il obtint le portefeuille de la guerre, à la mort du maréchal de Belle- Isle (1761), auquel il réunit bientôt celui de la marine, il abandonna au duc de Praslin, son cousiii, le département des affaires étrangères et consacra toute son activité aux réformes urgentes que nécessitait V état de nos forces de terre et de mer. Il réorganisa l'armée en décrétant que toutes les trozipes seraient désormais entretenues par le roi, en fixant une base miique pour la composition des régiments, en arrêtaiit les principes des exercices et de la manœuvre, en tra?isformant l'artillerie et le génie, et en mettant un terme aux désordres et aux abus qui semblaient inséparables de l'organisation militaire. La flotte vit le nombre de ses vaisseaux augmenté par lui, les régiments d infanterie de marine irafisformés, et les magasins pourvus d'abondantes munitions. Choiseul projetait eiicore de refondre la constitution vicieuse de l'armée navale, cause de nos récents désastres; mais sur ce point il avait à lutter contre trop d'intérêts pour triompher, et, dégoûté de l'opposition que VoJi faisait à ses projets, il remit la marine au duc de Praslin et reprit les affaires
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étrangères. Il avait du moins fait preuve dans ses reformes administratives d'un esprit vraiment supérieur et mérite par là d'être regardé comme le grand ministre du règne de Louis XV.
Dans S071 vif désir de réparer les pertes que la puissance coloniale de la France avait éprouvées durant les dernières guerres, Choiseul se laissa séduire par U7ie idée aventureuse et dont les tristes suites furent loiri de répondre aux promesses magnifiques dont l'avaient bercé quelques intrigants. Il accepta le projet déformer dans la Guyane un vaste établissement français qui devait doimer au commerce et à la navigatio7i wie nouvelle activité et fournir à nos possessions d'outre-mer uti point d'appui important. Mais l'expédition, mal organisée, fut e7icore plus mal dirigée ; l'i^ifluence pernicieuse du clitnai, les maladies épidémiques qui décimèreiit les colo7is, et la mésintellige7ice survenue e7itre le gouver7ieur et l'intenda7it de la colo7iie eurent bientôt conso7nmé le désastre que le défaut d'ordre et de prèvoya7ice avait préparé. Cette te7itative irréfléchie n'eut d'autre résultat que de coûter la vie à, douze mille ho7n7nes et tre7ite 7?tillio7is de dépenses à l'État.
Choiseul fut plus heureux e7t Europe et il eut la gloire de rèimir définitive7ne7it à la Fra7ice la Lorrai7ie et la Corse. E71 vertu des stipulatio7ts dtc traité de Vienne, la Lorraine fit retour à la Fra7ice, e7i i']66,lors deJa7nor( de Sta7iislas Leczijishi. Cette pacifique co7iquête était l'unique fruit des guerres que Lotcis XV avait engagées et ter77ii7iées avec trn étra7ige dési7itéresse77ie7it. L'a7i7texion de la Corse 7ie fut pas aussi facile; il fallut l'opérer les
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que.
armes à la main, bien qu'elle eût été en quelque sorte préparée de longue date. Dès l'année 1737^ le cardinal Fleury, après s'être porté médiateur entre les habitants de l'île et les Génois dont ils étaient les sujets, avait en- ■ voyé le comte de Boissieux et le maréchal de Maillebois pour ramener les insulaires sous la domination de leurs maîtres. Vaincus, les Corses avaie?it accepté une amnistie et déposé les armes en 1739^ mais pour les repre7idre sept ans après, en même temps qu'ils adressaieiit au congrès d' Aix-la-Chapelle des plaintes énergiques contre l'oppression dont ils èiaieiit victimes.
