EPITRE AU PERRUQUIER LAFONT
Illustre émule de Ringarts,
Qui sans rien tenir sais promettre,
Daigne honorer de tes regards
Cette humble et suppliante lettre,
Toij dont le rasoir géomètre
Compassé sur des fronts bénis
Du saint cercle le diamètre;
Brave é tu vis te à qui Denys^,
Sans rien craindre, eût osé commettre
Son menton, qu'à son propre fils
Le tyran n'osait compromettre ;
Toi, qui seul aurais pu remettre
En grâce ceux de ton état
Avec Julien l'Apostat,
Qui jadis les chassa de Rome,
Cher'Lafont, qui vraiment grand homme
Dans ton art, à des faux cheveux
1. Il avait promis à M. Robbé de lui élargir le front. (M.) — Ce Robbé de Beauvezet, poète satirique, s'était fait connaître par le Débauché converti (1736).
2. Denys le Tyran, pièce nouvelle aux Comédiens français, de M. Marmontel, Limousin, âgé de vingt-cinq ans. Cette pièce est fort bonne. (M.)
ii8 Clairambault-Maurepas.
Sais donner le tour que tu veux;
Toi, dont l'habile ministère
A chaque chef par toi coté
Conservée le vrai caractère :
Au magistrat la gravité,
La suffisance au petit-maître,
Un tour de cagotisme au prêtre,
Au jeune homme l'air éventé ;
Toi, qui de cheveux plats, malpropres,
Du scrupuleux Berullien
Masques la perruque si bien
Qu'on la prend pour ses cheveux propres ;
Toi, qui Mais hélas ! que me font
Ces titres pompeux, cher Lafont, Si, toujours sourd à ma prière, Des crins empiétant sur mon front Tu ne recules la barrière; Conserverai-je un front étroit A l'inutile modestie ?
Ah ! trace-m'en du moins un doigt Pour quelque peu d'effronterie; C'est par elle qu'en ce lieu-ci Nos plats messieurs ont réussi ; .
Viens donc m'en agrandir la marge ; Mais garde-toi bien cependant De le dessiner aussi large Que celui de l'abbé Leblanc ^
I. Abbé qui est fort souvent avec M. le comte de Clermont. Il a fait les Lettres d'un Français voyageur en Italie. (M.)
Année i'j48.
Très -humblement au cher Lafont
Robbé présentait sa requête*, Pour le prier de lui faire un grand front.
Me prenez-vous pour une bête ?
Lafont en riant lui répond.
Vous, un grand front, le trait est bon. Un grand front siérait-il à si petite tête ?