AU RÉGENT
Plein d'ignorance et de misères*.
Pourquoi, mortel audacieux, Veux-tu sur les profonds mystères Porter un œil trop curieux? Toi pour qui toute la nature
I. Cette ode fort belle est probablement l'œuvre de quelque disci{)le de Port-Royal que les illustres solitaires n'auraient certes pas désavouée. On y trouve une éloquente exposition de la théorie de Jansénîus sur la grâce. Pour
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Ne paraît qu'une énigme pure, Tu sondes les divins décrets, Tu crois que ton faible génie De rintelligence infinie Pourra pénétrer les secrets.
Crains ces ténèbres respectables Où Dieu cache sa majesté ; De ses desseins impénétrables Qui peut percer l'obscurité ?
Mesure la vaste étendue De ces globes qu'offre à la vue Un ciel serein et lumineux; Mais arrête ici ton audace, Tu ne peux voir que la surface De ce théâtre merveilleux.
Où t'emporte l'ardeur extrême De tout comprendre et de tout voir?
Tu ne te connais pas toi-même, L'esprit échappe à ton pouvoir, Et ta misère impétueuse,
comprendre le développement poétique de l'auteur, il est nécessaire d'avoir présent à la pensée le principe fondamental de cette théorie. Le voici résumé en peu de mots : « Depuis le péché originel , le libre arbitre n'existe plus pour l'homme; toutes ses bonnes œuvres sont un don purement gratuit de Dieu, et la prédestination des élus n'est qu'un efifet de la volonté divine. » C'était à peu de chose près la reproduction du dogme prêché par Calvin, un siècle auparavant.
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De la grâce victorieuse.
Veut pénétrer la profondeur.
Paul*, tout rempli de ses lumières.
Nous découvrit la manière Dont elle agit sur notre cœur.
Je sens en moi que la nature Veut établir ma liberté, Elle se plaint, elle murmure Quand le pouvoir m'est disputé.
Mais si j'interroge mon âme, Comment cette céleste flamme La fait agir, la fait mouvoir i Je crains que cette âme humaine * Ne donne à la puissance humaine Ce qui vient du divin pouvoir.
Surpris de Tintervalle immense Qu'on met de l'homme au Créateur, ' Si je n'admets pas de puissance Qui concoure avec son auteur, Ce n'est plus pour moi qu'un vain titre Que le franc et libre arbitre.
Que ma raison osait vanter; Je ne comprends plus de justice Qui récompense, qui punisse Ce qui ne peut rien mériter.
I. Les jansénistes citaient à l'appui de leur doctrine divers passages de XÈpître de saint Paul aux Romains.
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Ainsi mon âme est suspendue Entre ces sentiments divers.
Partout où je porte la vue Je vois des abîmes ouverts.
Pour me garantir du naufrage, Je n'ose quitter le rivage :
La crainte assure mon repos.
Combien sur cette mer profonde, Flottant à la merci de Tonde, Se perdent au milieu des flots ?
De tant de disputes fameuses Où nous embarque notre orgueil, Fuyons les routes dangereuses; L'homme à lui-même est un écueil.
Dans ce petit monde sensible C'est un dédale imperceptible Dont V ignorons les détours.
La foi de notre sort décide, Elle tient le fil qui nous guide ; Sans elle nous errons toujours.
Heureux les cœurs simples, dociles,
Qui, sans raisonner sur la loi.
Respectant nos saints conciles,
Le sacré dépôt de la foi.
Ne franchissent pas la barrière
Que le port de la lumière
Met aux vains efforts de l'esprit.
A quoi nos soins doivent-ils tendre?
C l air ambault'AÎ au repas.
C'est à pratiquer, à comprendre Ce que le ciel nous a prescrit.
Laissons la sagesse étemelle Disposer des cœurs à son gré ; Il suffit à l'homme fidèle Que par lui Dieu soit adoré.
Qu'importe à ces docteurs habiles Que par des raisons trop subtiles Un système soit combattu ?
Que produit leur vaine science, Si Dieu ne met dans la balance Que l'ignorance et la vertu ?
Ces jeux de mots et de paroles Scandalisent tout bon chrétien, Disputes d'autant plus frivoles Qu'au salut elles ne sont rien.
Pourquoi troubler la conscience D'un chrétien que l'humble ignorance De tout orgueil a préservé ?
Et qu'a-t-il besoin de connaître Par quelle grâce il est sauvé.
Si Dieu lui fait celle de l'être ?
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