Comme le congrès n'avait prêté aucîine attention à „eurs griefs, ils proclamèrent, en 1755, Pascal Paoli général en chef de l'île, et, oubliant leurs dissensions intestines pour se rallier tous sous ses ordres, ils le chargèrent d'organiser la résistance. Menacée d'être dèjiniiiveme7it expulsée de l'île, Gêiies invoqua de nouveau l'appui de la France, que Choiseul lui promit pour quatre années par un traité du 7 avril 1764. Une armée française fut donc envoyée da?is l'île pour y maintenir la domination génoise ; mais comme il était évident que tandis que la Corse arriverait à secouer le joug après l'expiration du traité, la République serait hors d'état de rembourser à la France les avances faites dans son intérêt, l'acquisition de l'île parut une fnesure de sage politique. Pour sauvegarder, du moins en apparence, l'honneur de ses alliés, Choiseul leur offrit de conquérir la Corse et de la garder jusqu'à ee qu'ils eussent soldé les dépenses de guerre. Le Sénat génois comprenait tout le danger de cette proposition, qui devait avoir pour con-
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séquence de le déposséder à bref délai; mais, comme en même temps il se sentait incapable d'assurer plus longtemps sa domination, il finit par coîisentir, et un traité conclu le is ^nai 1766 stipula au profit de la France une cession qui n'était provisoire que de nom. L'Angleterre, trop occupée en ce 7no7ne7it par ses luttes parlementaires, n'eut pas le loisir de protester j mais Paoli, qui avait eu, connaissance du traité, quoique secret, et avait refusé toutes les avances faites par Choiseul pour obtefiir sa soumission, se prépara à reprendre les armes. Choiseul sentit qu'il fallait se hâter. Marbœuf occupait déjà l'île avec sept mille hommes; oji lui envoya un reJifort de troupes sous les ordres du marquis de Chauvelin qui se fit battre à Borgo, Il fut aussitôt remplacé par le général de Vaux qui envahit la Corse à la tête de trente mille hommes; battit Paoli, l'obligea à se retirer sur le continent, et consacra sa victoire par la pacification complète de l'île ( 12 juin 1769J. La conquête de la Corse prolongea de dix-huit Tnois le crédit de Choiseul qui par son intervention dans les affaires de Bretagne s'était aliéné le duc d'Aiguillon, dont le ressentiment devait être la principale cause de sa disgrâce.
L' expédient par lequel Louis XV avait terminé le procès des La Chalotais et des magistrats victimes des intrigues du gouverneur ne rétablit point le calme dans la province de Bretagne. Tandis que le nouveau Parlement, appelé par dérision le bailliage d'Aiguillon, tétait fait l'instrumetit docile des volontés de so?i protecteur, le clergé et le tiers état, travaillés par ses intrigues, semblaient disposés à tolérer son despotisme; la noblesse
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seule continuait so?i opposition et refusait le vote des impôts. Le duc, profitant de la division des Etats, était prêt à couronner ses abus d'autorité par l'enregistreinentd'un règlement inique dont les dispositions insidieuses, en même tetnps qu'elles érigeaient en loi toutes les violeiices tentées par lui, devaient cojisommer la suppression des libertés de la Bretagne. Mais il n'en eut pas le temps : Choiseul, obéissant tout à la fois à des motifs de prudence, qui commandaient la modération envers u?ie province si fortement agitée depuis quelques années, et à son antipathie pour le duc dont il redoîUait l'ambition inquiète, représenta au roi les mouvements tumultueux qui devaient résulter dans la prochaine tenue des États de la discussion du règlement projeté par d'Aiguillon, et le décida à prendre les mesures nécessaires pour prévenir les troubles dont il lui dénonçait Vimmijutice. Louis XV se laissa convaincre et chargea le président Ogier, dont il appréciait V esprit d'équité et de conciliation, de présider les séances des États. Dissimula7it son ressentiment, le gouverneur essaya de fomeiiter de nouvelles dissensions pour faire échouer la mission du président. Mais les Breto7is, heureux de reco7inaitre les dispositions bienveillantes dont on faisait preuve à leur endroit, doiinèretit, dans leurs assemblées, le spectacle d'une parfaite concorde, et le président, revenu à la cour, dut faire V éloge de leur modération ; Louis XV, comme Choiscul l'avait prévu, décida le remplacement de d'Aiguillon par le duc de Duras.
