‹ Chansonnier historique du 18e siècle [recueil de chansons, vaudevilles, sonnets, épigrammes, épitaphes et autre vers satiriques et historiques] publié avec introd., commentaire, notes et index (volume 2)Chapitre 17 sur 173 · LETTRE DU CONTROLEUR · texte numérisé non relu

LETTRE DU CONTROLEUR

Ex vérité, monsieur le duc, Vos états ont le mal caduc ^, Et leurs accès sont effroyables ; Sur mon honneur, ils sont si fous Qu'il nous faudra les loger tous En peu de jours aux Incurables.

Je vais faire dans le Conseil, Avec le plus grand appareil,

1. Parodie de la lettre adressée le 4 décembre au duc d'Aiguillon, gouverneur de la Bretagne, par M. de Laverdy. « Les anciens oracles se rendaient toujours en vers, afin qu'on les retînt avec plus de facilité, et par la même raison on les mettait souvent en chant. On a cru devoir les mêmes honneurs aux sacrées paroles de M. le contrôleur Laverdy, en donnant une traduction en vers de sa lettre au duc d'Aiguillon. Les lois scrupuleuses d^la traduction n'ont pas laissé beaucoup d'essor à l'enthousiasme poétique. » {Correspondance littéraire de Gritnm.)

2. Les états de Bretagne, en hostilité avec le duc d Aiguillon, refusaient, d'accord avec la magistrature, de voter les impôts.

3© Clairambault-AIaurepas.

Juger Taffaire des trois ordres ; Et puis après ce règlement.

Pas pour un diable assurément, On ne pourra plus en démordre..

Je vous dirai, premièrement^ QiiQ les Bretons certainement Doivent être contribuables, Et tous ceux qui refuseront Aux yeux du Conseil paraîtront Révoltés et déraisonnables.

Votre monsieur de Kerguesec, Qu on donne pour un si grand grec,.

Et tout l'ordre de la noblesse Peuvent-ils nous faire la loi, Et que tous les sujets du Roi Paieront pour les tirer de presse ?

Je vous dirai, secondement.

Qu'ils forcent le gouvernement A prendre un ton des plus sévères^ A se monter à la rigueur.

Et quitter le ton de douceur Qu'on avMit pris pour leurs affaires.

On voit souvent sans nul danger Le maître à ses sujets céder, Mc*me dans le temps où nous sommes.

Quand la raison, l'honnêteté,

Année ijS^' 31

Vis-à-vis de l'autorité

Conduisent les esprits des hommes.

Mais aussi lorsque le démon De révolte et de déraison S'emparera de la noblesse, Pense-t-on que Sa Majesté Laisse avilir l'autorité En reculant avec faiblesse?

Je vous dirai, troisièmement, Que les mandés du Parlement Sont quittes de reconnaissance Vers les gentilshommes bretons Qui, se conduisant, comme ils font, Ont retardé leur audience.

Si l'ordre s'était comporté Comme il devait en vérité.

Et n'avait pas fait résistance.

Le retour de tous les mandés Des longtemps était accordé.

Monsieur le duc, à vos instances.

Mais je ne dois pas vous celer, Ni vous leur laisser ignorer Que tous les jours le Roi s'irrite ; Hier, il disait hautement A quel point il est mécontent Des états et de leur conduite.

32 Clairamh ault- Maurepas.

Pour les en faire revenir Et les faire tous consentir, Mettez donc toute votre peine, Je vois le Roi prêt à partir, Si vous ne pouvez réussir.

Monsieur le duc, avant huitaine.

Ceci, de l'un à l'autre bout, Semble un conte à dormir debout Mais cependant je vous assure Que les trois articles présents.

Et le dernier très nommément, Sont la vérité toute pure.

Vous connaissez l'attachement Ainsi que tous les sentiments Avec lesquels j'ai l'honneur d'être Votre très humble serviteur, De Laverdy, le contrôleur.

Publiez, s'il vous plaît, ma lettre.

Année i jù^. 33

EPIGRAMMES DIVERSES

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