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II Introduction historique.
La disparition de Flenry, en effet, eut surtout pour résultat de débarrasser Louis XV de toute contrainte dans ses amours. Après la mort de J/™« de Vintimille, on avait vu le prince revenir à J/™® de Mailly. Mais il ne tarda pas à se lasser d'une maîtresse qui enlaidissait et dont la société ne poifbait dissiper l'ennui qui formait le fond de son caractère. Le duc de Richelieu, ennemi personnel de la favorite et résolu à pousser auprès du roi une femme qui lui fût dévouée, avait arrêté son cîioix sur une des sœurs de J/™^ de Mailly, J/"^« de la Tournelle, dont Louis XV avait cît occasion d'admirer la beauté. Une intrigue ourdie par cet artificieux courtisan ne pouvait manquer de réussir, d'autant que jfrao ^^ i^ Tournelle secojida habilement ses projets. Eleury, qui avait un moment tremblé devant l'influence de M^^^ de Vintimille et qui avait tout à redouter d'un change }nent de maîtresse, s'associa à Maurepas pour nmintenir J/""" de Mailly en faveur. Ses ejorts furent vains et il ne réussit même pas à empêcher son élève de donner à J/"' de la Tournelle la place de dame du palais de la reine devenue vacante par la mort de M"^^ de Mazarin. J/'"" de la Tourjiellc, installée à la cour et conseillée par Richelieu, eut bientôt fait de captiver Louis XV, auquel elle imposa impérieusement ses conditions. Le monarque n échappait ainsi à la tutelle de Fleury que pour subir la domination d'une favorite ambitieuse. C'est avec iV"'" de la Tournelle que Louis XV oubliait dans les petits soupers et les voyages de Fontainebleau et de Clioisy l'état critique de la France, et tandis que l'incurie des ministres et l'impèritie des
Châteauroux ^ Pompadour. m
généraux aggravaient chaque jour la situation, il s'occupait de conférer à J/™® de La Toutnelle, par lettres patentes /enregistrées au Parlement, le duché-pairie de Châteauroux.
La guerre si iînprudemmejit entreprise par Fleiiry à propos de la succession d'Autriche était dexwnuc tine lutte européenne : l'Angleterre, V Autriche, la Hollande et la Savoie s'étaient liguées contre la France. En 1743. les ducs de Grammont et d'Harcourt étaient battus à Dettinghen et le maréchal de Noailles était rejeté sur le Rhin; pour continuer les hostilités, il fallut recourir à des redoublements d'impôts et à des levées de milices qui provoquaient dans la nation un vif mécontentement C'est à ce moment que la duchesse de Châteauroux, pour justifier petit-être sa scandaleuse élévation, exerça sur son amant une haireuse influence; elle eut de l'ambition pour lui, elle le poussa à sortir de son apathique indifféreiicé, à se mettre a la tête de l'armée, et elle l accompagna elle-même à la guerre, La Belgique était alors le champ de bataille naturel entre la France et V Angleterre , où wi vaillant étranger au service de Louis XV, Maurice de Saxe, secondé par le maréchal de Noailles, tetiait en échec les généraux anglais et autrichiens. Le roi alla le joindre et fut témoiii de la prise des places fortes de la France maritime. Cepeiidant le prince Charles de Lorraine, beau-frère de Marie- ^hérèse, envahit h- France à l'est, projetant la conquête de l'Alsace et de la Lorraine. Noailles se porta aussitôt au secours des provinces nienacées, et Louis le suivit; mais il tomba malade à Metz, et ses jours furent en danger.
Introduction historique.
Une immense émotion s'empara de la France entière, dont les témoignages ■ tinanimcs d'affection étonnèrent le monarque hii-même ; et sa convalesceiice fut célébrée partout par des réjouissances aussi enthousiastes que spontanées.
Durant sa maladie, le roi, cédant aux objurgations de son confesseur, avait renvoyé yl/"^® de Châteauroux. A peine revemi à Paris, il voulut la revoir, alla lui apporter ses excuses et la supplier de revetiir auprès de lui. La maîtresse ne consentit à rentrer à la cour qu'après avoir obtom la disgrâce des courtisans qui s'étaient ligués contre elle et l'avaient fait chasser ignominieusement. Mais elle n'eut pas le temps de jouir de son triomphe; elle mourut le 8 décembre 1744, et le guet dut prendre les armes, le jour de son inhumation, à six heures du matin, pour protéger son cercueil contre les fureurs de la populace.
