‹ Chansonnier historique du 18e siècle [recueil de chansons, vaudevilles, sonnets, épigrammes, épitaphes et autre vers satiriques et historiques] publié avec introd., commentaire, notes et indexChapitre 93 sur 205 · Encore une allusion à l'adresse de M'"^ de Pompadour · texte numérisé non relu

Encore une allusion à l'adresse de M'"^ de Pompadour

2. La tragédie de Catilina, à laquelle Crébillon avait travaillé plus de vingt ans, fut jouée pour la première fois le 20 décembre 1748 avec un succès dont le poète septuagénaire fut redevable à la cour et surtout à M"" de Pompadour, qui avait intéressé le Roi en sa faveur : « On parla devant M""" de Pompadour de ce grand homme abandonné, qu'on laissait vieillir sans secours parce qu'il était sans intrigue. C'était la prendre par son endroit sensible. Que dites-vous ? s'écria-t-elle. Crébillon est pauvre et délaissé ! Aussitôt elle obtint pour lui du Roi une pension de cent louis sur sa cassette On parlait de Catilina comme de la merveille du siècle. M™^ de Pompadour voulut l'entendre. Le jour fut pris pour cette lecture ; le Roi, invisible et présent, l'entendit. Elle eut un plein succès, et, lorsque Catilina fut mis au théâtre. M'"", de Pompadour, accompagnée d'une volée de courtisans, vint assister à ce spectacle avec le plus vif intérêt. Peu de temps après, Crébillon obtint la faveur d'une édition de ses œuvres à l'imprimerie du Louvre, aux dépens du trésor royal. Dès ce temps-là Voltaire fut froidement reçu et cessa d'aller à la cour. {Mém. de Marmontel.)

UESPRIT DES LOIS'

Vous connaissez V Esprit des lois, Ce n'est qu'un pénible assemblage De républiques et de rois; On y voit les mœurs de chaque âge,

I. V Esprit des lois, dont la première édition avait paru à Genève vers le milieu de l'année 1748, et que l'on réimprima vingt-deux fois en moins de deux ans, donna lieu à des jugements fort contradictoires. Collé rapporte dans son Jownal l'opinion des critiques. « Voici ce qu'en disent les métaphysiciens et les gens qui ont un peu de philosophie dans la tête : ils prétendent que c'est un très mauvais ouvrage, sans ordre, sans liaison, sans enchaînement d'idées, sans principes ; c'est, disent-ils, le portefeuille d'un homme d'esprit et voilà tout. » On sait quS M""' du Deffand disait de cet ouvrage « que ce n'était point l'esprit des lois, mais de l'esprit sur les lois. » Voltaire en fut, au contraire, un des plus vifs admirateurs : « Le genre humain avait perdu ses titres, écrivait-il, Montesquieu les a retrouvés et les lui a rendus. » Le marquis d'Argenson, non moins équitable, qualifiait Y Esprit des lois de « Li-\Te excellent et qui vivra beaucoup. »

i6o Clairambault-Maurepas.

Et des peuples de tous les lieux,

Le civilisé, le sauvage,

Leurs législateurs et leurs dieux.

Sur tous ces objets d'importance,

L'auteur nous laisse apercevoir

Non une simple tolérance,

Mais une froide indifférence;

Tout lui paraît fruit du terroir i.

Le sol est la cause première

De nos vices, de nos vertus :

Néron, sous un autre hémisphère.

Aurait peut-être été Titus ;

L'esprit n'est qu'un second mobile,

Et notre raison versatile

Est dépendante des climats.

Féroce au pays des frimas.

Voluptueuse dans l'Asie,

Le même ressort ici-bas

Détermine la fantaisie.

Ainsi, sans un grand appareil.

On peut, dans le siècle où nous sommes,

Par les seuls degrés du soleil

I. La théorie des climats, qui a été reprise et éloquemment soutenue de nos jours par de brillants esprits, parut inacceptable au XVIII" siècle, ainsi que le prouvent les réflexions du marquis d'Argenson, d'ailleurs assez hardi dans ses idées. « Sur son entêtement par rapport au climat, écrit-il, Montesquieu ne pourra se justifier. C'est folie de croire que le climat influe sur les mœurs des hommes. Le chaud et le froid que nous éprouvons dans les diverses saisons de l'année ne changent rien à nos caractères. »

Année lySo. i6i

Calculer la valeur des hommes.

Sur ce point seul, législateurs, Établissez bien vos maximes ; Dirigez les lois et les mœurs, Distinguez les vertus des crimes; Sur l'air réglez vos sentiments :

Un pays devient despotique, Républicain ou monarchique Par la force des éléments.

La liberté n'est qu'un vain titre, Le culte un pur consentement, Et le climat seul est l'arbitre Des dieux et du gouvernement.

Ce n'est point un esprit critique Qui me sert ici d'Apollon :

Voilà toute la politique De notre moderne Solon.

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