Les États avaient réclamé à diverses reprises le rappel de l'ancien Parlement de Rennes; l'éloignement dugou-
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verneiir facilitait la réalisation de leur vœu qui reçut satisfaction. Le i\ juillet 1769^ les magistrats dépossèdes de leurs sièges et même ceux que l'oji avait impliqués dans le procès des La Chalotais reprirent leurs fonctions. Mais la clémence du roi ne s'étendit pas aux deux procureurs géjiéraux ; tout en proclamant de nouveau leur innocence, il persistait pour des motifs secrets à les retenir en exil. La Chalotais et son fils, qui n'avaient pas cessé de demander des juges, s'adressèrent alors au Parlemetit, et celui-ci poussé par sa haine coîitre le duc d'Aigîiilloti, déclarait que dans une enqtiête dirigée co?itre les jésuites, il avait eu l'occasion de se convaincre que l'ancien gouverneur avait provoqué, à l'endroit de ses adversaires de fausses dépositions. De leur côté, les états de Bretagne relevèrent, dans une adresse au roi, l'étrange afiomalie qui existait entre l'innoience hautement reconnue des procureurs généraux et l'exil dont on les frappait. La cour, inquiète de toîit ce bruit et désireuse d'en finir avec la Bretagne, envoya l'académicien Duclos auprès des La Chalotais, pour obtenir d'eux, en échange de concessions fort honorables, leur renonciation atL jugement qu'ils sollicitaient ; înais cette tentative 71' eut aucun succès. Malgré son vif désir de mettre à couvert d'Aiguillon, le ministère ne pouvait cependant pas briser un Parlement le lendemain du jour oie il venait de le rétablir; le duc se vit donc obligé de répondre personnellement aux attaques dirigées contre lui, mailles mémoires justificatifs qu'il rédigea nefirefii aucune impression. Dès lors l'ijitèrêt du gouverneur et la dig?iité des ministres qui l'avaient soutenu commaiidaient de laisser
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un libre cours à l'affaire et de laver d'Aiguillon par un arrêt sole7inel. Le Parlement de Paris fut convoque à Versailles, le 4 avril iTJO, pour y siéger comme Chambre des pairs; le roi vint lui-même présider la séance d'ouverture et l'instruction aussitôt ouverte se poursuivit en présence de Louis XV, qui continua pendant quelques jours à assister aux débats. Mais le procès prit bientôt une tournure imprévue; les juges se montraient déplus en plus sévères pour le duc et il devenait évident que la cour ne pourrait ni diriger la procédure ni imposer au tribunal le jugement qu'il désirait. Le chancelier Maupeou résolut alors de clore brusquemenl les débats, et dans un lit de justice tenu le 2"] juin, il donna lecture de lettres patentes par lesquelles le roi, se fondant sur la partialité dont les magistrats faisaient preuve, amiulait la procédure et déchargeait le duc d'Aiguillon de toute accusation. Profondénunt blessé de cette mesure qu'il considérait comme une offense à sa dignité et une atteinte à la justice, le Parlement déclara que le duc resterait privé des droits et privilèges de la pairie jusqu'à ce qu'il se fût purgé des soupçons ^ui entachaient son honneur ; mais le Co7iseil du roi cassa cet arrêt, et, le 3 septembre, le chancelier alla pre?idre en personne au Parlement toutes les pièces du procès et faire biffer des registres les délibérations qu'il avait provoquées.
Si le duc d'Aiguillon fut ainsi arraché aux funestes conséquences que faisait présager l'enquête dirigée contre lui, et si le jour même oii fut annulée la procédure, Louis XV le nomma du voyage de Marly et l'admit à l'honneur de souper avec lui, ce fut surtout grâce à la
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protection déclarée de la nouvelle maîtresse de Louis XV, M^^ du Barry. Fille naturelle d'une aventurière, cette favorite, vouée au libertinage dès sa plus teiidre jeunesse, avait rencontré dans les réunions d'une maiso7i de jeu un roué de bas étage, le comte Jean du Barry. Frappé de sa beauté, du Barry, qui après avoir dissipé sa for tune, se livrait aux spéculatiofis les plies diverses et les moins licites pour subvenir à ses prodigalités et à ses débauches, en fit sa maîtresse avec l'espérance d'en tirer utilement parti lorsqu'il trouverait une occasion et une dupe. Elles ne tardèrejit pas à se présenter au gré de ses désirs. Louis XV, depuis la mort du Dauphin, semblait avoir renojicé aux scandales publics de sa vie; la fin prématurée de la Dauphine et la santé cha?icelante de la reine l'avaient maijitenu dans ces sages dispositions. Mais lorsque la mort de Marie Leczitiska l'eut laissé seul au milieu de ses filles et de ses petits-enfants, il revint inse?isible7tient atix comparions de sa jeunesse et aux cyniques distractions que lui procuraient jadis Richelieu et Lebel. Du Barry arrivait donc au moment propice : quelques mots échangés avec Richelieu lui inspirèrent la conduite à tenir; il intrigua fortement auprès de Lebel et obtint que le valet de chambre présenterait sa maîtresse au roi. Louis XV s'éprit d'elle, voulut la revoir et la fit vejiir plusieurs fois en secret à la cour. Lebel, effrayé du succès de sa démarcheket de l'indignité de la liaison qu'il avait préparée, avertit le roi dupasse de la jeune femme et lui représenta qu'elle n'était ni mariée ni titrée; Louis XV ordonna de la marier promptement. Du Barry, marié lui-même, ne
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pouvait devenir l'époux de son ancienne maîtresse^ aussi choisit-il pour cet emploi l'un de ses frères, le coi7ite du Barry, qui menait à Toulouse une existence crapuleuse. Le comte répondit docilement à V appel qui lui était fait et, le i^' septembre 1768^ // do?ina son nom à la femme qui devait dura7it quatre années régner aux côtés de Louis XV et consommer l'avilissement de ce prince.
