ÉCOLIERS DE SAINTE-BARBE
Venez goûter, tendre jeunesse,
Un sort plus doux; Fleury vous montre la tendresse
Qu'il a pour vous.
Il vous ôte des précepteurs
Tous hérétiques, Et vous donne pour conducteurs La fleur des catholiques.
I. Le collège Sainte-Barbe abritait deux cents écoliers pauvres, que l'on appelait Gilîotins, en souvenir de Robert Gillot, docteur de Sorbonne, qui, le premier, en avait recueilli dans oje lieu. « Ces écoliers, dit Barbier, allaient en classe au collège du Plessis. Il y avait un principal et sept ou huit ecclésiastiques qui enseignaient cette jeunesse. Il en sortait les meilleurs écoliers de Paris et les gens les plus savants, mais d'une morale non convenable au temps, parce que ces ecclésiastiques étaient grands jansénistes de leur métier. » Aussi le cardinal Fleury et l'archevêque de Paris résolurent-ils de les expulser. Le 7 octobre 1730, à six heures du matin, « M. Hérault, lieutenant de police, M. Morêau, procureur du Roi, le commissaire Lecomteet autres, avec nombre d'archers sont entrés dans ce collège, dont ils ont fermé les portes. M. le lieutenant de police a fait un discours pathétique aux écoliers, pour leur foire trouver bon l'ordre du Roi. On a chassé et renvoyé le principal et les autres ecclésiastiques. On a évalué ce que
Année ij3o. 22$
Ils arrivent de Saint-Sulpice,
Oh 1 le saint lieu !
Rendes pour un si grand service
Grâces à Dieu; Qu'entre eux et vous toujours l'ardeur
Soit réciproque :
Leur chef vous vient du grand auteur De Marie Alacoque.
Enfants, écoutez leur parole*
Avec respect, Il ne viendra de cette école
Rien de suspect.
Vous aurez des livres pieux
Dont la lecture Vous instruira mille fois mieux Que la sainte Écriture.
Reprenez, malgré tous les gardes, Votre air serein;
pouvaient valoir les meubles de leur chtfmbre, dont on leur a délivré l'argent comptant) et on a substitué à leur place des prêtres sulpiciens. Tous ces pauvres écoliers qui étaient fort attachés à leurs maîtres, y ont marqué leur mécontentement par leurs pleurs. Il y en a même qui ont jeté des pierres à un jésuite qui regardait à une fenêtre du collège. On a voulu les apaiser en leur donnant des poulardes à> souper, que le cuisinier qui demeurait depuis trente ans dans la maison a dit n'y avoir point encore vu manger. M. Hérault y a dîné et resté toute la journée. Le lendemain et autres jours suivants, la plus grande partie des parents a retiré les enfants. »
Je veux vous nourrir de poulardes,
Et dès demain ; Et pour que la troupe souvent
Soit régalée, Je ferai par mon camp volant 1 Confisquer la Vallée *.