APPAS DE MADEMOISELLE
La fille la plus vénérable,
Sans contredit, S'ajoute un titre respectable,
Dont chacun rit; Demoiselle par excellence,
Trouvez donc bon, Qu'on vous dédie avec licence
Une chanson.
Malgré votre art et votre adresse
A réparer Ce qu'une prochaine vieillesse
A pu gâter, Ma muse qui trop s'évertue,
1. « Dans les jours gras derniers elle avait grande compagnie à souper, entre autres le comte de Coigny, fils du maréchal, que l'on dit être sur son compte; après le souper elle renvoya tout le monde. Le petit duc de Nivernais, jeune homme de quinze ou seize ans, quittait la partie avec peine, mais, obligé d'obéir, il se cacha derrière une portière et demeura témoin du tête-à-tête avec le comte de Coigny. Il a été réprimandé par la princesse et il s'est vengé par une chanson assez déshonorante sur les appas cachés de la princesse. » (Journal de Barbier, mai
io8 Clair ambaul t-AIaurepas.
Me peint ici Ce qu'à Concombre ', toute nue, Vit Tanzaï.
La ressemblance en est frappante,
En certain point ; D'une huile jaune et dégoûtante
J'ai des témoins :
Deux mille à qui Coigny succède,
Diront ici Tout ce qu'à la fée qui l'obsède,
Dit Tanzaï.
En vain, princesse aux Amours,
Tous les jours, Vous offrez votre prière.
Apprenez qu'à quarante ans
Ces enfants, Vous prennent pour leur grand'mère.
Vos yeux ne sont pas touchants, Et vos dents Sont plus noires que votre âme ;
i. La fée Concombre est un des personnages du roman ■de Crébillon fils, Tanzaï et Néadarné. On trouvera la scène à laquelle il est fait ici allusion au chapitre XV, qui a pour titre : Comme quoi l'on se trompe a ce qu'on imagine.
Aussi votre amant mitre A raté, Sans qu'à Cythère on l'en blâme l.
1. Dans certains recueils mss. cette pièce est appliquée à jyjme (je Courcillon, d'abord duchesse de Picquignyet puis princesse de Rohan-Soubise. Mais c'est bien de Mlle de Charolais qu'il s'agit ici : sa liaison avec l'abbé de Vauréal n'était un mystère pour personne. Quelques lignes du Jownal de Barbier prouvent qu'elle s'intéressait fort à son amant mitre. « Mlle de Charolais avait tant pressé et tourmenté le Roi pour renvoyer M. Amelot de Chaillou et pour donner la place de secrétaire d'Etat des affaires étrangères à M. deVauréal, évêque de Rennes, que le Roi lui en avait donné sa parole. Il faut observer que le public critique donne ce monseigneur pour amant à cette" princesse, et que c'était bien là le plus court chemin pour obtenir un chapeau à la cour de Rome et pour prétendre à la place de premier ministre. » [Octobre 1738.) Le marquis d'Argenson écrit de même, en parlant de la tenue des états de Bretagne qui éloignaient Vauréal de la cour : « Mademoiselle se console comme elle peut de l'absence de son amant mitre avec le petit Çoigny. Mais l'évêque de Rennes est, dit-on, grand payeur d'arrérages. C'est un homme à devenir cardinal. Voilà ce qui flatte le goût de cette princesse déjà surannée, et qui, après tant de services, a commencé de bonne heure le métier de maq... ne tirant sa considération que de cette profession. »
i io Cl air ambauït- M aurepas.