‹ Chansonnier historique du 18e siècle [recueil de chansons, vaudevilles, sonnets, épigrammes, épitaphes et autre vers satiriques et historiques] publié avec introd., commentaire, notes et indexChapitre 161 sur 205 · IL FAUT PLAIRE A POMPADOUR · texte numérisé non relu

IL FAUT PLAIRE A POMPADOUR

Vous allez commander l'armée,

Brave Clerm ont ^, Vous avez bonne renommée,

Un très grand nom.

Mais il faut plaire à Pompadour-,

Vive l'amour !

Vous gagnerez une bataille,

En général', Si vous ne faites rien qui vaille,

Tout est égal, Songez à plaire à Pompadour.

Versons pour la reine d'Hongrie Tout notre sang;

1. « Le Roi a nommé M. le comte de Clermont, prince du sang, pour commander l'armée du maréchal dé Richelieu qui demande à revenir. Le prince est aimé des troupes. Il a servi sous le maréchal de Saxe. Il n'a fait à la vérité que des sièges, mais il aura avec lui M. de Chevert, IM. de Saint-Germain et autres des plus habiles lieutenants dont il écoutera et suivra les conseils. » {Jour 71. de Barbier : Jmivier.)

2. « Le crédit de M'"'= de Pompadour est, dit-on, au plus haut point; les ministres vont lui rendre compte de tout avant qu'il en soit question au conseil. Elle se mêle du militaire et de toutes les affaires d'État. Elle a beaucoup d'esprit, à la vérité ; mais n'est-ce pas trop entreprendre ? » {Ibid)

292 C lûiramb aui t- Alan repas.

Donnons-lui, pour la Silésie, Tout notre argent, Elle a su plaire à Pompadour^.

Ce traité si peu raisonnable, Fait par Bernis ^,

Nous paraît trop déraisonnable; Mais tout est dit,

Il a su plaire à Pompadour.

Notre royaume périclite Et tout périt;

Notre Roi comme un Démocrite S'en fiche et dit :

Je trouve ce fardeau trop lourd, Vive l'amour !

1. Tandis que Frédéric II s'attirait l'inimitié de M"'" de Pompadour par ses plaisanteries sur les amours de Louis XV et sur le règne des cotillo7is, Marie-Thérèse captait la favorite par ses adroites flatteries. De là le traité de neutralité et d'alliance défensive avec l'Autriche, signé à Versailles, le i*^"" mai 1756, par l'abbé de Bernis et le comte de Stahremberg.

2. François-Joachim de Pierre, abbé de Bernis {1715- 1794), s'était de bonne heure fait connaître à la cour par son esprit et ses jolis vers, auxquels il dut le surnom de Babet la bouquetière. L'amitié que M'"^ de Pompadour avait pour lui lui valut de grandes faveurs. Il devint successivement ambassadeur à Venise (1751), conseiller d'État, secrétaire d'État des affaires étrangères (1755) et cardinal. Disgracié en 1758, il se fit ordonner prêtre et fut nommé archevêque d'Albi ; en 1768, il reçut l'ambassade de Rome qu'il conserva jusqu'en 1791.

Année lyS^. 293

Page 1