Peu après la mort de la favorite, Louis XV revint à l'armée et alla mettre le siège devant Fribourg, qtte deux 7nois de tranchée ouverte obligèrent à capituler. D'autre part, les troupes réunies de la France et de l'Espagne, commandées par le prince de Conti et l'infant don Philippe, avaient envahi le Piémont et battu le roi de SardaigJic sous les murs de Coni. Les rigueurs de la saison les obligèrent à borner leurs succès et à repasser les monts. Sur ces entrefaites ^ l'empereur Charles VII mourut à Munich, le 20 janvier 1745, laissant un fils 'âgé de dix-sept ans, à qui son âge interdisait de jouer uji rôle qui avait si mal réussi à son père. Le jeune prince traita avec Marie-Thérèse et
Châteauroux . Pompadour.
lui promit sa voix électorale. Aussi François 7°'' ptit-il obtenir, moins d'une année après, la couroime impériale, malgré les efforts de la France pour lui susciter 2in compétiteur. C'est ainsi que fut viatique le principal objet de la guerre, qui était d'ôter l'ei7ipire à la maison d'A utriche.
Il semblait que la fin prématurée du fjialhcurcux électeur de Bavière devait ramener la paix, et que la cause des hostilités ne subsistant plus, le calme allait être rendu à l'Europe. Mais il n'en fut rien : la guerre se continua parce qu'elle était commeiicée et parce que le mifiistère anglais qui dirigeait la coalition estimait qu'il y avait tout à perdre en traitant avec la France et tout à gagner par les armes. Louis XV, de son côté , dut poursuivre' la guerre , sans avoir d'autre objet que de la faire cesser.
La Flandre restait toujours le principal théâtre de la lutte, et le comte de Saxe s'y maintenait avec une armée plus faible de vingt mille hommes que celle des ennemis. Louis XV résolut d'y poursuivre les conquêtes interrompues l'année précédente. Il partit, au mois de mai, avec le Dauphin, qui venait d'épouser la seconde i?ifante d'Espagne, et alla joindre l'armée sous les murs de Tournay, que Maurice assiégeait. C'est là que fut livrée la plus grande et la plus glorieuse bataille de la guerre, la bataille de Fonienoy. Marie-Thérèse avait laissé aux puissafices maritimes le soin de défendre les Pays-Bas. Une armée anglo-hollandaise , commandée par le duc de Cumberland, se porta au secours de la ville menacée; mais elle fut mise en déroute, grâce aux savaJites dispo- VII a.
Introduction histori
que.
sitions du maréchal de Saxe et à la bravotire du soldat fraiiçais. La conquête des Pays-Bas devait être la conséquence de cette victoire.
Vaincu sur le continent, le roi d'Angleterre George II courut ejicore de séri&ux dangers dans son propre royaume, oîi il était menacé par le fils du chevalier de Saint- Georges, le prhice Charles- Edouard Stuart, qui tentait de reconquérir, les armes à la main, le trône perdu par son ancêtre Jacques II. Char le s- Edouard, parti de France avec quelques amis dévoués à sa fortune, avait débarqué en Ecosse; une petite armée se forma bientôt autour de lui, avec laquelle il battit les généraux anglais ejivoyés à sa rencontre et entra dans Edimbourg. Après quoi, pénétrant en Angleterre, il arriva à Manchester , avec l'intention de pousser jusqu'à Londres. Georges, pris aii dépourvu par cette brusque attaque, rappela le duc de Cumberlafid, et deux corps d'armée marchèrent contre l'envahisseur. Charles avait compté sur une insurrectioji des jacobites anglais et sur la descente d'une artnée française : toutes deux lui firent défaut; aussi dut-il, malgré sa victoire de Falkirk, revenir en Ecosse, oit il fut écrasé par Cumberland à Culloden. Son armée était anéantie; il vit sa tête mise à prix et erra misérablement durant cinq mois dans les montagnes de l'Ecosse avant de pouvoir regagner la France. George II, désormais libre d'inquiétudes, tourna ses efforts vers la guerre continentale ; mais la diversion opérée par l'intrépide Stuart avait rendu à la France un service signalé et permis au maréchal de Saxe de poursuivre victorieusement le cours de ses succès.