Installée à Versailles, d'abord dans le logemefit de Lebel, puis dans celui de J/"^" Adélaïde, tout proche de l' appartement du roi, la favorite vécut quelque teinps assez ignorée, le deuil récent de la reine imposant une certaine réserve. Mais les ennemis de Choiseul qid comptaient sur elle pour renverser le trop puissant ministre, avaient hâte de la voir présentée officiellement à la cour: le roi hésitait, surtout à cause de ses filles ; d'Aiguillon et Richelieu triomphèrent de ses scrupules. Le 22 avril 1769^ la vieille comtesse de Béarti, dont le concours avait été acheté pour cette circonstance, présenta la comtesse au. roi, à Mesdames, au Dauphin et aux enfajits de France. L'élévation de M'^^ du Barry ne 7nanqua pas de provoquer des tracasseries; mais comme les contradictions rendaient la passion de Louis XV plus opiniâtre, o?i dut mettre un terme aux protestations. Les femmes titrées se laissèrent gagner par des promesses ou des faveurs qui flattaient leur ambition j la maréchale de Mirepoix, la duchesse de Valentinois, la marquise de l'Hôpital, la princesse de Montmorency donnèrent l'exemple, qui fut bientôt suivi par les grands seigneurs et les princes du sang eux-mêmes.
Le duc de Choiseul resta seul à l'écart de la cour de
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la favorite. Il avait d'abord regardé avec mépris Vijitrigue ourdie par Richelieu, pour donner au roi ime maîtresse déclarée, intrigue qui devait, croyait-il, aboutir à un simple caprice, et il répondit avec une dignité froide aux avances de la favorite désireuse de s\issurer S071 appui. Lorsqu'il comprit toute l'éteiidue de la passion allumée dans le cœur du roi, il était trop tard pour changer d'attitude. D'ailleurs il avait auprès de lui sa sœur, la duchesse de Grammont, qui avait un moment songé à jouer auprès du roi le rôle politique de J/*"* de Pompadour et ne pouvait se consoler de sa déconvenue. La duchesse engagea son frère dans une lutte acharnée contre iT/'n* du Barry, lutte de railleries, d'épigrammes et de cha7isons satiriques qui atteignaient tout à la fois la comtesse et son royal amant, et elle F obligea à tenir tête jusqu'au bout, c'est-à-dire jusqu'à la disgrâce. Le ministre tout-puissant qui avait dominé le roi et gouverné la France, vit son parti diminuer chaque jour, et les courtisans sur lesquels il croyait pouvoir coitipter se tourner contre lui. Le premier qui l'abandonna fut celui-là même qui lui avait voué en apparence le plus inviolable attachement et qui lui devait sa fortune, le chancelier Maupeou. Une autre créature de Choiseul, le contrôleur général Mayjion d'Invault, qui venait de donner sa démission, fut remplacé par un protégé de Maupeou, l'abbé Terray. Terray entra ouvertomnt en guerre avec Choiseul, et tandis qu'il recourait aux expédients les plus divers pour subvenir aux dépenses du roi et de sa maîtresse, il ne craignait pas de reprocher au ministre ses prodigalités dans Vorgajiisation de la non-
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velle armée et de décider le roi à lui imposer des retranchements dans S071 admi7iistratio7i. Enfin le duc d'Aiguillon, vers qui s'était tournée M^^ du Barry, repoussée par Choiseul, avait repris faveur à la cour; il était devenu l'amant de la favorite, et tout entier à sa haine contre le ministre qui avait failli le perdre, ne cessait d'intriguer pour hâter sa disgrâce.
