Le cardinal de Tencin, une fois entré dans le con
Année /j/i'. 333
Sa sœur infernale Avec sa cabale L'y conduira par un forfait,
D'Argenson 1 n'est qu'un freluquet, Comme tout le monde le sait, Mais son ironique caquet
Passe pour science
Chez son Eminence; Tout soudain ministre il l'a fait,
Monsieur Orry 2 n'est qu'un baudet, Comme tout le monde le sait,
seil d'Etat, va être adjoint au ministère pour soulager le cardinal de Fleury ; c'est un confrère et un homme de confiance ; il n'est pas douteux que c'est le désigner premier ministre; le titre de cardinal, dans ce pays-ci, et beaucoup d'esprit sont plus que suffisants. » [Journal de Barbier.)
1. « M. d'Argenson a une figure et un visage agréables, beaucoup d'esprit, et l'esprit fort étendu, très poli, et d'une politesse noble et facile, d'un caractère propre à saisir tous les différents détails dont on aurait voulu le charger. Il a des sentiments élevés et est capable de grandes et vastes idées. 11 est malheureusement arrivé dans le ministère dans des circonstances embarrassantes. Cette matière était neuve pour lui ; il a fallu le mettre au fait et que l'expédition du courant n'en souffrît point. Quoiqu'il travaille avec une grande facilité, il s'est trouvé un peu accablé par l'immensité de son ouvrage ; peut-être même a-t-il été obligé de se laisser un peu conduire jusqu'à ce qu'il fût en état de marcher seul. » [Mémoires du duc de Luynes.)
2. « Le contrôleur général Orry, d'une naissance très ordinaire, ayant servi une partie de sa vie, était déjà sur le retour lorsque le cardinal jeta les yeux sur lui pour lui confier le département des finances. Il était excellent dans
334 Clairambau.lt- ALaurepa*.
Couper bras et jambes tout net,
Voilà sa science,
Pour toute finance, Plus opiniâtre qu'un mulet,
Maurepas dans son cabinet, Comme tout le monde le sait, Voit tous les objets assez nets ',
Mais comme son père 2,
Méchante vipère, Dans le mal d'autrui se complaît,
ce poste, où la dureté de sa physionomie commençait par repousser cette foule de gens avides dont un contrôleur général est toujours obsédé. Son caractère répondait parfaitement à son extérieur et son premier mot était de refuser. Depuis douze ans qu'il régissait le fisc public, il avait acquis les lumières qui lui manquaient tout d'abord. Il ne manquait jamais de fonds pour faire face au besoin. On lui a reproché de se ménager des ressources par une extrême rigueur envers le peuple, dont il sacrifiait toujours les'intérêts à celui du souverain. » ( Vie privée de Louis XV.)
i. « On ne peut avoir plus d'esprit qu'en a M. de Maurepas, ni une mémoire plus heureuse. Les noms de tous les officiers de marine, jusqu'à celui du dernier garde-marine, le détail des services de chacun et l'intrinsèque même de leurs mœurs et de leur conduite lui est présent, sans qu'aucune circonstance lui échappe. 11 est aussi chargé du détail de Paris ; sa mémoire fournit encore à ce détail immense. Il travaille beaucoup et avec facilité ; il est au fait de la cour plus que personne. Son esprit naturellement est celui de la plaisanterie, mais les affaires sérieuses n'en souffrent pas. Ses vues sont étendues et son ambition très éclairée. » [Mémoires du duc de Luynes.)
2. Le comte de Pontchartrain, bien connu pour son humeur désagréable. (Cf., t. I, p. 119.)
Année TJ4-- 335
Saint-Florentin tout rondelet, Comme tout le monde le sait, Suit son cousin ' comme un barbet,
Et fait le bon drille
Auprès de la fille ; Il est savant en quolibet,
Breteuil n'est qu'un nigaudinet -, Comme tout le monde le sait; Duvernay 3 l'instruit en secret,
Et puis il ânonne Toujours nasillonne A chaque récit qu'il nous fait,
Amelot 4, pauvre perroquet, Comme tout le monde le sait,
i. Le comte de Maurepas.
2. « M. de Breteuil n'avait point la capacité nécessaire pour remplir le département de la guerre, surtout durant la crise survenue dès le commencement de son élévation. Il aurait pu se faire honneur dans sa place en temps de paix; il avait le cœur bon, les manières nobles, toutes les dispositions possibles à rendre service. Il aurait été aimé des troupes avec de pareilles qualités, mais la cruelle et désastreuse campagne de Bohême lui fit perdre toute leur affection. Elles lui imputèrent leurs calamités, et il mourut très à propos (5 janvier 1743) pour n'avoir pas la douleur de se voir sacrifié aux clameurs qui s'élevaient de toutes parts contre lui. » {Vie privée de Louis XV.)