Châteauroux . Pompadour.
Quant à Marie- Thérèse, l'élection de son époux au trône impérial ne l'avait pas tomplètement satisfaite ; elle voulait se venger de Frédéric II et lui reprendre la Silésie. Soutenue par le roi de Pologne, auquel elle avait promis une part des dépouilles» elle attaqua son ennemi; mais les trois défaites de Friedberg, Sohr et Kesseldorf eurent raison de sa témérité. Elle traita à Dresde, céda de noîcveau la Silésie au roi de Prusse, qui s'engageait à se retirer de la lutte et abandonnait sans scrupule ses anciens alliés. Plus heureuse en Italie, elle obligea les Espagnols à évacuer le Milanais et écrasa a Plaisance une armée franco-espagjiole. La mort de Philippe V servit encore ses desseins; le nouveau roi d'Espagne, Ferdinand VI, retira ses troupes de la Péninsule, et les Français, contraints de battre en retraite, firent poursuivis par les Impériaux, qui prire?it Gènes, envahireîit la Provence et mejiacèrent Toulon. Le maréchal de Belle-Isle, nommé aussitôt au commaiidemeiit de l'armée des Alpes, repoussa les Pandours, et tandis que Richelieu défendait Gênes, il dirigea contre le Piémont 7me attaque qui échoua devant les formidables retranchements d'Exilés, oii son frère le chevalier trouva la mort. Il fallut renoncer à franchir les Alpes, mais la France était délivrée.
Les Anglais cependant ne restaient pas inactifs; en même temps qu'ils ne cessaient de soutefiir les eimemis de la France, ils avaient reporté la guerre chez nous, bloqué les ports de Toulon et de Marseille, bombarde Antibes, inquiété la Bretagne, enlevé deux de nos colonies d'Amérique et menacé celles dAsie. Là, du moins, ils
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avaient trouvé, ponr leur résister, dcnx hommes intrépides, La Bourdonnais et Dupleix, et si la mésintelligence n'eût pas éclaté entre ces chefs, l'Inde eiit été compVetement perdue pour eux .
Mais l'effort de la guerre était sîirtojit co7icentrè aux Pays-Bas, et c'était là seulement que l'on pouvait arriver à îine solution. * La paix est dans Maëstricht f>, disait le maréchal de Saxe, ce qui signifiait que Von obligerait l'Ayigleterre à traiter en lui donnant des craintes sérieuses pour la Hollande. Après Fontenoy, il avait battu à Raucoux le prince Charles de Lorraine, que Marie-Thérèse avait chargé de reconquérir la Belgique. Tandis que le comte de Lowendahl s'emparait de la Flandre hollandaise, Maurice se portait vers Maëstricht, écrasait à Lawfeld le duc de Cumberland et tJivestissait Maëstricht, malgré les efforts de son adversaire. Lorvendahl lui-même s'emparait de V imprenable Berg-op-Zoom, le boulevard de la Hollande du côté de l'Escaut.
