ELOGE DE M. DE BOULOGNE
Des financiers les suppôts Ont brouillé la besogne; Qui pourra par ses travaux En démêler le chaos ? Boulogne, Boulogne, Boulogne.
Qui, du gendre cordial Du bon roi de Pologne, Peut, sans emplir l'hôpital.
Remplir le trésor royal ?
Malgré vos projets honteux, Maltôtiers sans vergogne, Quel ministre généreux Rendra les peuples heureux?
Au vainqueur de Cumberland, Ce duc à rouge trogne,
I. « M. de Moras s'étant démis de la charge de contrôleur général des finances pour se livrer entièrement aux affaires de la marine, M. de Boulogne, intendant des finances, fut nommé par Sa Majesté contrôleur général, et prêta serment entre les mains du Roi pour cette charge. Comme il travaillait depuis plus de trente ans dans cette matière avec une estime générale, il avait le vœu public. » {Journal historique, 25 août.)
286 Clairambault-Maurepas.
Qui fournira tout l'argent Oui manque jusqu'à présent?
Comme on veut dans un emploi On taille, on tranche, on rogne; Qui rendra tout à son Roi, Sans rien retenir pour soi ?
Amis, buvons à longs traits Ce nectar de Bourgogne.
Nos désirs sont satisfaits, Chantons tous : Vive à jamais Boulogne, Boulogne, Boulogne ^.
I. Cet enthousiasme ne devait pas être de longue durée. « M. de Boulogne était un damoiseau fort occupé de sa toilette, soigneux de sa perruque, élégant dans ses vêtements et sans aucunes vues. Il créa des charges et des rentes viagères, augmenta le prix du tabac, força de financer certains possesseurs d'offices, et, n'ayant rien de mieux à faire, fut renvoyé au bout de dix-huit mois. » ( Vie privée de Louis XV.)
LES SOUBISADES*
Frédéric, combattant et d'estoc et de taille, Quelqu'un au fort de la bataille, Vint lui dire : Nous avons pris...
Qui donc ? — le général Soubise. — Oh ! morbleu, dit le roi, tant pis !
Qu'on le relâche sans remise.
Je connais du sujet l'importance et le prix. Et sa présence ici me deviendrait contraire.
I. Traduction en vers de quelques bons mots de plaisanteries qui ont couru dans Paris sur le compte de M. de Soubise. (M.) — Charles de Rohan, prince de S«ubise (1715-1787), favori de Louis XV et de M'"^ de Pompadour, avait été placé à la tête d'un corps d'armée qu'il réunit aux troupes de l'Empire commandées par le prince de Saxe-Hildburghausen. Le général autrichien voulut attaquer Frédéric II, malgré les intentions de Soubise, qui comptait se borner à le harceler, et l'armée francoimpériale fut 'écrasée à Rosbach, le 5 décembre 1757.
288 Clairambault-Maurepas.
Au lieu qu'il m'est très nécessaire A la tête des ennemis.
Le prince dit, la lanterne à la main :
J'ai beau chercher ! où diable est mon armée
Elle était là pourtant hier matin; Me l'a-t-on prise,, ou l'aurais-je égarée ? Prodige heureux ! la voilà, la voilà !
O ciel ! que mon âme est ravie !
Mais non, qu'est-ce donc cela ?
Ma foi, c'est l'armée ennemie.
Soubise agira prudemment En vendant son château, dont il n'a plus que faire Le roi lui donne un logement A son école militaire.
Sur sa déroute, à tort on brocarde Soubise, Quoiqu'il ait été bien battu Il a plus gagné que perdu, Puisqu'il lui reste sa marquise.
Soubise vient d'être battu.
Il s'est de désespoir, la tête la première,
Année ij58. 289
Précipité dans la rivière,
Mais les poissons l'ont soutenu.
En vain vous vous flattez, obligeante marquise, De mettre en beaux draps blancs le général Soubise Vous ne pouvez laver, à force de crédit, La tache qu'à son front imprime la disgrâce ;
Et, quoi que votre faveur fasse, En tout temps on dira ce qu'à présent on dit :
Que si Pompadour le blanchit,
Le roi de Prusse le repasse.
Delphine à Pompadour a tenu ce propos : Madame, désormais, si vous voulez m'en croire. Vous vous contenterez pour votre propre gloire De faire des fermiers et non des généraux ^
Soubise, après ses grands exploits.
Peut bâtir un palais qui ne lui coûte guère ; Sa femme lui fournit le bois Et chacun lui jette la pierre.
I. C'était la Dauphine, d'après Barbier, qui avait tenu ce propos.