‹ Chansonnier historique du XVIIIe siècle (volume 3)Chapitre 113 sur 147 · GÉMISSEMENTS DE LA FRANCE · texte numérisé non relu

GÉMISSEMENTS DE LA FRANCE

Que deviendra donc notre France ?

Hélas 1 mon Dieu, On n'y voit plus que violence

Presqu'en tous lieux, Interdit, exil et prison,

Insulte, outrage, Fruit de la Constitution, Des jésuites l'ouvrage.

Année îj3o. 235

De l'ancienne Sorbonne on chasse

Tout bon docteur \ Il n'y reste que la Carcasse *

Qui fait horreur.

Du pieux Durieux Ton détruit

La sainte école*; Toutes tes sources Ton tarit, O divine parole !

Nos plus éclatantes lumières

Sous le boisseau, Font voir en terres étrangères

1. Au prima mensis de novembre, le syndic de Sorbonne, Romigni, en vertu d'une lettre de cachet, ôta toute voix active et passive et même les émoluments, à tous les docteurs qui avaient appelé depuis 1720, ou qui avaient adhéré aux lettres pastorales des évêques de Montpellier et de Senez. Grâce à cette mesure, et malgré les protestations des docteurs exclus, la Constitution fut reçue.

2. « La faculté de théologie, ainsi dénuée de ses membres les plus éclairés et les plus intrépides, reçut la dénomination burlesque de Carcasse, image allégorique de son état nul ou passif. Ce n'était plus ce corps scientifique, l'oracle de la France, en matière de doctrine, dont toute l'Europe et le monde chrétien respectaient et admiraient les décisions : assemblage de membres pusillanimes, intimidés par les menaces, ou d'ambitieux ardents, éblouis par les promesses, c'était un simulacre vain, dont l'intrigue faisait mouvoir et dirigeait les ressorts. » (Vit privée de Louis XV.)

3. Sainte-Barbe. (M.) — Durieux, docteur de Sorbonne et principal du collège du Plessis, avait continué la libéralité du chanoine Gillot en faveur des deux cents pauvres écoliers élevés à Sainte-Barbe.

236 Clairambault-Maurepas.

Maint autre Arnauld.

Les amis de la vérité

Et de l'Église Sont tenus en captivité ;

Peuples, quelle surprise f

Cher Desessarts, quel est ton crime * ?

Chacun le sait.

La charité, dont Dieu t'anime,

Fut ton forfait.

Qu'un abbé nourrisse des chiens,

En cour il brille; Pour avoir nourri des chrétiens Tu soutires la Bastille.

Mais qu'ont fait Joubert * et Nivelle 8

Pour être pris ?

Ils ont expliqué, pleins de zèle,

Les saints Écrits.

Est-ce un mal de t'interpréter,

1. L'aîné des deux frères Desessarts, Alexis, prêtre du diocèse de Paris, s'était fait remarquer par son opposition à la bulle.

2. L'abbé François de Joubert, soupçonné de collaboration aux Nouvelles ecclésiastiques, fut enfermé à la Bastille le 14 novembre 1730, et en sortit le 23 décembre, pour être exilé à Montpellier.

3. L'abbé Gabriel-Nicolas Nivelle, agent zélé du jansénisme, fut enfermé quatre mois à la Bastille, pour avoir colporté chez les curés de Paris une requête anticonstitutionnaire.

Année iy3o. 257

Sainte. Écriture?

Est-ce un mal d'en faciliter Au peuple la lecture ?

Pourra piété l'on soupçonne

Un crocheteur; Sans autre crime on l'emprisonne

Comme un voleur; On frappe, sans distinction

De sexe et d'âge,

Des saints dont la religion

Fait Tunique partage.

Fidèles, frémissez de crainte,

Vos directeurs Vous sont enlevés par contrainte,

Et vos pasteurs ; ' Vous êtes livrés à des loups Pour vous conduire, Ils vous paraissent bons et doux, Mais c'est pour vous séduire.

Ils feront régner l'ignorance,

La fausse paix; Élargiront les consciences ;

Par leurs délais.

Ils flattent d'un fatal repos

Loin des alarmes, Mais suivront d'effroyables maux Et d'éternelles larmes.

238 Clairambault-Maurepas.

Préservez-moi par votre grâce, O mon Sauveur !

Du loup qui s'ingère à la place De mon pasteur.

Plutôt mourir que d'accepter La bulle inique

Que Ton voudrait substituer A la foi catholique.

Saints confesseurs, par vos prières

Soutenez-nous ; Par votre exemple et vos lumières,

Instruisez-nous ; Conservés dans la vérité

Par vos souffrances, Nous vivrons dans la charité Formés par l'espérance.

Page 1