‹ Chansonnier historique du XVIIIe siècle (volume 2)Chapitre 2 sur 155 · LE BAL DE L'OPERA · texte numérisé non relu

LE BAL DE L'OPERA

Dans un séjour consacré par les belles, L'ingénieux et favorable amour,

Pour combler ses sujets de ses grâces nouvelles, Vient d'établir une nouvelle cour.

Là le déguisement des aimables mortelles

I. Ces bals avaient été imaginés par le prince d'Auvergne, pour détourner des bals particuliers, où il arrivait souvent du désordre, et le Régent avait approuvé son projet; on les donnait dans la salle de l'Opéra, au Palais-Ro3ral. « Le P. Sébastien, religieux carme, membre honoraire de TAcadémie des sciences et habile ingénieur, avait trouvé la manière d'enlever facilement le plancher du parterre, entre l'amphithéâtre et le théâtre, et faisait de toute la salle un grand salon parfaitement régulier; on y donnait des bals masqués, et le plus grand nombre des dames, se découvrant sous prétexte d'être incommodées de la chaleur, ne songeaient qu'à se faire admirer et à jaser avec tous les masques. Le Régent descendait dans cette salle avec quelqu'une de ses maîtresses, qu'il promenait toute la nuit dans le bal, s'amusant de toutes les femmes qui s'y trouvaient. » (Mémoires de Richelieu.)

Clairambault'Maurepas.

Est fatal aux époux, mais propice aux amants; Et la divinité qui préside sur elles Invite tous les cœurs à ses amusements.

Amants , accourez à nos fêtes , Leurs plaisirs ne sont que pour vous ; Mille tendres beautés sont prêtes A vous les faire goûter tous.

Les Ris, les Amours et les Grâces Y volent au gré des désirs ; Suivez de si charmantes traces, Elles conduisent aux plaisirs.

L'Amour, qui dans ces lieux a formé son empire, Armé des plus doux traits, vole dans tous les cœurs Qui pourrait résister aux transports qu'il inspire. Quand devant lui les yeux annoncent ses faveurs ? Sous mille diverses images Si l'Amour vous paraît hideux, Rassurez-vous, ce dieu ne voile les visages Que pour récompenser plus sûrement vos vœux.

Mille beautés habiles,

Sous un masque trompeur,

N'y font les difficiles

Que pour mieux prendre un cœur.

Sous un masque propice Qui cache la laideur.

Année iyi6.

Plus d'une Cléonice Satisfait son ardeur.

Chaque amant s'y déguise Pour se connaître mieux.

Il n'est point de surprise Qui n'ait un sort heureux.

lA, de leur destinée Les époux sont instruits; Sujets de l'hyménée, Ils en trouvent les fruits.

Ce temple se consacre à la félicité.

L'amour y fait goûter sa plus vive tendresse. Hébé répand partout un nectar enchanté, Terpsichore y règne sans cesse, Momus * y fait briller l'art en lui si vanté.

Dans ces lieux enchanteurs, Tout charme, tout engage, Tous les dieux de la volupté y reçoivent sans cesse un éclatant hommage Le dieu de l'hyménée est le seul maltraité.

Dans ce séjour fertile L'amour offre un asile

I. D'après la mjrtholo^e antique, Hébé était la déesse de la jeunesse, Terpsichore la muse de la danse, et Momus le dieu de la folie.

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