Choiseul que les menées de ses adversaires inqiiiètaient s'efforça de raffermir par un coup d'éclat son crédit chancelant. Il conclut l'union de l'héritier du trône, le Dauphin, petit-fils de Louis XV, avec l'archiduchesse d'Autriche Marie- Antoinette, fille de l'impératrice Marie-Thérèse. Ce mariage, célébré avec une magnificeyice inouïe, ne répondit pas aîix espérances que le ministre avait conçues; la jeune Dauphine, malgré le vif iîitérêt qu'elle lui témoignait, ne pouvait rien pour lui ; la faction de M^^ du Barry avait pris soin de ruiner les derfiières espérances dti mitiistre en éloignant de la princesse la cojifiance du roi. Tandis que Choiseul, entraîné par son imagination, projetait les plus vastes desseins, Terray et Maupeou démontraient au roi l'impossibilité pour la France de s'engager dans une politique aventureuse alors que ses ressoîirces financières étaiejtt épuisées. Ils insistaient en outre sur le danger des relations que le ministre entretenait avec les Parlements, au ino7nent même ou les magistrats faisaient échec au pouvoir. De son côté, la favorite, poussée par eux et par dAiguillon, obsédait le roi pour obtenir le renvoi de Choiseul; Louis XV, fidèle à ses habitudes d'indécision, ne se pressait pas de prendre un parti. Il tenait surtout
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à son ministre parce qu'il le croyait seul capable d'assurer la paix au dehors ; pour triompher de son hésitation on lui représenta que Choiseul préparait zme guerre contre l'Angleterre, et il le sacrifia. Le 2g décembre ITJO, une lettre de cachet exilait le duc à sa terre de Chanteloup; à peine connue, cette disgrâce provoqua les plus sympathiques ma7iifestatio7is, et la cabale odieuse qui avait renversé Choiseul contribua plus à l'éclat de sa renommée que tous les actes de son ministère.
Choisetd exilé, Maupeoîc et d'Aiguillon, animés d'une même haine contre le Parlement, travaillèrent d'un commuji accord à sa ruine. Lorsque le roi avait fait enlever du greffe les pièces du procès, les Parlements de province s'étaient unis au Parle?nent de Paris pour protester contre cette intervention arbitraire. Maupeou, pour prévenir toute autre manifestation de ce genre, ordonna d'enregistrer, le 2'] novembre ITJO, un édit par lequel le roi blâmait sévèretnent l'opposition des magistrats, et leur défendait de correspondre entre eux, hors les cas prévus par les ordo7mances. Le Parlement fit des remofitrances que le roi repoussa en prescrivant de nouveau l'enregistrement. Comme la cour répondit par d'itératives remontrances en protestant contre tout ce qui pourrait être tenté au préjudice des lois, un lit de justice fut tenu à Versailles, le ^ décembre, et l' édit dut être enregistré. Trois jours après, les magistrats députèrent le premier président auprès du roi pour le prier ■^ de rétablir leur honneur et la co7istitution de l'Etat, ou de recevoir leurs démissions »; Louis XV se borna à leur ordonner de repre7idre leurs fo7ictions, et cet ordre quatre fois renou-
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vêlé n'obtint aucun succès. La disgrâce de Choiseul étant survenue sur ces entrefaites, le Parlement n'avait plus d'appui dans les conseils du roi; Maupeou en profita pour terminer la lutte par un coup décisif. Dans la nuit du i<) janvier 1771^ les mousquetaires apportèrent à chaque magistrat une lettre de cachet qui leur enjoignait de répondre oui ou non s'ils étaient résolus à continuer leur service. Presque tous refusèrent et furent aussitôt exilés par un arrêt du 21 janvier qui déclara leurs charges confisquées et cojnmit le grand conseil pour les suppléer provisoirement dans leur office. A la nouvelle de ces mesures les Parlemefiis de province s'étJitirent et protestèrent ; il C7i fut de même de la cour des Aides et de la cour des Comptes j pour toute réponse, le chancelier fit enregistrer, le 21 février, un édit qui instituait, dans le ressort du Parlement de Paris, six conseils supérieurs, en justifiant les rigueurs déployées par la 7iécessité de supprimer la vénalité des charges, de réformer la procédure et de dimimicr les frais de justice. Mais les Parlements de province refusant de recoimaître ces conseils, menaçaient de devenir tm centre de résistance; Maupeou, décidé à briser leur opposition, les remplaça successivement, et h lafiji de l'année 1771 la réforme de l'ancienne magistrature était accomplie.
