‹ Chansonnier historique du XVIIIe siècle (volume 2)Chapitre 56 sur 155 · LES COMMISSAIRES · texte numérisé non relu

LES COMMISSAIRES

DE

LA CHAMBRE DE JUSTICE

Or, écoutez petits et grands, Le malheur de tous les traitants.

Aussi bien que des gens d'affaires.

Opprimés par six commissaires, Qui, comme vrais loups ravissants.

Les déchirent à belles dents.

Lamoignon ^, tout fier et bouflS De son cordon du Saint-Esprit, Dit : « Ce ne sont que des canailles Qu'il faut remettre sur la paille. »

Fagon ne veut que les purger.

Et Des Forts les veut égorger.

I. Chrétien de Lamoignon (1676-1729), marquis de Basville, fut successivement avocat au parlement, avocat du roi au Châtelet de Paris, conseiller au parlement (1698), président à mortier en survivance de son père, le 30 août 1706, et président de la Chambre de justice (i7i6)- H avait épousé (5 sept. 1706) Marie-Louise Gon, fille de Louis Gon, seigneur du Broc et maître des comptes.

134 Clairamhault-Maurepas,

Quoique Portail * ait Tesprit doux, Il hurle bien avec les loups.

Fourqueux* avec son air honnête N'est qu'une fort maligne bête.

Et Rouillé, plus dur qu'un caillou.

Dit qu'il faudrait les pendre tous.

Portail imite ses aïeux, Se servant de rasoirs comme eux Pour écorcher les gens d'affaires.

Fourqueux, fils d'un apothicaire, Dans son métier s'est surpassé; Prions Dieu pour les trépassés.

Or, appirenez, petits et grands,

Le nom qu'il avait ci-devant.

Nom qu'ont toujours porté ses pères ' ,

Qui ne donnaient que des clystères.

C'était Fourcul et non Fourqueux

Que s'appelaient tous ses aïeux.

1. Antoine Portail (1674-1736), seigneur de Vaudreuil et de Chatou, avait été avocat du roi au Châtelet, con> seiller au parlement de Paris (1697), avocat général (1698) et président à mortier (1707), lorsqu'il fut nommé président de la Chambre de justice. Il devint premier président en 1724, et fut reçu la même année à l'Académie française.

2. Bouvard de Fourqueux, petit-fils du premier médecin de Louis XIII, était le beau-frère de Rouillé, auquel il devait sa place de procureur général à la Chambre des comptes.

3. Il s'appelle Bouvard de son nom de famille. Fourqueux est le nom de sa terre près de Saint-Germain-en-Laye. (M.)

Année lyij. 135

Cette affreuse Inquisition Condamne sans distinction Avec le fripon, l'honnête homme.

Devant ces messieurs c'est tout comme ; Il suffit qu'on ait de l'argent, Ils le prennent impunément *.

Noailles, ministre important, Plus absolu que le Régent*, Leur commande d'un ton d'audace :

< Messieurs, ne faites point de grâce; Aimez le roi, servez -le bien, Faites son profit et le mien. »

Vous qui, d'un cœur plus qu'inhumain.

Taxez la veuve et l'orphelin.

Craignez que votre tour ne vienne, Et que, pour prix de votre peine, Vous n'ayez le sort d'Enguerrand ', Lorsque notre roi sera grand.

1. On trouvera dans le Journal de Buvat et dans la Vie privée de Louis XV, par Moufle d'Angerville, les huit rôles des taxes imposées par la Chambre de justice.

2. « Le duc de Noailles et Rouillé voulurent absolument une Chambre de justice contre les financiers; ces deux hommes étaient maîtres absolus de ce qui était finance ; cela passa donc au Conseil de régence. » (Saint- Simon.)

3. Enguerrand de Marigny, surintendant des finances sous Philippe le Bel, avait soulevé contre lui des haines violentes par l'altération des monnaies et l'établissement de nouveaux impôts. A l'avènement de Louis X, on lui fit

136 Clairamhault"Maurepas.

Or, prions le grand Dieu vivant Et tous les saints du firmament Qu'il nous conserve Louis Quinze Jusqu'en sept cent quatre-vingt-quinze, Pour venger son peuple opprimé Par ce tribunal enragé.

Lamoignon, bouffi, plein d'audace, De son cordon et de sa place, Veut écraser tout maltôtier.

Sans songer que dans sa Êimille, De Gon, fameux banqueroutier.

Sa femme est la petite-fille.

De l'autre Chambre de justice S'il eût été, que de supplices Auraient embelli ses hauts faits I Mais, pour ses enfants et leur mère.

Bien heureux qu'il n'en fût jamais.

Car il eût pendu leur grand-père.

son procès, et il fut condamné à mort et pendu à Montfaucon, le 30 avril 1315.

Année l'jîj. 137

Page 1