‹ Chansonnier historique du 18e siècle [recueil de chansons, vaudevilles, sonnets, épigrammes, épitaphes et autre vers satiriques et historiques] publié avec introd., commentaire, notes et index (volume 4)Chapitre 76 sur 121 · NOËLS POUR L'ANNEE · texte numérisé non relu

NOËLS POUR L'ANNEE

Du Mentor de la France

Chantons à l'unisson

La sublime influence

Qu'il a sur son poupon *.

Il gouverne l'Etat,

Il brouille le ménage 2, Après, il s'en rend l'avocat, Et chacun à ce potentat

Rend un craintif hommage.

Aux frères économistes Il a fait succéder

1. « Or. était vraiment affligé de voir un jeune monarque, doué d'un bon esprit et d'un cœur droit, dirigé par un vieux courtisan incapable de fortifier en lui les sentiments d'humanité et de lui inspirer l'amour de ses peuples. » [Journal de Hardy.)

2. « L'on débitait que le sieur comte de Maurepas, sachant parfaitement combien la Reine lui était opposée et désirait son éloignement de la cour, tenterait tous les moyens pour parvenir à brouiller le ménage; on assurait même pour appuyer cette idée que déjà en deux différentes occasions le Roi s'étant trouvé seul en partie de chasse ou de diner avec Monsieur et M. le comte d'Artois, avait tenu ce propos remarquable et qui, en le supposant vrai, n'annonçait rien de bon pour l'avenir : Il faut avouer qu'on s'amuse beaucoup mieux quand on n'a pas sa femme avec soi. » {Journal de Hardy.)

1 4-0 C 1 air amb au h- Al au repas.

Un frère des Clunistes

Qui vient de décéder 1.

A présent le Mentor

A pris dans la Réforme Un intrigant qui a, dit-on, Beaucoup d'audace et de jargon.

Et Necker il se nomme.

Vergenne, gobe-mouche, Ministre sans talents, Laisse l'Anglais farouche Battre les Insurgents :

I. Ce vers rappelle la plaisanterie de Voltaire, qui avait promis de se faire moine si Turgot était renvoyé du ministère. Lorsque Clugny eut remplacé Turgot, on lui rappela sa promesse, et il répondit spirituellement : « Je me suis fait moine de l'ordre de Cluny. » Le successeur de Turgot mourut au bout de six mois, et ce fui Taboureau des Réaux qui reçut le titre de contrôleur général des finances, mais on lui adjoignit Necker comme directeur du Trésor. « Il était public, observait Hardy au moment de ces nominations, que le sieur Tabureau îles Réaux, conseiller d'État, ci-devant intendant à Valenciennes, qu'on M .lit âgé d'environ soixante ans et attaqué de la goutte comme les sieurs Turgot et de Clugny, ses prédécesseurs, ce qui avait excité adiré par plaisanterie quele conti nèrals' en allait goutte a goutte , avait été enfin nommé par le Roi pour remplir la charge de contrôleur général des », mais qu'il n'avait accepté qu'après avoir obtenu de Sa Maje té qu'elle voulût bien lui donner pour adjoint, avec le titre de directeur général des finances, le sieur Necker de la religion prétendue réformée, ci-devant banquier fameux, lequel passait pour être très éclairé et fort instruit en matière de finances, le même qui avait si fort combattu les systèmes du sieur Turgot. »

Année ij-j. 141

Valet bas et soumis

De toute l'Angleterre, A Georges trois il a promis Qu'on serait toujours ses amis

Pendant son ministère.

Saint-Germain en déroute

A mis tous les soldats ;

Chacun d'eux prend sa route

Pour de nouveaux climats ;

11 a pour successeur

Un même personnage, Charlatan, né de sa faveur, Fat, impudent, plein de hauteur;

C'est tout son apanage1.

Sartine fait merveille Dans son département.

Mais la puce à l'oreille On lui donne souvent ;

1. « Après l'insuccès et le mécontentement provoqué par ses réformes, il ne restait à M. de Saint-Germain qu'une seule sottise à faire. Il n'eut garde de la refuser : c'était de prendre un adjoint. On apprit tout d'un coup et sans que personne s'en doutât que AI. de Montbarrey était associé au ministère de la guerre : sa nomination n'apporta aucun changement au désordre qui régnait dans le militaire; et lorsqu'on lui en parlait, il répondait qu'il n'était que l'aide de camp de M. de Saint-Germain et qu'il lui avait trop d'obligations pour n'être pas entièrement soumis à ses volontés. Il n'était pas bien difficile de pénétrer où tendaient ces propos.... M. de Saint-Germain

ia.2 C lairambaul t-Alaurepas.

C'est le plus fin matois De tout le ministère ; Il est galant, il est courtois, Et fait ses coups en tapinois :

C'est un rusé compère.

Amelot est encore 1 Frais sorti du bateau ; Il croit que l'on ignore Qu'il est un bâtardeau ; Mais le Mentor a dit A tout qui veut l'entendre Qu'Amelot était son petit, Et de ses amours le seul fruit Oui racine ait pu prendre.

D'Aiguillon2 à l'intrigue Se borne maintenant.

croupit encore quelque temps dans sa place ; mais son discrédit devint si fort qu'il ne put plus le supporter. Il demanda à se retirer; on le lui accorda avec facilite et M. de Montbarrey fut nommé ministre de la guerre. » (Mémoires du baron de BesenvaL)

i. « M. Amelot, reconnu comme incapable, ne dut le ministère qu'au crédit de sa mère, amie de tous les temps de M. de Maurepas ; maison lui adjoignit M. de Robinet qui, sous le nom modeste de premier commis, dirigeait tout le ministère. » (Mémoires de l'abbê George/.)

2. Le duc avait clé rappelé de l'exil peu de mois auparavant : « Quelques personnes regardaient ce rappel comme une preuve du crédit qu'avait encore le sieur comte de Maurepas, en même temps qu'elles imaginaient que

Année iyjy. 14.3

Le Mentor, pour lui, brigue

Poste très important;

Et ce vieillard, dit-on,

Un peu dans la démence, Voudrait auprès de son poupon Placer le docteur d'Aiguillon 1

Pour enterrer la France.

son séjour dans la capitale pourrait bien influencer sur les intrigues qui avaient pour but d'écarter le duc de Choiseul, que la Reine paraissait désirer revoir remonter au ministère. » {Journal de Hardy.)

I. Telle n'était cependant pas l'opinion générale, puisque Hardy observait que « s'il fallait s'en rapporter à des personnes qui se disaient bien instruites, quoique le parti du duc d'Aiguillon, son parent, se fortifiât de jour en jour au point que le Roi, Monsieur et Mesdames de France, tantes de Sa Majesté, étaient notoirement décidées en sa faveur, ledit comte de Maurepas mettait encore obstacle à ce qu'il rentrât dans le ministère, par la seule crainte qu'il avait que son rétablissement ne vînt à diminuer le crédit dont il jouissait fort tranquillement. »

CIIA1U.ES DE BEAUfflOBT

^ dit Mademoiselle le Chevalier d'Eon (a>. 172 8-1810

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