‹ Chansonnier historique du 18e siècle [recueil de chansons, vaudevilles, sonnets, épigrammes, épitaphes et autre vers satiriques et historiques] publié avec introd., commentaire, notes et index (volume 3)Chapitre 123 sur 192 · LES FÊTES DE LA VILLE DE PARIS · texte numérisé non relu

LES FÊTES DE LA VILLE DE PARIS

Appuis du temple de Mémoire, Beaux-arts, chers enfants de la paix, Turgot i assure votre gloire, Assurez la sienne à jamais.

Consacrez nos pompeux spectacles,

1. Lors du mariage de Madame première, fille aînée de Louis XV, avec l'infant d'Espagne, don Philippe. « Cette union fut célébrée avec tout l'éclat et la pompe possibles; les fêtes les plus galantes, les spectacles les plus magnifiques, les arcs de triomphe ornés de devises et d'inscriptions, les festins les plus somptueux se succédèrent tour à tour ; ils firent pendant plusieurs jours l'amusement de la cour et de la ville, ainsi que l'admiration des étrangers accourus de toutes parts. Le feu d'artifice surtout exécuté dans le bassin de la Seine entre le Pont-Neuf et le Pont- Royal, produisit, par le local, un coup d'œil dont on se souvient encore, et dont il n'y a point eu d'exemple depuis. Il rendra mémorable à jamais pour ces sortes de réjouissances le nom de Turgot, dont la prévôté fut signalée d'ailleurs par des monuments plus utiles et plus durables.» ( Vie privée de Louis XV.)

2. Michel-Etienne Turgot était président aux enquêtes du Parlement de Paris, lorsqu'il fut nommé prévôt des marchands, en 1729. Il se signala dans ces fonctions par son zèle et son intelligente activité ; c'est à lui que l'on doit la construction de l'immense égout qui embrasse toute la rive droite de la Seine. A sa sortie de charge, en 1741, il fut nommé président au Grand-Conseil.

554 C lairambauït-Maurepas.

Et du récit de leurs miracles Etonnez la postérité; Que le merveilleux de la Fable Dans ce qu'il a de moins croyable Serve l'exacte vérité.

La nuit, sous d'épaisses ténèbres Cachait deux palais à nos yeux, Pareils à ces temples célèbres Que Rome élevait à ses dieux, Quand les Hyades envieuses Avec leurs urnes pluvieuses S'approchent dans l'obscurité; Tout redoute leur influence ; Louis paraît, et sa présence Ramène la sérénité.

Du fond de son lit pacifique Le dieu de la Seine à l'instant Fait de la fête magnifique Sortir le prélude éclatant.

Mille barques illuminées De ses naïades étonnées Éclairent le profond séjour, Superbes et galants phosphores Qui figurent autant d'aurores, Messagères du plus beau jour.

Le premier temple qu'on découvre Se change en palais de Vulcain,

Année i"3g. 255

Sa forge épouvantable s'ouvre, Le marteau résonne soudain L'éclair brille, la nue éclate, La flamme vole et se dilate, On voit la foudre sans horreur C'est l'art ingénieux qui tonne, Qui, maître des feux de Bellone, Se fait un jeu de leur fureur.

La Nymphe, d'abord égayée Et qui sortait de ses roseaux, Bientôt se replonge effrayée Dans le paisible sein des eaux.

Mais la flamme agile et rebelle Plonge, revient, rentre avec elle, Serpente et voltige à l'entour ; Alors le Triton qu'elle embrasse Doit à la frayeur une grâce Qu'il espère en vain de l'amour.

Cependant un Vésuve énorme Vomit un lumineux torrent, Qui se divise et se transforme En plus d'un objet différent, En nappes, chiffres, jets, colonnes, Gerbes, girandoles, couronnes; Il tombe, il s'élève, s'accroît, Et partout sa flamme croisée Compose une voûte embrasée Qui se dissipe et reparaît.

256 Clair ambaul t-AIaurepas.

Grand Roi ! quelle magnificence, Couronnant tes heureux projets, Fait briller le goût de la France Et le zèle de tes sujets.

Au gré d'une savante audace La nature change de face.

Etoiles et soleils nouveaux Par mille rayons qui renaissent Charment les regards et paraissent Transporter les cieux sur les eaux.

Mais quel autre prodige encore1 Succède au prodige éclipsé, Quel est ce nouveau météore Qui sous nos yeux reste fixé?

Sa lumière que l'on contemple Nous trace dans les airs un temple, Séjour des Grâces et des Ris 2, Plus bas, cent couleurs différentes Peignent sur les ondes ardentes La riante écharpe d'Iris.

Là, dans sa fougue mesurée, Le Dieu des lyriques concerts Élève jusqu'à l'Empyrée Les sons dont il frappe les airs ; De la France et de l'Ibérie

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