En dépit des protestations et des troubles provoqués par ce bouleverscmejit, il faut recoîinaître qtie la nation se montra gèjiéralement indifférente au sort des magistrats, qui depuis quelques années avaient notablement perdu dans l'estime publique ; certaines provinces accueillirent même les nouveaux juges avec enthousiasme. Les
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princes du sang, après avoir protesté, assez mollement d'ailleurs, se laissèrent gagner par les promesses du chancelier et firent leur soumission en acceptarit le nouvel ordre de choses.
Ce serait s'abuser que de voir, dans le coup d'État dont furent victinies les Parlements, une simple vengeance de d'Aiguillon et de Maupeou. Le procès du duc n'avait été qu'un prétexte, les véritables motifs étaient plus graves et d'tm ordre plus élevé, Louis XV ne voula?it ni restreindre ses dèpejises ni déclarer la banqueroutCj il devenait nécessaire de recourir sans cesse à de nouveaux expédients pour combler les vides du Trésor ; mais l'enregistrement des édits bursaux risquait fort d'être sans cesse arrêté par les remontrances du Parlement, En matière financière, l'opposition des magistrats constituait donc,poîir le pouvoir, tm danger permanent; il en était de même sur le terrain politique et religieux. Le ministère, qui avait eu l'occasion d'épuiser toutes les mesures de rigueur et d'en apprécier la vanité, ne pouvait échapper à ses embarras présents et futurs que par un coup de force. Aussi la suppression du Parlement de Pans fut-elle résolue; mais l'indécisioii du roi eût peutêtre retardé la solution sans V intervention de Maupeou. Ennemi des parlementaires do7it il se savait méprisé^ le chancelier servit ses passions personnelles en débarrassant la royauté d'un adversaire géîiant. Mais il^ frappa le Parlement de Paris sans plan préconçu, et, s'il étendit ses coups, ce fut à proportion que la résistance se développait, et la réforme générale qu'il opéra devint surtout le résultat des circonstances. Qziant aux priiicipes qu'il
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mit en avant pour dissimuler l'iniquité de ses actes, ce furent de simples palliatifs qui^pour la phipart, restèrent sans résultats.
Le re7ivoi de Choiseul n'avait pas eu pour conséquence immédiate l'arrivée du duc d'Aiguillon au ministère; tandis que le département de la guerre était donné au marquis de Monteynard, l'abbé Terray était chargé par intérim de la marine, qu! il abandonnait peu après à M. de Boynes. Mais M""^ du Barry n'oubliait pas son ami, qui sans titre effectif dirigeait cependant toutes les ajaires de l'État, et dès le mois dej'uiti elle le fit nommer au m.inistère des affaires étrangères. Les cours d'Europe dont les vceux rappelaient toujours Choiseul ne l'accueillirent qu'avec répugnance. Il rompit d'ailleurs avec la politique de son prédécesseur et 7i' eut pas à s'en féliciter. Le crédit de la Fraiice au dehors baissa si rapidement que, moi7is d'une ajinée après, lors de l'écrasement de la Pologne, le traité conclu e?ttre les puissances copartageantes ne fut communiqué à laFraiice qu'après sa mise à exécution. Louis XV s'écria, dit-on, en apprenant cet odieux partage : « Si Choiseul eût été là, cela ne serait pas arrivé. » C'était rendre u?ie tardive justice au ministre disgracié. D' Aiguillon toutefois eut l'honneur de contribuer par ses conseils à la révolution que le jeune roi de Suède accomplit pour faire sortir son pays de l'anarchie, mais il évita de lui prêter un concours effectif. Ce que le roi et M'^*' du Barry souhaitaient par-dessus tout, c'était le maintien de la paix, et la politique extérieure du ministre désireux de se maintenir en faveur n'avait pas d'autre objectif.
