‹ Chansonnier historique du 18e siècle [recueil de chansons, vaudevilles, sonnets, épigrammes, épitaphes et autre vers satiriques et historiques] publié avec introd., commentaire, notes et index (volume 2)Chapitre 133 sur 173 · Clair ambault-J\laurepas · texte numérisé non relu

Clair ambault-J\laurepas

Pour le moins soit régalée Ici de quelques couplets.

Commençons par le plus digne,, Le public nous le désigne :

Bissy, cet honneur insigne- Ne peut regarder que toi ; Ton esprit faux et maussade, Toujours triste, toujours fade,, T'eût valu quelque ambassade,, S'il ennuyait moins le Roi.

Vil athlète de la brigue, ' Vil sectateur de l'intrigue, De la cour que tu fatigues Retire-toi donc enfin !

Ne vois-tu pas qu'on, te moque,.

Et que ton aspect baroque N'offre plus rien qui ne choque Richelieu, fais une fin.

Peu délicat sur l'honnête.

Plat courtisan, flatteur bête, Sans caractère et sans tête, D'Aumont, voilà ton portrait :

De ta petite existence Content jusqu'à l'insolence, Tu crois que sans indulgence On doit te trouver parfait.

Année i'J'J2. 255

Qu'as-tu fait de ta prudence, Condé, dans cette occurrence ?

De ton nom, cher à la France, Tu viens de ternir l'éclat ; Abandonne la partie, Efface l'ignominie.

Viens défendre la patrie, Rends un héros à l'État.

Maillebois sut être infâme, Et dans le fond de son âme Avait ourdi mainte trame Pour perdre son ennemi :

Du même crime coupable, Voir que de Broglie l'accable Et le déclare incapable, Cela paraît inouï.

Des Cars, Laval et tant d'autres, •Qui vous croyez des apôtres, A d'autres yeux que les vôtres Tous ne semblez que des fous; Allez, que rien ne vous gêne; N'appréhendez point la haine :

Tous ne valez pas la peine • ^Que l'on s'occupe de vous.

Pourvu que Choiseul détale,

La jésuitique cabale

Dit que le Roi sans scandale

256 Clairamhault-Maurepas.

Peut vivre avec du Barry ; Que le ciel choisit l'impure Pour montrer à la nature Qu'il n'est vile créature Dont il ne tire parti.

Croit-on qu'épargnant les femmes,

Je laisse ces bonnes dames

S' applaudissant dans leurs âmes

D'imaginer qu'on les craint :

Tant qu'elles furent jolies,

On toléra leurs folies ;

Depuis, elles sont momies

Et personne ne les plaint.

Des restes de la v ,

Valentinois resta folle*.

Et cette insipide idole A du Barry se donna.

Près d'une jeune princesse, Pour élever sa jeunesse.

Le Roi mit cette comtesse...

Le beau choix qu'il a fait là !

La maîtresse de Soubise ^, Comme une femme de mise,

1. La duchesse de Valentinois. M""' du Deffand disait d'elle, à la fin de l'année 1769 :« La dame Valentinois est comme hors de combat ; on dit qu'elle redevient folle. »

2. M"'« la comtesse de l'Hôpital, maîtresse du prince de Soubise. (M.)

Année l'J'J2. 2<^j

Dans les cabinets admise, Croit faire des envieux.

Aujourd'hui, même en province, On trouve cet honneur mince, Du Barry fait voir au prince Les borgnes et les boiteux.

Talmont * croit jouer un rôle, Et, si quelqu'un la contrôle.

D'avance elle se console Par l'espoir d'un grand crédit.

Le Roi s'en rit sans scrupule, La pauvre vieille crédule Ne voit pas qu'au ridicule Se bornera son profit.

Mirepoix*, plus avisée.

Laissant aux sots la fumée Et du solide occupée, Se fait donner de l'argent.

Depuis longtemps la commode De la maîtresse à la mode.

Elle vend de sa pagode

Les bontés bien chèrement.

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