‹ Chansonnier historique du 18e siècle [recueil de chansons, vaudevilles, sonnets, épigrammes, épitaphes et autre vers satiriques et historiques] publié avec introd., commentaire, notes et indexChapitre 76 sur 205 · L'ARRESTATION DU PRINCE EDOUARD · texte numérisé non relu

L'ARRESTATION DU PRINCE EDOUARD

Peuple jadis si fier, aujourd'hui si servile,

Des princes malheureux vous n'êtes plus l'asile ;

Vos ennemis, vaincus aux champs de Fontenoy,

A leur propre vainqueur ont imposé la loi ;

Et cette indigne paix, qu'Aragon^ vous procure,

1. Le prince Edouard fut arrêté à l'entrée du cul-de-sac de l'Opéra par M. de Vaudreuil, major des gardes françaises, et saisi à l'instant par quatre sergents pour qu'il ne pût faire usage de pistolets qu'on lui trouva dans la poche. Il fut conduit à Vincennes et peu de jours après au pont de Beauvoisin, d'où il prit la route de Fribourg, en Suisse. Ce ne fut qu'à toute extrémité que le Roi le fit arrêter. C'était un article secret du traité de paix d'Aix-la-Chapelle qu'il sortirait de France, et le Roi lui avait envoyé plusieurs personnes de distinction pour l'inviter à sortir du royaume, le priant de demander ce qu'il voudrait, et qu'on le lui donnerait. Il répondit toujours qu'il %e sortirait pas de France que le Roi ne lui tînt la parole qu'il lui avait donnée en y arrivant de ne le pas abandonner qu'il n'eût un établissement convenable. Cette affaire fut fort désagréable pour le Roi et pour le ministère et ne fit pas honneur au traité de paix. (M.)

2. M. de Saint-Séverin, plénipotentiaire à Aix-la-Chapelle. (M.)

132 Clairambault-Maurepas,

Est pour eux un triomphe et pour vous une injure.

Hélas ! aviez-vous donc tant couru de hasards,

Pour placer une femme au trône des Césars ^ ;

Pour voir l'heureux Anglais, dominateur de l'onde,

Voiturer dans ses ports tout l'or du nouveau monde.

Et le fils de Stuart par vous-même appelé

Aux frayeurs de Brunswick lâchement immolé * ?

Et toi ^, que les flatteurs ont paré d'un vain titre.

De l'Europe aujourd'hui te diras-tu l'arbitre,

Lorsque dans tes États tu ne peux conserver

Un héros que le sort n'est point las d'éprouver,

Mais qui, dans les horreurs d'une vie agitée,

Au sein de l'Angleterre à sa perte excitée.

Abandonné des siens, fugitif, mis à prix,

Se vit toujours du moins plus libre qu'à Paris?

De l'amitié des rois exemple mémorable.

Et de leurs intérêts victime déplorable !

Tu triomphes, cher prince, au milieu de tes fers ;

Sur toi, dans ce moment, tous les yeux sont ouverts ;

Un peuple généreux et juge du mérite

Va révoquer l'arrêt d'une race proscrite ;

Tes malheurs ont changé les esprits prévenus ;

Dans les cœurs des Anglais tous tes droits sont connus :

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