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Le contrôleur général était dans une situation plus embarrassante ; les difficultés financières auxquelles il s'était heurté dès son arrivée au ministère, loin de s'aplanir, devenaient chaque jour phis insurmontables. Les prodigalités du roi, les dépe?ises de la famille royale, les gaspillages de la maîtresse, les favetirs pécuniaires accordées h ses protégés épuisaient le Trésor et obligeaient Terray h imaginer les expédients les plus iniques pour se procurer de l'argent. Aussi la nation fut-elle am,enée à le considérer comme l'auteur de tous ses maux, bien qu'il eût adressé à diverses reprises de sages remontrances au roi sur la nécessité de se montrer économe et d'éviter les mesures fiscales dont il sentait mieux que personne le danger et l'inutilité.
Quant au chancelier Maupeou, il 7ie fut guère plus heureux que soti collègue Terray et vit le Parletnent institué par lui couvert de ridicule et de honte à l'occasion d'un procès scandaleux qui passionna la France entière. Le fils d'un horloger de Paris, Car on de Beaumarchais, qui avait acheté une charge de secrétaire du roi, eut un différend d'intérêts avec le comte de La Blache, neveu et héritier du fameux Paris- Duvernay, qui refusait de reconnaître un règlement de cojnptes accepté par so7i oncle. L'affaire fut portée, le 14 mars 1772, devant les Requêtes de l'hôtel; Beaumarchais obtint gain de cause, et le comte appela de la se?itence à la grand' chambre dtl^ Parlement. Beaumarchais voulut aller solliciter ses nouveaux juges; mais comme son rapporteur, Goèzman refusait de le recevoir. Use décida, suivant le conseil du libraire Lejay, à s'adresser à la femme du conseiller;
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200 loîiis et une montre poîir la dame, 15 louis pour le secrétaire furent le prix d'une audience qui n'empêcha point le solliciteur de perdre son procès deux jours après. La dame restitua les 200 loîiis, comme il avait été stipulé en cas d'insuccès, mais garda les 1 5 louis et la montre; Beaumarchais, irrité de sa déconvenue, les réclama à M^^ Goëzman qui 7iia avoir rien reçu, et Goèzman intervenant à son tour accusa le plaignant devant le Parlement de calomnier la femme d'un juge après avoir vainement essayé de la corrompre. Effrayé d'un procès criminel qui devait être jugé par les confrères de son adversaire, Beaumarchais résolut d'en appeler à l'opinion et rédigea ces fameux vièmoires, chefs-d'œuvre de verve et d'ironie^ qui obtinrent une vogue immense. Ce citoyen intrépide, qui entrait en lutte avec le pouvoir et ses magistrats et qui dénonçait leurs abus, devint l'idole d'un public secrètement travaillé par les défenseurs des aiiciens Parlements. Aussi l'arrêt prononcé contre lui n'eut-il d'autre résultat que de provoquer une ovation de la foule à son endroit, tandis que le prince de Conti et le duc de Chartres, donnant une fête en son honneur, protestaient hautement contre des juges victimes d'une déconsidération méritée.
Tel était l'état du pouvoir abajidonné par le roi aux mains du Triumvirat : honte et misère à l'intérieur, abaissement et mépris au dehors. Louis XV n'avait d'ailleurs rien à reprocher à ses ministres: absorbé par sa sénile passion pour M^^ du Barry, il oubliait auprès de cette favorite éhontée le respect qu'il devait à sa couronne et à ses enfants. Et la favorite, insoucia7ite autant
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qîie prodigue, puisait à son gré dans le Trésor public pour satisfaire à ses coûteuses fantaisies, sa?is s'inquiéter des malheurs de la nation, La mort de Louis XV mit un terme à ces turpitudes. Atteiiit d'une maladie terrible, le 2^ avril 1774, l^ roi fut aussitôt saisi de la petite vérole et douze jours après il succotnbait aie milieu de l'indifférence de ses courtisans et du mépris de ses sujets. Son cadavre, que gardèrent seulemefit les gens nécessaires au service, fut enfermé à la hâte dans un cercueil de plomb et transporté au galop à Saint-Denis, dans un carrosse de chasse escorté d'u7ie vingtaiîie de pages et de palefreniers, tandis que, le long de la route, la populace attablée dans les cabarets saluait par des railleries et des quolibets le passage de cet indécent convoi.
