LE MARIAGE DU DAUPHIN
Un bon Français, sans argent,
Doit pourtant Faire éclater, dans son chant, Les vifs transports de son âme Sur le Dauphin et sa femme.
Ce sont de jeunes époux
Dont les goûts Seront fructueux pour nous, En procurant l'abondance Et des Bourbons chers en France.
L'un et l'autre est, grâce à Dieu, De bon lieu,
I. Chanson par Joachim Ducreux, magister de Troisse- •reux, près Beauvais. (M.) — C'est le i6 juin que le Dauphin épousa, dans la chapelle du château de Versailles, l'archiduchesse Marie-Antoinette. Ce mariage, habilement préparé par le duc de Choiseul, resserrait l'alliance de la' » France avec la maison d'Autriche.
Année ijyo. 175
Et d'un âge où Ton prend feuj Il est aimable, elle est belle, L'on mettra tout par écuelle.
L'Allemand et le François,
Autrefois, S'entre-tuaient pour leurs rois Se battre est chose exécrable ; Se baiser est plus aimable.
Le Français et l'Allemand,
Bien content, Boiront ensemble souvent; Ils vont s'imposer la règle D'accoupler les lis et l'aigle.
Sur cet hymen précieux
Tous les dieux Et les mortels ont les yeux ; Le Parnasse entier apprête De bons couplets pour la fête.
Le prévôt, les quartiniers.
Les premiers, Abreuveront leurs quartiers; Et chacun fera sa charge En beau rabat long et large.
Les échevins de Paris, Bien nourris,
176 Clai.rambault-Maurepas.
Seront noblement garnis D'habits de cérémonies Et de robes mi-parties.
Des feux variés et clairs,
Dans les airs, Feront comme des éclairs ; Nous aurons un temps propice Pour les soleils d'artifice.
Pour animer le grand jour
Où l'amour Doit triompher à la cour, Nous ferons dans des boutiques Bals et festins magnifiques.
Tout le long des boulevards,
Les pétards S'entendront de toutes parts ; L'on verra clair dans les nues, Et des foules plein les rues.
L'on y verra des mamans,
Des enfants, Des moines et des marchands, Des confiseurs, des gimblettes.
Et des troupeaux de fillettes.
Des minois aussi jolis Que polis
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Nous agaceront gratis ; L'on sentira l'avantage D'une police bien sage.
Les filles et les garçons,
Bons luronS; Diront de bonnes chansons, Si les mères de famille Ont des poulettes gentilles.
Les objets les plus charmants
Sur des bancs Amuseront les passants; Et d'autres seront à l'ombre Dans des carrosses sans nombre.
Les arbres, en guéridons,
Les balcons.
Seront chargés de lampions; Partout le bon goût décide :
C'est un Bignon qui préside^.
A la ville l'on fera Grand gala, Le bon vin y coulera ; L'on y verra l'abondance Et des gueuletons d'importance -.
1. On verra ci-après ce qu'il advint des réjouissances organisées par le prévôt des marchands.