Bien que Louis XV figurât de temps à autre à la tète de l'armée et qu'il eût assisté notammefit à la campagne du maréchal de Saxe en Flandre et à la bataille de Laufeld, il se désintéressait chaque jour davantage de son rôle de monarque. La direction des affaires, qu'il avait d'abord abandojinèe à ses ministres, n'avait pas tardé à passer entre les mains d'une nouvelle favorite, Antoiîiette Poisson, créée par lui marquise de Pompadour. C'était au bal masque domié, en 1745^ à l'Hôtel de Ville, lors dît mariage du Dauphin avec l'infante d'Espagne, que le roi avait eu l'occasion d'admirer la beauté de cette personne douée de toutes les grâces qui
Chat eauroux y Pompadour. ix
faisaient d'elle un modèle accompli des séductions de son sexe. La mcrc d' Ajitoinetlc , J/*"® Poisson, qui vivait en intrigue avec le fermier gênerai Lenormant de Tournchem, avait souvent répète à sa fille quelle était un morceau de roi, et la jeune femme, quoique mariée depuis peu à M. Lenormant d'Étiolés, prêtait complaisamnicnt l'oreille à ces propos. Son tmique souci fut d'être remarquée par le roi, et elle y réussit; ses charmes firent l'impression qii'elle avait droit d'en attendre. Elle captiva le monarque, obtint de lui d'être déclarée maîtresse, et fui présentée officiellement à Versailles après la victoire^de FonteJioy. La haute fioblesse voulut s'insurger contre cette bourgeoise qui prétendait régenter la cour ; mais ses efforts furent vains ^ et les co7irtisans assez téméraires pour s'attaquer à la marquise payèrent leur hostilité d'une disgrâce ou d'un exil. C'est que la 7iouvelle maîtresse avait établi sa domination sur une base solide ; elle avait fnis en œuvre toutes les ressources de son esprit pour amuser l'ennui d'un prince qui devenait de jour en jour phis inamusable. On la vit s'emparer en quelque sorte de l'existence du roi et s'ingénier à le distraire par des plaisirs toujours noîiveanx et dont nulle maîtresse avant elle n'avait eu l'idée. C'est ainsi qu'elle organisa le théâtre des Petits- Cabinets, qui avait pour acteurs des ducs et des marquis, et sur lequel ellemême brillait au premier rang. Mais les fêtes et les prcdigalités de la cour formaient un étrange contraste avec l'état de la France. Depuis six ans que la guerre durait, il avait fallu recourir sans cesse à des levées d'hommes et de milices et à des redoublemefits d'impôts
Introduction historique
qui portaient à son comble 'la misère piihliquc. La nation, indignée de l'indiff'èrence témoignée par le roi dans une situation aussi critique, commençait à manifester son indignation par des claijieurs éjicrgiques ; pour l'apaiser, le go7ivernement dut s'empresser défaire la paix. A chaque victoire des armées françaises, Louis XV l'avait offerte à ses adversaires ; on- l'avait toujours refusée; les succès de Matirice et de Lowe?idahl décidèrent cependant l'Angleterre. Les préliininaires de la paix furent signés au congrès d' Aix-la-Chapelle, et la conclusion (octobre 1748J devint d'autafit plus facile que le roi de France voulait traiter, ainsi qu'ici' avait fait déclarer par son plénipotentiaire, non en marchand, mais en roi. On établit comme priticipe la restitution mutuelle des conquêtes; chaque nation recouvrait les villes et les pays perdus. Toutefois Marie-Thérèse , en obtefiant la reconnaissance de la pragmatique sanction, abandonnait Parme et Plaisance à l'irfant don Philippe et cédait la moitié du Milanais au roi de Sardaigne, son allié; quanta Frédéric II, les puissances hii garantissaient la possession de la Silésie. Des alliés de la France, un seul fut indignemeîit traité, ce fut Charles- Edouard, qui vivait rèfigié à Paris. Louis XV lui avait donné sa parole de le protéger : il le sacrifia cependant aux rancunes de Georges II. En vertu d'une clause secrète, le malheureux prince, arrêté à l'Opéra par les gardes françaises, se vit enfermé à Vinccnnes et puis conduit à la frontière. Cette humiliation de la France devant V Angleterre était l'unique résultat de huit années de guerre.
