Clairambault-AIaurepas
Avec son Bèlisaire Marmontel s'approcha ; Dans les bras de sa mère Le Sauveur se cacha.
De ma religion Quel ennemi profane !
Dit tout bas le poupon.
Ah ! ma foi, c'est bien là Le coup de pied de l'âne.
Tenant un exemplaire De Warwick à la main, En reniant Voltaire, La Harpe entra soudain.
De sa présomption La dose est un peu forte ; Mais son Timolèon, Son Gustave un peu plat, Lui fit fermer la porte.
Sifflant en petit-maître, On vit entrer Dorât ; Il tâchait de paraître Et bel esprit et fat ; Il amusa, dit-on, Et l'enfant et la mère, Qui riaient de son ton ; Mais sitôt qu'il parla L'âne se mit à braire.
Année I/JO. 195
Vers l'auguste chaumière, Aux cris de l'animal, On voit courir Lemierre, Joyeux d'un tel signal ; Sa voix, à l'unisson, Étourdit l'assistance :
Infortuné poupon, Quoi ! faut-il que déjà Ta passion commence ?
Voyant cette affluence,
Le chantre de Manon
Accourt en diligence.
Malgré son poil grison ;
Mais au divin poupon,
Bien loin de rendre hommage.
Il parut mécontent, dit-on,
De n'être arrivé là
Que pour voir un visage.
D'une mine un peu niaise.
Mais d'un air renchéri, S'appuyant sur Thérèse, Entra Rubiconi*, Se plaignant qu'à son nom Un écrivain profane Avait fait un affront,
I. On veut parler de J.-J. Rousseau, qui était venu se fixer à Paris au milieu de l'année, avec sa gouvernante Thérèse Levasseur dont il avait fait sa femme.
1^6 Clairambaul t-AIaurepas.
Et feignant pour cela De ne point lorgner l'âne.
Courant à perdre haleine Au céleste hameau, On vit le grand Sedaine S'approcher du berceau.
Il parut si bouffon, Quoiqu'il se crût un sage, Qu'il fallut du poupon, Dès qu'il se présenta, Changer tout l'équipage.
Tout au sortir de table, Fréron, d'un air joyeux.
Accourut à l'étable ; Il connaissait les lieux.
L'âne, en voyant Fréron, Fit d'abord la grimace, Croyant qu'Aliboron N'était arrivé là Que pour prendre sa place.
Dieu ! quelle fourmilière Accourt de toute part !
Bret, Mathon, la Morlière, Sautreau, Légier, Suard, Quoi ! de ce peuple oison La France est donc la mère ?
Que d'amis pour l'ânon ;
Année ij'jo. 197
Le bœuf qui les vit là Trembla pour sa litière.
A grands coups d'étrivière ♦ Poursuivant ce troupeau, On vit dans la chaumière Un vengeur de Boileau.
Quel vacarme fit-on Au seul nom de Satire !
Quel bruit ! quel carillon !
Combien on clabauda ! Jésus se prit à rire.
Par un choix politique, Pour son représentant La troupe académique Nomma Simon le Franc.
Il composait, dit-on, Sa propre apothéose.
Quoi ! notre ami Simon, Dit Jésus un peu bas, Croit être quelque chose ?
La bonne compagnie
Souvent a ses défauts :
« L'enfant, disait Marie,
A besoin de repos.
O prodige soudain !
O merveille ineffable !
On vit entrer Saurin et Blin ;
198 Cîairambault-Maurepas.
Aussitôt tout bâilla,
La, la.
Tout dormit dans l'étable.
EPIGRAMMES DIVERSES