‹ Chansonnier historique du XVIIIe siècle (volume 2)Chapitre 60 sur 155 · Déesse de la justice, d'après la Fable · texte numérisé non relu

Déesse de la justice, d'après la Fable

140 Clairambault-Maurepas.

Bourvalais fait le roi d'honneur,

Miotte* la cérémonie; C'est lui qui nomme le danseur,

Aussi la symphonie ; Lamoignon est bon musicien,

Fait battre la mesure; , .

Les violons s'accordant bien

Font que le branle dure.

Sitôt que Paparel • y vint,

Il se fit faire place ; Tout le monde frappa des mains,

Voyant sa bonne grâce.

1. Tous deux furent élargis après une longue détention ; Miotte dut payer 1,500,000 livres, Bourvalais fut dépouillé de presque tous ses millions; on lui laissa seulement 20,000 livres de rente et son splendide hôtel de la place Vendôme. « On a jugé que la fortune de ce partisan méritait d'être retranchée comme un mauvais exemple dans l'État, et que c'était assez, pour lui et sa femme, de 450,000 francs, avec des meubles exemptés de toute dette; mais on n'a jamais pu lui faire son procès. » (Journal de Mathieu Marais.)

2, « Le 20 avril 1716, la Chambre de justice condamna le sieur Paparel, trésorier d'une partie de la maison du roi et des gardes du corps, à avoir la tête tranchée pour crime de péculat, et entre autres d'avoir exigé le dixième .denier à son profit de tous les payements qu'il avait faits aux officiers et aux gardes du corps, qu'on disait monter à 700,000 livres, outre 1,200,000 livres qu'il avait reçus, dont il n'avait rien payé. M, le marquis de La Fare, qui avait épousé sa fille, ne manqua pas siu* cela d'implorer la clémence de M-. le Régent, dont il était favori, pour faire commuer la peine de mort en celle de la prison perpétuelle. On assurait que le sieur Paparel serait exécuté à mort, s^qs remis-

Année l'jij. 141

Il dansait si légèrement

Qu'il surprit toute lorgnette.

L'accord fut aussi promptement Que la danse fut faite.

Mais en faisant un contre-temps

Par malheur son pied glisse.

Le Blanc * le frotta sur-le-champ

De son eau de milice; n ne serait pas revenu

Si, perdant la cadence, Son gendre * ne l'eût secouru

Du baume de régence.

sîon, accusé et convaincu d'avoir fourni une somme de 1,600,000 livres aux ennemis de la France, pendant la dernière guerre, et d'en avoir tiré de gros intérêts, au lieu de payer les officiers généraux comme il le devait. — Le lojuin, on enregistra au parlement l'arrêt de la Chambre de justice qui le condamnait à être conduit à l'île Sainte-Marguerite, en Provence, pour y finir ses jours, avec ime pension de 1,000 francs par an, ses biens confisqués et adjugés au marquis de La Fare, son gendre, à la charge de payer ce qui était dû au roi et à ses créanciers. » (Joum, de Buvat,)

1. Claude Le Blanc (1669-1728) fut successivement conseiller au parlement de Metz (1690), mattre des requêtes, intendant d'Auvergne, de DUnkerque, conseiller au conseil de guerre (1716) et secrétaire d'État de la guerre (1718.)

2. Le marquis de La Fare, gendre de Paparel, avait obtenu du Régent que son beau-père eût la vie sauve ; mais ce fut le seul service qu'il lui rendit. « On fut indigné de le voir se réjouir de la catastrophe de son beau-père, s'en faire adjuger les biens et les dissiper en prodigalités et en débauches, sans même en adoucir le sort de Paparel, réduit à la mendicité , ainsi que son fils. » ( Vie privée de Louis XV,)

142 Clairamhault'Maurepas,

Le Normand * ne se doutant pas

Qu'on pût le reconnaître.

Parlant d'un langage fort bas,

Dansait en petit-maître ; Mais un artisan, ce dit-on,

Reconnaissant sa danse.

De dire ouvertement son nom

Eut assez d'imprudence.

Ce ne fut pas sans grand souci Qu'il cherchait autre route :

« Il faut, dit-il, sortir d'ici

A quelque prix qu'il coûte;

. I. Le Normand fut le plus maltraité d'entre les traitants. « La Chambre de justice le condamna à 20,000 livres de dédommagement envers les communautés d'arts et métiers, pour vexations; à 100,000 livres d'amende envers le roi ; à faire amende honorable à la porte de Notre-Dame, aux Augustins et à la Halle, et à être exposé au pilori et aux galères perpétuelles, en réparation des faux arrêts qu'il avait fabriqués, et le reste de ses biens confisqué. — Le 16 juillet (1717), le sieur Le Normand fit une amende honorable, nu-pieds, tête nue, en chemise , tenant une torche allumée à la main. On lui avait attaché un écriteau devant et derrière, où l'on avait écrit : Voleur du peuple en gros caractères. Lorsqu'il parut à la halle, auprès du pilori, les harengères lui firent une huée terrible, en criant: y^» voleur ! au fripon! il faudrait le pendre ! Puis, ayant fait amende honorable en cet état, on lui donna des habits, et, étant vêtu, on le conduisit en carrosse à la Tournelle, pour de là être mené aux galères, où le concierge l'attacha debout à un arbre au milieu de la cour comme à un carcan , afin d'être mieux vu de tous ceux qui l'allaient voir en foule, et qui, pour cette curio-

Année iji^* 143

On lui enleva ses habits,

Ses bas et sa culotte.

Comme un faquin il fut conduit

En chemise à la porte.

Tout nu il fallut s'en aller,

Sans pouvoir se défendre ; Il eut beau gémir et piailler,

Longueval * le vint prendre, Qui, crainte qu'il ne vînt trop tard

Prendre un bain salutaire.

Jusqu'à la porte Saint-Bernard *

L'escorta par derrière.

On y attend un voltigeur

Avec impatience :

C'est lui qui aura tout l'honneur

Du bal et de la danse.

Sans dire son nom, c'est Gruet'

site, donnaient volontiers quatre sols chacun au geôlier, afin d'avoir le plaisir de lui faire des reproches sur ses concussions et sur les vexations qu'il leur avait faîtes , à quoi il ne faisait aucune réplique^ quoique quelques-uns lui donnassent brutalement des coups de poing sur la tête. » (Journal de Buvat.)

Page 1