‹ Chansonnier historique du 18e siècle [recueil de chansons, vaudevilles, sonnets, épigrammes, épitaphes et autre vers satiriques et historiques] publié avec introd., commentaire, notes et index (volume 3)Chapitre 84 sur 192 · UN APOTRE DE LA PETITE ÉGLISE · texte numérisé non relu

UN APOTRE DE LA PETITE ÉGLISE

Que dirons-nous de Montgeron1 Et du beau produit de sa plume ?

Il a de plus d'une façon Radoté dans un gros volume,

i. Carré de Montgeron, conseiller au Parlement de Paris, en la deuxième chambre des enquêtes, et janséniste fervent, avait formé un gros recueil des principaux miracles attribués au bienheureux Paris, avec les attestations des médecins, chirurgiens et autres notables personnes qui en vi. i<5

182 Clairambault-Maurepas.

Marie Alacoque n'a pas Donné plus de galimatias.

Cependant il disait au Roi :

Sire, parcourez mon ouvrage, Vous y trouverez, sur ma foi, De la vérité le langage, Vérité qui jusques à vous Ne peut arriver que par nous '.

Quel est donc cet apôtre-là ?

Dit Sa Majesté bien surprise. —

On lui répondit à cela :

Il est de la petite église,

Et pour elle a donné son bien

Afin que Rome n'en eût rien. —

avaient été témoins. Après l'avoir fait imprimer sous le titre de la Vérité des miracles du diacre Paris, etc., démontrée contre M. V Archevêque de Sens par Basile de Montgeron, il alla à Versailles le 29 juillet, assista tranquillement au dîner du Roi, et profita du moment où le prince sortait de table pour lui offrir un exemplaire de son livre en lui disant : « qu'il était un des plus respectables, zélés et fidèles de ses sujets, qu'il prenait la liberté de lui présenter un livre où la vérité était écrite, laquelle on lui cachait depuis longtemps ».

I. En dépit des précautions prises par Carré de Montgeron pour remettre directement son livre au Roi, et du succès apparent de sa démarche, le prince n'eut pas même le loisir d'y jeter un coup d'œil. Le premier gentilhomme de la chambre le lui arracha des mains, dans la crainte qu'il ne fût empoisonné et le remit au cardinal Fleury, qui punit sans délai l'audacieux magistrat de sa témérité.

Eh bien, que l'on ait soin de lui.

Que dans la Bastille on l'emmène 1 ; Qu'au matin, au soir, à midi, De soupe il trouve jatte pleine, Car c'est un régime excellent Pour une cervelle à l'évent.

Un loyoliste à face étique, D'un air saintement furieux, Traita Montgeron d'hérétique Et de sujet séditieux.

C'était un crime punissable D'oser présenter à son Roi Un imprimé contre la foi Et contre une bulle adorable ; Mais que cet horrible attentat Eût pu partir d'un magistrat, Certes le cas était pendable. — Tout doux, tais-toi, père Guignard 2, Un livre n'est point un poignard.

1. Séance tenante, une lettre de cachet fut expédiée de Versailles à M. Hérault pour mettre Montgeron à la Bastille. Le soir même, le commandant du guet, Duval, porteur de la lettre de cachet et accompagné d'un commissaire au Châtelet, alla arrêter Montgeron et le conduisit à la Bastille. Le 7 octobre de la même année, le malheureux conseiller fut transféré à l'abbaye Saint-André d'Avignon, et puis au château de Valence, où il mourut fou.

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