LE CARDINAL FLEURY
Le bon ministre de la France
Tire à sa fin; Nous sommes tous en doléance,
Et grand chagrin.
De son temps chacun a reçu
Rente et tontine,
I. Au commencement de l'année 1738, la santé du vieux ministre inspira de vives inquiétudes : « M. le cardinal de Fleury est tombé malade depuis quinze jours, écrit Barbier. Il lui a pris du dégoût, de l'insomnie, faiblesse dans les jambes, lui qu'on ne pouvait pas suivre. Il a voulu paraître le plus qu'il a pu ; mais le Roi lui a dit, par amitié, de se tenir tranquille, et lui a défendu de sortir. Les jambes lui sont enflées et la fièvre lui a pris. Le Roi l'a été voir plusieurs fois. On lui a apporté les sacrements ; cela a fait courir le bruit à Paris, qu'il était
208 C lairamba u It-Ma urepa s.
Et malgré la guerre on n'a vu Disette, ni famine.
Pendant les jours les plus paisibles,
Avant cela, Que de maux, que de coups terribles
On essuya.
Sous un pilote extravagant ',
Quatre corsaires2, Pirates du gouvernement, Partagèrent en frères.
Or, faisons d'instantes prières,
Que notre Roi, Avec ses quatre secrétaires,
Dicte sa loi ; CJn ministre comme Fleury
Se trouve à peine.
De celui qui fut avant lui,
Hélas ! qu'il nous souvienne.
mort ; mais on a appris le lendemain que la fièvre l'avait quitté, et les médecins ont dit qu'il est hors d'affaire. A la vérité, il a quatre-vingt-cinq ou six ans ; c'est un bon tempérament qui a fait un dernier effort, et la nature manquera tout à coup. C'est un sentiment général, sans politique et sans flatterie, que toute la France craint ce moment comme une perte réelle, parce que le gouvernement est généralement grand, judicieux et doux. »
i. Le duc de Bourbon. [M.)