‹ Chansonnier historique du XVIIIe siècle (volume 3)Chapitre 103 sur 147 · D'ADRIENNE LECOUVREUR · texte numérisé non relu

D'ADRIENNE LECOUVREUR

Quel contraste frappe mes yeux!

Melpomène ici désolée, Élève avec l'aveu des dieux Un magnifique mausolée.

1. Adrienne Lecouvreur, que ses contemporains' daient comme la première tragédienne du temps, nnrarat, dit-on, empoisonnée par la duchesse de Bouillon, qol lai

216 Clairambault-Maurepas.

Ici la superstition

Distinguant jusqu'à la poussière,

Fait un point de religion

D'en couvrir une ombre légère i .

Ombre illustre, console-toi,

En tous lieux la terre est égale ;

Et lorsque la Parque fatale

Nous fait subir sa triste loi,

Peu nous importe où notre cendre

Doive reposer pour attendre

Le temps où tous les préjugés

Seront à la fin abrogés.

Les lieux cessent d'être profanes

En contenant d'illustres, mânes :

Ton tombeau sera respecté.

S'il n'est pas souvent fréquenté

Par les diseurs de patenôtres,

Sans doute il le sera par d'autres

Dont l'hommage plus naturel

disputait l'amour du maréchal de Saxe. « Ses talents, dit Bouhier, m'avaient paru supérieurs à ceux des Champmeslé, des Duclos et des Raisin. A la voix près, qu'elle avait moins touchante et moins belle que les autres, elle l'emportait fort à mon avis pour l'action et pour le jeu naturel. » I. « M. lq curé de Saint-Sulpice a été voir, au sujet de cette mort, Monseigneur l'archevêque, et le curé n'a pas voulu la laisser enterrer au cimetière. Il a fallu un ordre de M. le lieutenant de police pour la faire enterrer dans un chantier du faubourg Saint-Germain. Mais le plus plaisant est que par son testament elle avait laissé deux mille livres à Saint-Sulpice que le curé n'aura pas. » (Journal de Barbier :)

Année iy3o. 217

Rendra ton mérite immortel.

Au lieu d'ennuyeuses matines, Les Grâces en habit de deuil Chanteront des hymnes divines Tous les matins sur ton cercueil.

Sophocle, Corneille, Racine, Sans cesse répandront des rieurs, Tandis que Jocaste et Pauline Verseront un torrent de pleurs.

Enfin pour ton apothéose On doit te faire une ode en prose.

Ce chef-d'œuvre d'un bel esprit Vaudra bien du moins un obit.

Méprise donc cette injustice, Qui fait refuser à ton corps Ce que par un plus grand caprice Obtiendra Pelletier Des Forts»

Cette ombre impie et criminelle A la honte du nom françois, Quelque jour dans une chapelle Brillera sous l'appui dès lois.

Ainsi par un destin bizarre, Ce ministre dur et barbare Doit reposer avec splendeur, Tandis qu'avec ignominie A l'omble d'une Cornélie On refuse le même honneur 1 .

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1. « C'est Arouet, fameux poète, qui a fait cette pièce de v. 19

ai8 Clair ambault-Maurepas.

Pourquoi donc s'informer où gît la Lecouvreur?

Pour sa gloire et pour son honneur, Qu'importe de savoir où sa cendre repose?

Vous qui la connaissiez, dressez-lui des autels Et donnez-lui l'encens qu'on doit aux immortels ;

Mais laissant son apothéose, Disons plutôt qu'au lieu d'avoir perdu le jour La Lecouvreur n'a fait que changer de séjour ; Que celle qui faisait l'honneur de ce théâtre, Celle dont tout Paris, longtemps admirateur,

Devint à la fin idolâtre ; Celle pour qui Jocaste au gré du spectateur Avait l'art d'exciter la pitié, la terreur ; Celle enfin qui de Phèdre, avec son art suprême, Peignait si bien l'amour, la haine et la fureur,

Était Melpomène elle-même,

Sous le nom de la Lecouvreur,

vers. Il en voulait personnellement à M. le contrôleur général Le Pelletier Des Forts qui, justement, a été chassé du ministère. Quand il parle d'une ode en prose pour chefd'œuvre, c'est pour se moquer de M. de La Motte, bel esprit qui a fait des odes et dont la poésie sent la prose dans laquelle il excelle. » {Journal de Barbier.) — Dans son Épitre dédicatoire de Zaïre, Voltaire a rappelé ce triste refus de sépulture :

4 L'aimable Lecouvreur,

A qui j'ai fermé la paupière, N'a pas eu même la faveur* De deux cierges et d'une bière, Et que monsieur de Laubinière Porta la nuit par charité Ce corps autrefois si vanté Dans un vieux fiacre empaqueté Vers le bord de notre rivière*

Année ij3o. 219

Qu'est-il donc besoin qu'on l'enterre ?

Est-il chez les mortels des tombeaux pour les dieux? C'est pour nous qu'ils ont fait la terre, C'est pour eux qu'ils ont fait les cieux.

la- NAISSANCE DU DUC D'ANJOU'

Je veux à mon maître Boire comme un trou, Il yient de nous naître Un beau duc d'Anjou.

Vertubleu ! quel homme, quel homme, quel homme! Vertubleu ! quel homme que notre bon roi !

De cinq enfants père*, Agé de vingt ans !

1. « Le 5 août, naissance de M. le duc d'Anjou, dont la reine accouche heureusement. Cette seconde faveur du ciel qui assurait d'autant plus la succession de la couronne dans la maison royale, causa autant de joie en France qu'elle donna de tranquillité sur cet objet à tous les princes de l'Europe. Le roi "assista au Te Deum solennel qui fut chanté à Notre-Dame, le 2 septembre, en actions de grâces de cet heureux événement, et la reine vint elle-même dans cette cathédrale* le 6 novembre, remercier Dieu de ses bienfaits. » (Journal historique.)

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