LA MORT DE LA DAUPHINE
MusES^ qui consacrez les vertus magnanimes Sur l'immortel airain de vos fastes sublynes,
1. Chanson par M. Perrin, et la musique par M. Biaise. Ce Perrin, qui était Provençal, était employé dans les vivres ; il fut assassiné d'un coup d'épée donné par derrière, par un concurrent à une place que lui Perrin avait obtenue et il mourut au café de la Régence en buvant un verre d'eau. (M.)
2. Le Dauphin, fils de Louis XV, avait épousé en premières noces, le 23 février 1745, Marie-Thérèse-Antoinette, infante d'Espagne, fille de Philippe V. Après une année et demie de mariage, la Dauphine mourut des suites de couches le 22 juillet 1746.
« Nous n'avons possédé cette princesse en France que dix-huit m'ois, dit le marquis d'Argenson dans ses Âfémoî'res ; sa perte a été grande. Elle eût été très féconde, ce qui est la première qualité à désirer aux femmes de ce rang. Elle n'eût pomt fait de mal au royaume, voilà tout
ce qu'on leur demande La Dauphine était sérieuse et
taciturne. Elle avait intérieurement cette fierté espagnole qui convient peu à l'humeur française. Elle é^ait rousse et l'avait caché soigneusement, même à son mari ; cette couleur déshonore en France. Pour consoler le Dauphin après sa mort, on n'a cessé de révéler ou de lui supposer
des défauts Elle avait la ph3'sionomie sinistre, la peau
belle, un joli embonpoint bien distribué. »
68 Clairamhault-Maurepas.
Inspirez-moi des vers lugubres et touchants; Accordez vos soupirs à mes plaintes funèbres, Et prêtez à ma voix pour ces mânes célèbres, Toute la douceur de vos chants.
O vous ! Peuple français, et vous, tristes Ibères, Donnez un libre cours à vos larmes sincères, Déplorez tous ensemble un sort si rigoureux ! Candeur, douce innocence, accourez sur ces rives, Secondez nos regrets; et vous, grâces plaintives. Élevez des cris douloureux.
Thérèse, tu n'es plus!... Quoi! princesse adorable! Au printemps de tes jours, la Parque impitoyable A sa fureur avide immole tes appas !
Qui de nous eût pensé que sa main infidèle. Dans les premiers transports d'une chaîne nouvelle, Creusait le tombeau sous tes pas ?
O caprice du sort, ô funeste journée ! Nous venions de bénir ton heureux hyménée; Tranquilles sur la foi de ta fécondité. Ton destin nous offrait la plus douce espérance, Et tout semblait nourrir l'aveugle confiance Dont notre cœur était flatté.
Mais»quel affreux revers 1 la pâleur t'environne; Tes beaux yeux sont éteints, la chaleur t'abandonne, C'en est fait : cet instant va terminer ton sort; Le ciel, sourd à nos cris, demande une victime,
Année iy4^. 6^
Et son arrêt, aux pieds de ce trône sublime, Te livre au glaive de la mort.
Ainsi donc le destin, malgré tant de sagesse. Malgré le vif éclat dont brillait ta jeunesse. T'enlève tout à coup du trône au monument ! Les dieux, dans leurs bontés, inconstants ou barbares, N'offrent-ils à nos yeux leurs trésors les plus rares Que pour les ravir à l'instant ?
N'accusons point les dieux d'une injuste puissance; De leurs desseins cachés la profondeur immense Saura toujours tromper nos regards indiscrets ; Une éternelle nuit, un chaos formidable, Enveloppe à nos yeux d'un voile impénétrable La sagesse de leurs décrets.
Les grandeurs, le pouvoir, la plus haute naissance L'éclat de la beauté, le faste, l'opulence, Sous les lois du trépas soumettent leur orgueil; Mais, libre de son joug, la vertu fortunée, D'un immortel éclat se voit environnée, Et triomphe dans le cercueil.
Les justes, parvenus au terme de leur vie. N'ont plus à redouter les assauts de l'envie, , Et chacun dans son cœur leur dresse des autels. * Non, non, tu vis encor, princesse, et ta mémoire Sera toujours célèbre au temple de la Gloire, Comme au séjour des immortels.
70 C lairambault-Maurepas.
Le héros plein d'appas, digne objet de ta flamme, Pressé de sa douleur, soupire et te réclame. Arrosant de ses pleurs tes restes précieux ; Et, malgré les ciseaux de la Parque ennemie. Son amour tient encore à ton ombre chérie Par des liens victorieux.
Des biens que lui ravit un revers si terrible Son esprit lui retrace une image sensible ; Ton âme règne encor dans son cœur éperdu : Il pleure ta douceur, ta bonté, ta sagesse, Et ses larmes sont moins l'effet de sa tendresse Que l'éloge de ta vertu.
Esclaves des plaisirs, enfants de la mollesse, Vous dont la vanité ne s'occupe sans cesse Que du bruit fastueux d'un chimérique honneur. Venez, et pénétrés d'un effroi salutaire, Contemplez ce cercueil, voyez, grands de la terre, Où se réduit votre bonheur !
De ces titres pompeux, dont l'éclat vous enivre, De cet encens flatteur où votre ûme se livre. Dans peu vos yeux séduits connaîtront le néant. Il va s'évanouir, ce fantôme de gloire ; La mort en va bientôt abolir la mémoire » Dans la poudre du monument.
Thérèse, avant ce jour d'horreur et de tristesse. Partageait d'un héros la gloire et la tendresse;
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Et dans ce rang fameux coulait les plus beaux jours; Aujourd'hui, ce n'est plus que cendre et que poussière: Cet astre dont la France adorait la lumière, Vient de s'éteindre pour toujours.
Au bord du précipice oiî la mort nous entraîne, Esclaves malheureux de son triste domaine. Qui se flatte ici-bas d'éviter sa fureur? Elle foule à ses pieds l'éclat du diadème, Et la cruelle, au gré de son pouvoir suprême, Frappe les rois et le pasteur.
Sur les ailes du Temps la jeunesse s'envole, La vieillesse succède à cet âge frivole; Mais l'instant qui nous borne est toujours incertain. L'homme suit en aveugle une course infidèle Souvent tombe à midi la fleur tendre et nouvelle Qu'on vit éclore le matin.