Châteauroux, Pompadour. xi
Durant les premiers temps qui avaiejit suivi la mort de Fleury, les querelles religieuses s'étaient calmées, et les préoccupations causées par la guerre extérieure avaieiit contribue à favoriser cet apaisement momenta7ié. Mais l'antagonisme entre les jansénistes et les moliiiistes, c'est-à-dire entre le Parlement et le clergé, devait renaître à la première occasion. Le théatin Boyer, ancien évêque de Mirepoix, chargé de la feuille des bénéfices ecclésiastiques, et l'archevêque de Paris, Christophe de Beaumont, ne tardcrejit pas à reprendre les traditions d'intolérance qui avaient soulevé jadis l'opi7iion publique contre le cardinal. Dès l'année 1747.. V évêque d'Amienh, dans une instruction pastorale , avait invité les curés de soti diocèse à priver des sacrements les persotmes rebelles à la Constitution. Le Parlement supprima l'écrit de r évêque, et peic après , pour faire acte d'impartialité, condamna au feu les Nouvelles ecclésiastiques, dont l'auteur s'était élevé avec violetice contre la Bulle. Mais l'avocat général, dans son réquisitoire, avait parlé de la Bulle comme d'une loi de l'Eglise et de l'État; les magistrats corrigèrent ses paroles par un arrêt; ils furent aussitôt mandés à Versailles, et le roi leur signifia qu'il avait cassé leur arrêt et les invita à s'abstenir de toute remontrance. Néanmoins ce premier incident ne raviva point la querelle, car le clergé, menacé du côté de ses intérêts temporels, reporta tout aussitôt son attenUon sur ce nouveau danger. Pour subvenir aux besoins de l' État, le contrôleur général Machault avait projeté d'assujettir les biens de mainmorte à l'impôt du vingtième récemment établi, et avait essayé d'astreindre les prélats à
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donner une déclaration de leurs biens et des revenus de leurs bénéfices. Atteint dans son privilège essentiel, le clergé résista énergiquenient et finit par triompher, puisqu'un arrêt du conseil du roi ordonna de surseoir à la levée du subside de quinze cent mille livres qui lui avait été imposé.
Cependant l'idée inise en avant par l'archevêque d'Amiens avait été reprise par M. de Beaumont et allait provoquer d'interminables désordres. Après avoir interdit les prêtres suspects de jansénisme, l' archevêque de Paris ordonnait, en 1749^ de priver de la communion toute personne qui ne présenterait pas un billet de confession signé d'un prêtre adhérent à la Bulle. Un ancien recteur de l'Université, Cofiîn, éproîiva les premiers efifets de cette mesure et 7nourut sans avoir pu obtenir les sacremefits du F. Bouettin, curé de Saint- Etienne-du-j\Iont , sa paroisse. Son neveu, conseiller au Châielet, appela au Parleme?it du refus du curé; mais le Parlement n'eut pas le loisir de se prono7iccr : la cour lui intima l'ordre de suspe?idre toute poursuite à cet égard. En 175 1, le neveu de Coffin mourut, privé, lui aussi, des sacrements par le même cure ; le Parlement décréta aussitôt Bouettin et le tint ufic nuit prisonnier à la Conciergerie ; mais le roi blâma cet emprisonnement. L'archevêque, poursuivant ses projets, obtint l'autorisation de choisir lui-même, aux lieu et place des administrateurs, le persoîinel des hôpitaux, oii, disait-il, le jansénisme s'était glisse. Les jésuites triomphaient partout; ils faisaient condamner en Sorbonne une tlfcse de l'abbé de Brades et les deux premiers volumes de /'En-
Château roux. Po/np adour. xiii
cyclopédie, àind/s que les refus de sacrements se multipliaient avec une rapidité inquiétante. Ce fut en vain que le Parlement essaya de représenter au roi tous les désordres suscités par une bulle qui attaquait les libertés de l'Eglise de France ; en vain il défendit aux curés de refuser les sacrements pour cause de janséîiisme , sous peine d'être poursuivis comme perturbateurs du repos public : les prêtres lui désobéissaient ouvertement , et, s'ils étaioit menacés, ils disparaissaient, laissant leurs paroisses désertes. A bout d'arguments, les magistrats ordonnèrent la saisie du temporel de l'archevêque fauteur de tous ces désordres et convoqtùrent l'assemblée des pairs pour juger le prélat. Mais le roi évoqua l'affaire, donna mainlevée de la saisie, défendit aux pairs de se réimir, et, le 22 février 1753^ ordonna, par lettres patentes, au Parlement de surseoir à toutes affaires concernant les refus de sacrements, sous peine de désobéissance. Le Parlement se mit alors à préparer de grandes *remontrances; Louis XV ne voulut pas les efitendre, et comme les magistrats avaient refuse d'enregistrer les lettres patentes, il exila les Chambres des Enquêtes et des Requêtes. La Grand' Chambre , qui avait été épargnée, déclara faire cause commune avec les exilées; elle fut aussitôt transférée à Pontoise, puis à Soissons; 2ine Chambre des vacations, trajisforméc peu après en Chambre royale, fut chargée de rendre la justice durante' absence des magistrats.
