‹ Chansonnier historique du 18e siècle [recueil de chansons, vaudevilles, sonnets, épigrammes, épitaphes et autre vers satiriques et historiques] publié avec introd., commentaire, notes et index (volume 2)Chapitre 43 sur 173 · OUÊTE POUR UNE TRAGEDIE · texte numérisé non relu

OUÊTE POUR UNE TRAGEDIE

Le grand bruit de Paris, dit-on.

Est que mainte femme de nom Quête pour une tragédie Où doit jouer Frétillon.

Pour enrichir un histrion ^ Tous les jours nouvelle folie :

I. Cette chanson et la suivante furent faites au sujet d'un spectacle qui fut donné à Paris, pour et au profit du nommé Mole, acteur, dont le public et les femmes surtout étaient fort épris. On payait un louis le billet au moins. C'était pour payer, disait-on, les dettes que cet acteur avait contractées pendant une longue maladie. M "^ d'Aumont, duchesse de Villeroy et M^'« de Hautefort, duchesse de Fronsac, s'en allaient quêtant partout et distribuant des billets ; la demoiselle Clairon promit de jouer pour attirer plus de monde ; il y eut des billets payés jusqu'à 25 louis et beaucoup à 10, à 12 et à 15. Sur quoi je ne puis m'empêcher de remarquer, non pas sans doute à l'honneur du public, que lorsque cinq ou six ans auparavant les comédiens français, par reconnaissance pour la mémoire du grand Corneille, donnèrent une représentation de Rodogune, au

82 Clairambault-AIaur

epas.

Le faquin, La catin Intéresse Baronne, marquise et duchesse.

Pour un fat, pour un polisson.

Toutes nos dames du bon ton Vont cherchant dans le voisinage.

Vainement les refuse-t-on.

Pour revoir enfin la Clairon Dans Paris elles font tapage.

La santé

De Mole

Les engage, Elles ont grand cœur à l'ouvrage.

Par un excès de vanité,

La Clairon nous avait quitté,

profit de la petite-nièce du grand poète, le billet le plus cher fut payé 5 louis et il y en eut fort peu payés au delà du prix ordinaire. (M.)

Mole étant tombé malade dans le courant du mois de janvier, les plaisants du parterre s'avisèrent un jour de demander de ses nouvelles en plein théâtre, et continuèrent ainsi pendant six semaines.

« Cette attention rendit la maladie de Mole célèbre et intéressante ; les femmes s'en mêlèrent et bientôt ce fut un air de savoir au juste l'état du malade. On avait appris que son médecin lui avait ordonné pour sa convalescence de boire un peu de bon vin vieux. Tout le monde s'empressa de lui en envoyer, et, en peu de jours. Mole, accah\é de présents, eut la cave la mieux garnie de Paris. » (Corresp. de Gritnm.)

Année ij6j.

Et depuis ces temps elle enrage Et sent son inutilité; Comptant sur la frivolité, Elle recherche les suffrages

Du plumet,

Du valet, Pour un aussi grand personnage !

Le goût dominant aujourd'hui Est de se déclarer l'appui De toute la plus vile espèce Dont notre théâtre est rempli.

Par de faux talents ébloui ^, A les servir chacun s'empresse.

Le faquin,

La catin

Intéresse Baronne, marquise et duchesse.

Mole, plus brillant que jamais, Donne des soupers à grands frais.

Prend des carrosses de remise, Entretient filles et valets.

Les femmes vident les goussets

I. « Cet acteur, remarquait Grimm, joue avec beaucoup de succès dans le haut comique. Son jeu n'est pas très varié, mais il est plein de chaleur et d'agrément. On ne peut pas dire que Mole soit un comédien sublime, mais dans l'état de disette où nous sommes, c'est un acteur essentiel à la Comédie-Française... On dit qu'il a beaucoup de suffisance et de fatuité. »

84 Clair ambault- Maurepas.

Même des princes de l'Église ^

Pour servir

Son plaisir.

La sottise !

Elles se mettraient en chemise.

Assignons par cette chanson De chacun la punition; Pour ses airs et son indécence, D'abord à Mole le bâton ; Ensuite pour bonne raison, Comme une digne récompense,

A Clairon,

La maison

Ou la cage Que l'on doit au libertinage.

I. Le prince Louis de Rohan, coadjuteur de Strasbourg, l'archevêque de Lyon, l'évêque de Bourges et l'évêque de Saint-Brieuc ont souscrit. (M.)

Année lyô'j. 85

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