‹ Chansonnier historique du 18e siècle [recueil de chansons, vaudevilles, sonnets, épigrammes, épitaphes et autre vers satiriques et historiques] publié avec introd., commentaire, notes et index (volume 4)Chapitre 82 sur 121 · AVIS AU PUBLIC · texte numérisé non relu

AVIS AU PUBLIC

Le sieur Villette, dit marquis, Successeur de Jodèle, Facteur de vers, de prose, et d'autre bagatelle, Au public donne avis

1. A propos de l'arrivée de Voltaire à Paris. (M.) — « C'est le 10 février, est-il dit dans l 'Espion anglois, qu'après plus de vingt-sept ans d'absence cet homme célèbre rentra dans Paris. Il descendit à l'hôtel du marquis de Villette, au coin de la rue de Beaune, et dès le matin ce fut chez lui un concours de monde prodigieux. Il resta toute la semaine en robe de chambre et en bonnet de nuit ; il reçut ainsi la cour et la ville. La marquise de Villette et Mme Denis tenaient le cercle et faisaient les honneurs.... Rien de plus flatteur que la sensation que ix. 14.

158 Clair ambault-Maurepas,

Qu'il possède dans sa boutique Un animal plaisant, unique, Arrivé récemment

produisit son arrivée. Les grands, les femmes les plus distinguées et les plus aimables, les gens de lettres, les artistes, les amateurs en tout genre s'empressaient de lui rendre hommage. »

Grimm se fait également dans sa Correspondance l'écho de l'enthousiasme général. « Non, s'écrie-t-il, l'apparition d'un revenant, celle d'un prophète, d'un apôtre, n'aurait pas causé plus de surprise et d'admiration que l'arrivée de M. de Voltaire. Ce nouveau prodige a suspendu quelques moments tout autre intérêt ; il a fait tomber les bruits de guerre, les intrigues de robe, les tracasseries de cour, même la grande querelle des Gluckistes et des Piccinistes. L'orgueil encyclopédique a paru diminué de moitié, la Sorbonne a frémi, le Parlement a gardé le silence, toute la littérature s'est émue, tout Paris s'est empressé de voler aux pieds de l'idole, et jamais le héros de notre siècle n'eût joui de sa gloire avec plus d'éclat si la cour l'avait honoré d'un regard plus favorable ou seulement moins indifférent. »

Enfin, le comte de Ségur confirme ce témoignage dans ses Mémoires :

« Il faut avoir vu à cette époque la joie publique, l'impatiente curiosité et l'empressement tumultueux d'une foule admiratrice pour entendre, pour envisager et même pour apercevoir ce vieillard célèbre, contemporain de deux siècles, qui avait hérité de l'éclat de l'un et fait la gloire de l'autre ; il faut, dis-je, en avoir été témoin pour s'en faire une juste idée.

« C'était l'apothéose d'un demi-dieu encore vivant ; il disait au peuple avec autant de raison que d'attendrissement : Vous voulez donc me faire mourir de plaisir. En effet, la puissance de si nombreux et de si touchants hommages était au-dessus de ses forces; il y succomba et l'autel qu'on lui dressait se changea promptement en tombeau. »

Année I~"j8. 159

De Genève en droiture, Vrai phénomène de nature, Cadavre, squelette ambulant.

Il a l'oeil très vif, la voix forte, Il vous mord, vous caresse, il est doux, il s'emporte.

Tantôt il parle comme un dieu,

Tantôt il parle comme un diable ; Son regard est malin, son esprit est tout feu.

Cet être inconcevable Fait l'aveugle, le sourd, et quelquefois le mort. Sa machine se monte et démonte à ressort, Et la tête lui tourne au surnom de grand homme;

Tel est l'original en somme,

On le verra tous les matins

Au bout du quai des Théatins.

Par un salut profond, beaucoup de modestie, Les grands seigneurs paieront leur curiosité ;

Porte ouverte à l'Académie

A tous acteurs de comédie

Qui flatteront sa vanité

Et voudront adorer l'idole.

Les gens mitres portant étole Le verront, mais de loin, moyennant une obole,

Pour éviter ses griffes et ses dents; Tout poète entrera pour quelques grains d'encens1.

1. Cette pièce inspire à l'auteur de l'Espion anglois la remarque suivante : « Tout n'était pas rose cependant pour Voltaire ; s'il était accablé d'une multitude de pièces

i6o Clair ambaul t-Alaurepas.

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