Frédéric II, qui savait apprécier ses coîitemporains, a résumé brièvetfient son opinion sur Louis XV : « Un homme, disait-il, qui vit dans la dissipation, qui n'emploie pas un seul moment de sa vie à réfléchir, croit ce que les gens qui V eiivironnent lui disent et agit en conséquence. » Rieîi n'était plus exact que cette appréciation méprisante ; les 7naux que la France était en droit d'imputer à son souverain n'avaie?it d'autre cause que l'égoisme dont il fit toujours preuve. Sans cesse dominé par son e7itourage, qui exploitait son apathique indifférence, il laissa proscrire les Jésuites, sîipprimer les Parlements, piller le Trésor et détruire les dPrnières libertés des provinces sans s'émouvoir des protestations et sans se préoccuper des conséquences. « Cela durera bieft autant que moi, » disait-il, et cette pensée suffisait à le rassurer. Il ne 7nontra ni plus de sagesse ni plus de pré-
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voyance dans sa vie privée j dont les scandales ruinèrent le prestige de la royatitè. Un mot piquant d'une courtisane célèbre, Sophie Arnould, a caractérisé l'avilissement de son règjiej lorsqu'elle apprit la mort du prince et la retraite de M^^ du Barry, elle dit simplement : « Nous voilà donc orphelins de père et de mère. »
NOÈLS POUR L'ANNEE ;i764
De Jésus la naissance Fit grand bruit à la cour, Louis en diligence Fut trouver Pompadour :
Allons voir cet enfant, lui dit-il, ma mignonne. - Eh ! non, dit la marquise au Roi, Qu'on l'apporte tantôt chez moi, Je ne vais voir personne.
Cependant la nouvelle Gagnant de tout côté.
Le fils de la Pucelle De tous fut visité. •
D'arriver des premiers, un chacun se dépêche. Le Roi, la Reine, et leurs enfants S'en vont tous, chargés de présents, L'adorer dans la crèche.
Clair ambault- M au repas.
Les chanceliers de France ^
(Car il s'en trouva deux)
Pour droit de préséance
Eurent dispute entre eux :
C'est à moi, dit Maupeou, qu'est la chancellerie : Qui pourrait me la disputer ?
On sait que j'ai pour l'acheter
Vendu ma compagnie.
Doué d'un esprit rare,
Mais mordant comme un chien,
Près des gens à si marre
On aperçut d'Ayen ^.
Pourquoi donc, messeigneurs, dit-il, entrer en lice ? Grâce au Conseil sage et prudent, Entre vous deux tout incident
Est sauvé par un vice.
Rempli de son mérite, Entrant le nez au vent, Choiseul parut ensuite, Et d'un ton turbulent Dit sans aucun égard : Changeons cette cabane, Je veux culbuter tout ici '^ -,
1. Lamoignon, chancelier, retiré à Malesherbes, et Maupeou, vice-chancelier et garde des sceaux. (M.)
2. Le duc d'Ayen, capitaine des gardes du corps en survivance du maréchal de Noailles, son père. (M.)
3. Choiseul, ministre de la guerre, avait fait une réforme qui était tombée sur les anciens officiers. (M.)
Année i'j64'
Je réforme le bœuf aussi, Et je conserve l'âne.
En sa simple manière Joseph dit à Praslin ^ :
Défendez ma chaumière Contre votre cousin.
Au moins^ de son projet que l'effet se retarde ; Songez que je suis étranger, Et que, devant me protéger, La chose vous regarde.
Praslin dit : Toute affaire Est de l'hébreu pour moi ; Ils m'ont au ministère Mis sans savoir pourquoi.
Ainsi je n'y fais rien que porter la parole :
Le duc et sa sœur* règlent tout ;
Mais d'elle vous viendrez à bout Avec quelque pistole.
Ne se sentant pas d'aise, Bertin-* dit en entrant :
Qu'on me donne une chaise.
Je veux bercer l'enfant.
1. Ministre des affaires étrangères qui ne se soutenait que par son cousin. (M.)