Au bout d'un an, lors de la naissance du prince qui devait porter le îiom de Louis XVI, le roi rappela le Parlement. Par contre, l'archevêque, qui renouvelait ses vu. b
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menées fanatiques, fut exilé à Conflans d'abordy puis à Champeaux. Mais l'entente ejiire la cour et les magistrats 7ie dura pas, et les constitutionnaires reprirent faveur ; aîissi le Parlement, mécontent, refusa-t-il d'enregistrer les impôts que l'on venait d'établir en vue d'une guerre alors imminente. Louis XV, dans un premier lit de justice tenu à Versailles, imposa cet enregistrement, et, poîir répondre aux protestatiojis des parlementaires, il en tint aussitôt un second, dans lequel furent lues trois déclarations , en vertu desquelles la Bulle devait être regardée comme décision de l'Eglise ; la cojinaissance des refus de sacrements était réservée aux tribunaux ecclésiastiques et deux chambres des Enquêtes étaiefit supprimées. A l'exceptio7i de quelques membres, le Parlement entier donna sa démission; la situation était des plus critiques, lorsque l'attefitat commis par Damicns, le 5 janvier 1757^ sur la personne de Louis XV, écarta brusquement toutes ces préoccupations. Cependant la France était dépolis quelques mois engagée dans une lutte extérieure suscitée par l'ambition de l'Angleterre. Inquiets des efforts tejités par deux ministres, Rouillé et Machault, pour relever 7iotre marine, les Anglais attaquèrent nos vaisseaux et les capturèrent sans déclaration de guerre, en même temps qu'ils nous cherchaient querelle dans les établissements de l'Amérique du Nord. Après avoir toléré près d'une année cette insolente violation des traités, le gouvernemetit de Louis XV dut se résoudre à recommencer les hostilités. Mais au lieu de réserver toutes ses forces pour la lutte <,ur mer, il eut le tort de compliquer les dijjîcultés par
Châteauroux . Pompadour. xv
7(ue guerre continentale. Le roi de Prusse s'était aliène yl/me fig Pompadour par ses railleries; Marie-Thérèse, an contraire, s'était attachée à gagner l'amitié de la favorite. Aussi le traité de Versailles, inspiré par la maîtresse du roi et préparé par l'abbé de Bernis, fut-il tout à l'avantage de l'Autriche {mai 1756)/ qtiant à Frédéric IIj dont on avait repoussé l'alliance, il avait déjà accepté les .offres de George II, et, par le traité de Londres {^janvier 1756)^ s'était engagé à empêcher l'entrée des troupes étrangères en Allemagne, en échange des subsides que V Angleterre devait lui fournir.
La lutte débuta sur mer par un exploit glorieux pour la Fi'ance. Un corps de troupes, commandé par Richelieu, s'ejupara de l'île de Minorque et du fort Saint- Philippe ; l'amiral Byng^ qui avait voulu porter secours aux assiégés, fut arrêté et battu par La Galissofmière. Les Anglais, irrités, le traduisirent devant une cour martiale, et il fut condamné à mort, non pour trahison, mais pour insuccès. Malheureusemeiit la France se laissa détouriier de la guerre maritime par la lutte continentale, dans laquelle elle ne devait éprouver qu'une suite de honteux revers. L'Autriche n'était pas seule à menacer Frédéric II j la Russie et le roi de Pologne s'étaient aussi entendus pour démembrer ses Etats. Prévenant ses ennemis avec sa décision ordi7iaire, le roi de Prusse attaqua Auguste II dans la Saxe, qu'ilmonqiiit, et écrasa les Impériaux à Lowozitz, puis à Prague; mais, battu à Kollin, il vit les Suédois et les Russes envahir la Prusse, tandis que les Autrichiens descendaient en Silésie et 7nenaçaient le Brandebourg. D'autre part.
