‹ Chansonnier historique du 18e siècle [recueil de chansons, vaudevilles, sonnets, épigrammes, épitaphes et autre vers satiriques et historiques] publié avec introd., commentaire, notes et indexChapitre 140 sur 205 · DES SOUS-FERMIÈRES A PLUTUS · texte numérisé non relu

DES SOUS-FERMIÈRES A PLUTUS

Des superbes palais Où, grâce à tes bienfaits.

Nous vivions en duchesses ; Nous t'adressons nos cris Et ceux de nos maris.

Puissant Dieu des richesses !

Eh quoi ! nous verra-t-on Sans train, sans équipage,

Année ijSS. 2^^

En baissant notre ton Rehausser d'un étage, Ainsi que les bourgeois N'ayant, comme autrefois, Que laquais sans livrées, Supprimant le portier, Bien plus le cuisinier!

Serons-nous donc livrées A l'affreux désespoir De n'avoir plus, le soir, Ni le duc ni le comte; Louant d'un repas fin Et les mets et le vin ?

Oh ! pour nous quelle honte.

En renonçant aux grands.

De revoir nos parents !

Du serpent de l'envie Déjà quel sifflement !

La noblesse, ravie De notre abaissement.

Oublie en ce moment Que d'illustres familles, Pour obtenir nos filles.

Tombaient à nos genoux.

Chose assez ordinaire :

Piutus nous est contraire ; On se moque de nous.

Pour comble de disgrâce, Chacun bénit la main Qui veut de notre race

256 Clairambaul t'AIaurepas.

Purger le genre humain.

Ah ! périsse la France, Culbute l'univers, Avant que la finance Eprouve un tel revers.

Cest le nerf de là guerre, S'il faut la soutenir Et sur mer et sur terre.

Comment entretenir Nos jeunes capitaines.

En bonnes citoyennes Qu'ils trouvaient au besoin ?

C'est nous qui prenions soin De faire leurs recrues; Leurs troupes à nos frais Étaient entretenues ; Et comment désormais Payeront-ils leurs dettes?

Comme nous l'officier Peut dire : Adieu, panier, Nos vendanges sont faites.

Année iy55. 257

Page 1