L'ABBESSE DE CHELLES
Je suis prophète, jeune Iris *,
Mon nouveau jansénisme Va gagner la cour et Paris ;
C'est fait du molinisme :
Les. docteurs à vos agréments
Ne peuvent pas répondre, Et vos yeux sont des arguments
Qui savent tout confondre.
1. « Il s'est répandu une lettre de M me d'Orléans, abbesse de Chelles, où elle a fait une profession de foi très janséniste, et on ne sait quel moine lui a mis cela dans la tête. Par arrêt du conseil du 28 avril, cet écrit a été supprimé. L'arrêt porte que ce ne peut être l'ouvrage de cette princesse parce que l'auteur, peu instruit des titres qui appartiennent aux princesses de son rang, lui donne celui d'Altesse royale au lieu d'Altesse sérénissime, qui, seul, convient à sa naissance. Il est dit encore que cet écrit est rempli d'erreurs, que l'Église a condamnées depuis longtemps, et d'expressions contraires à l'esprit de soumission que l'état monastique qu'elle a embrassé l'oblige à garder plus indispensablement. » (Mém. de Marais.)
2. Cette pièce facétieuse est « une déclaration d'amour d'un dévot janséniste à M mo de Chelles. » (M.)
58 Clairambault-AIaurepas.
N'allez pas, comme avec Quçsnel
En use le Saint-Père, Me faire un procès criminel.
Je crains votre colère, Pour mes tendres réflexions.
Quelle heureuse fortune Si de cent propositions
Vous en acceptiez une !
Je vois en vous de Port-Royal
Ressusciter l'élite ; Vous avez l'esprit de Pascal
Et d'Arnauld le mérite 1 .
On peut exalter vos attraits
Sans craindre l'hyperbole, Et j'estime plus vos essais
Que ceux du grand Nicole.
Que dans vos yeux Janséniens, Je trouve fortes armes,
Que la bulle Unigenitus
Tient peu contre vos charmes !
Pour vous plaire, Iris, de bon cœur Je me fais janséniste.
i. « Devenue habile janséniste par les soins du bénédictin, son directeur, elle voulut être savante dans les Écritures, et en extraire les passages qui lui paraissaient favorables à ses sentiments. Deux secrétaires choisissaient ces passages, et elle y ajoutait ses réflexions. » (Mém. de Richelieu.)
Année IJ25. \$
Mais ayez pour moi la douceur D'une âme moliniste.
Je vois l'amour armé de traits
Qui vous suit à la trace, De votre air vif, brillant et frais,
La grâce est efficace, Je soutiendrai ce dogme-là,
Et ma thèse est publique, Quand on devrait chez Loyola M' appeler hérétique.
Je défendrai vos doux appas
En docteur de Cythère, Contre eux on ne me fera pas
Signer le Formulaire.
Si par malheur votre courroux ys
Me condamne ou m'exile, Je n'en appellerai qu'à vous, Non au futur concile.
40 Clairambault-Maurepas.