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Richelieu, placé à la tête de l'armée de Hanovre, après la victoire du maréchal d'Estrècs à Hastcmhech , acculait le duc de Cumberland dans les viarais de l'Elbe et r obligeait à signer la capitulation de Clôster- Sex^ern. Une seconde armée française, commandée par un favori de J/"® de Pompadour , le prince de Soubise, venait de se joindre aux troupes des Cercles et d'envahir la Saxe. Un moment Frédéric II se crut perdu ; mais les fautes de ses adversaires secondèrent son génie militaire ; il tint ferme en Saxe devant l'armée franco-allotiande , et infligea, à Rosbach, une honteuse défaite aux princes d' Hildburghausen et de Soubise. Puis il se porta au-devajit du prince Charles de Lorraine et l'écrasa à Lissa, brisant ainsi le cercle de fer qui l'étreignait de toutes parts. Dès lors, la lutte en Allemagne prit une importance capitale et se poursuivit sur deux théâtres à la fois : sur le Wéser et le Rhin, oii opéraient les armées frajiçaises, et sur l'Elbe et l'Oder, oii Frédéric résistait à la coalition atistro-russe. Richelieu avait été remplacé dans le Hanovre par un prince du sang, le comte de Clermont, abbé commendataire de Saint-Gcrmain-des- Prés, que Ferdinand de Brunsivick battit à Crevelt; les successeurs du prince, par leur incapacité et leur Jalousie réciprocité, transformèrent la campagne en une succession ini?iterro7npue de désastres. Frédéric II, vaitiqucur des Russes à Zorndorf, avait à son tour éprouvé un échec et demandé la paix ; elle lui fut refusée. Il reprit alors l'offensive, écrasa ses ennemis à Liegtiitz et à Torgau; mais la retraite de Pitl lui fit perdre les subsides de V Angleterre , au moment même oii la mort de
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la czarine Elisabeth lui procurait la paix du côte de la Russie et de la Suéde. Délivré de ces deux adversaires, il reprit avec 7tne nouvelle activité sa lutte contre les Autrichiens, les battit à Reichenbach, et reconquit la Silêsie.
Pour la France, la lutte n'était pas moijis désastreuse sur mer et dans les colonies qu'en Allema^^ne. Une double descente en Angleterre avait été projetée; mais l'amiral La Clue et le maréchal de Conflans, qui devaient les conduire, furent écrasés , l'un à la hauteur de Lagos, Vautre sur les côtes de Bretagne. En Amérique, malgré la résistance héroïque de Montcahn et de Vaudreuil, les Anglais' s'emparèrent du Canada et des Antilles; l'Inde, mal défendue par Lally-Tollendal, qui paya de sa tête ses fautes militaires, tomba également en leur pouvoir.
Cette guerre kmgue et désastreuse ruinait la France ; la paix devenait une nécessité. Bernis le comprit et se prononça dans ce sens, ce qui le fit disgracier par j/me ^^ Pompadour. Il eut pour successeur le comte de Clioiseid, que le roi créa duc et pair et qui occupa successivemeîit les ministères des affaires étrangères, de la guerre et de la marine. Choi seul fut le grand ministre du règne de Louis XV; s'il n'eut point de vastes projets, il se préocciipa du moins de réparer le vial déjà fait. Tout en consolidant l'alliance autrichienm, à laquelle M^^ de Pompadoiir entendait ne point renoncer, il opposa a l'Angleterre, par le Pacte de famille, signé en 1761, V alliance des quatre branches de la maison de Bourbon, régnant en France e?i Espagne, à
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Naples et a Parme. Grâce à la mort de George II et à l' avèîiemefit des tories au pouvoir, il put eiitamer avec r Angleterre des négociations qui aboutirent au traité de Paris (février 1763^). La France y subit des conditions onéreuses; elle abandonna le Sénégal et le Canada aux Aiiglais, céda aux Espagnols la Louisiane en compensation de la Floride, et cofiserva seulement quelques colonies a2ix Antilles, et, dans l'Inde, les deux villes de Pondichèry et Chatidernagor. Aussitôt après, la Prusse, l'Autriche et la Saxe signèrent le traité d' Hubertsbourg, en vertu duquel la Silésie et le comté de Glatz restaient définitivement à Frédéric II, tandis que la Saxe était rendue à son électeur Auguste III.
L'attentat commis par Damiens en 1757^ au moment de V effervescence populaire causée par la dèmissioji du Parlement, avait coJitribué à faire négliger les querelles religieuses; plus tard, ce fut la guerre de Sept ans qui les relégua au secojid plan. D'ailleurs, le gouvernement s'était 7no7itré bie7i résolu à empêcher le retour des discussions à ce sujet; toutefois les constitutionnaires, incapables de rester en repos, recominenccrent les hostilités; mais l'opinion publique, chaque Jour plus favorable aux parlementaires, se pronojiçait ènergiquement contre les jésuites. Un èvèîicment imprévu, la faillite d'un missionnaire des Antilles, le P. Lavalctte, précipita les événements et amena ujie catastrophe que Von ne supposait point aussi proche. Tout en propageant l'Evangile dans les pays lointains, les jèsiàtes faisaient le commerce et la banque et avaient, à la Martinique notamment, un vaste établissement industriel, dirigé par le P. Lavalctte, visi-
A Ouajitin IiHD.^Idit
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leur général et préfet apostolique, hnpliqué dans les araires de négociants marseillais, que la guerre maritime avait ruinés, le P. Lavalette fit une banqueroute de plus de trois millions. Les créanciers actionnèrejit alors la Compagnie de Jés2is comme solidaire et obtinrent gain de cause devant les juges consuls de Marseille. Appel fut interjeté au Parlement par l'Ordre, qui iîivoqua l'indépendance des maisons quant au temporel et prétendit que le P. Lavalette avait transgressé les constitutions. Le Parlement demanda alors que les constitutions fussent déposées au grefite, et les examina en détail, après avoir confirmé la sentence des premiers juges. A ce moment, les jésuites venaient d'être chassés de Portugal par le marquis de Pombal ; en France, l'opinion publique, soulevée par les réquisitoires et les rapports des Parlements de Paris et de province, réclamait leur expulsion. Louis XV, dominé par J/™^ de Pompadour , qui les détestait, les sacrifia. Le Parlemeiit de Paris ordonna eii 1762 la fermeture de leurs collèges, la vente de leurs biens et la dispersion des membres de l'Ordre; une déclaration royale de 1764 confirma cet arrêt.
L'anéantissement de l'Iîistitut des jésuites fut le dernier trioinphe de J/'"* de Pompadour ; elle mourut, le 15 avril 1764, à peine âgée de quarante-deux ans. Sur la fin de sa vie, son crédit était fort diminué, ekla mélancolie qu'elle conçut de l'indififérence du roi abrégea peut-être ses jours. Elle avait cependant usé de tous les artifices pour maintenir son infiuence; quand les distractions intelligentes ne suffireyit plus à dissiper l'incu-
XX Introduction historique.
rable ennui de Louis XV, elle s'était abaissée au rôle honteux d' entremetteuse des plaisirs du roi et avait favorisé les turpitudes du Parc -aux- Cerfs. Tandis que le souverain s'avilissait dans la débauche, elle gouvernait la France, nommant au gré de ses caprices les ministres et les généraux. Aussi la iiatioîi ne lui pardonna-t-elle point les affronts que l'honneur français éprouvait sur les champs de bataille aussi bien que dans les négociations diplomatiques , et le mépris 'que la favorite avait d'abord inspiré s'était changé e7i une haine violente. Il semble que Louis XV lui-même comprit combien elle avait pesé durement sur sa vie et combien elle avait contribué à l'avilir aîLX yeux de ses sujets. Lorsqu'elle mourut, ce prince qui avait pleuré sincèrement ses trois premières maîtresses ne trouva pas une larme pour cette femme qui, durant vingt années, avait partagé son existence, et, des fetiêtres de Versailles, il regarda partir d'un œil sec la voiture qtii emportait à Paris le cadavre de la marquise. Sans excuser le scandale de son élévation, ses folles prodigalités et le triste usage quelle fit de son influence politique, l'on ne saurait oublier toutefois quelle fut une amie éclairée des arts et qu'elle protégea noblement les peintres, les sculpteurs et les gens de lettres. A ce titre, elle a bieîi mérité de la postérité, qui n'a point refusé le bénéfice d'une sympathique indulgence à cette femme charmante dont les j^oûts délicats, les vices et l'égoïstnc représentent si bien la société française du milieu du XVII 1* siècle.