‹ Chansonnier historique du XVIIIe siècle (volume 3)Chapitre 27 sur 147 · LE MARIAGE DU ROI · texte numérisé non relu

LE MARIAGE DU ROI

L'infante est partie, Dieu merci, Disait le Duc au roi Louis 1 ; Mais, sire, il faut être papa.

Alléluia,

Vos sujets nous demandent tous

* I. Le renvoi de l'infante d'Espagne, Anne Victoire, qui devait épouser Louis XV, fut décidé, au mois de mars 1725, par le duc de Bourbon; obéissant en cela à des motifs d'intérêt personnel qui ne furent un secret pour personne.

« On commence à s'apercevoir, dit Marais, que le renvoi de l'infante est un effet de la haine de la maison de Condé contre celle d'Orléans. Le roi a été malade, on a craint, de le perdre ; le duc d'Orléans eût été roi, et M. le Duc eût mal passé son temps. Si le roi garde l'infante, il n'aura d'enfants de sept ou huit ans d'ici ; il peut mourir, la même crainte reviendra ; la branche d'Orléans régnera et celle de Condé sera disgraciée et rejetée bien loin. Il faut donc renvoyer l'infante et marier le roi à quelque princesse de son âge, dont il aura des enfants, et les espérances des Orléans tombent. Voilà comment on a raisonné. Avec ces beaux dehors que la nation approuve M. le Duc a pris son parti et l'a fait prendre au roi, qui, de son côté, n'aime pas l'infante et ne peut la souffrir. » L'infante quitta Versailles le 5 avril, pour retourner à Madrid. . . . .

44 Clairqmbault-Maurepas*

A voir un Dauphin né de vous Et quelle reine on leur donnera 1 .

Si j'osais, je vous offrirais Ma jeune sœur Vermandois 1 Bien mieux qu'une autre elle fera Alléluia.

Par Wissembourg, Londre et Paris L'on cherche une femme à Louis :

1. Le choix de la future reine de France n'était pas sans embarrasser M. le Duc, préoccupé avant tout d'affermir son pouvoir. Il chargea le comte de Morville de dresser une liste générale de toutes les princesses de l'Europe en état d'être mariées : elles étaient quatre-vingtdix-neuf, dont vingt-cinq catholiques, trois anglicanes, treize calvinistes, cinquante-cinq luthériennes, et trois grecques. M. le Duc distingua dix-sept des plus notables, et les signala au roi dans un rapport où les noms étaient accompagnés de quelques annotations sommaires.

2. M. le Duc avait un moment songé à donner au roi sa sœur, M 110 de Vermandois ; il fut détourné de ce projet par M me de Prie qui ne trouva pas la princesse disposée à subir ses conditions. Il fut aussi question de M Me de Sens : « On dit) écrit Barbier, que la politique de M. le Duc va jusqu'à marier le roi à M Ue de Sens, sa sœur. Cette princesse est belle, mais elle a vingt ans et par conséquent trop âgée pour le roi. Peut-être a-t-on imaginé ce mariage sur l'intérêt que M. le Duc y | avait, parce qu'il deviendrait beau-frère du roi, et conserverait par là et sa place de premier ministre, et la supériorité sur le duc d'Orléans pour le crédit et l'autorité. » Mais la marquise de Prie, qui craignait toujours d'élever dans la famille de son amant une rivale de son propre crédit, fit encore avorter ce projet.

Année IJ25. 45

On ne sait pas qui la sera, Alléluia,

Monsieur le Duc est fort fâché De ce qu'on le croit empêché Pour laquelle il entonnera.

Il dit au roi : Prenez ma sœur ; Elle est jolie comme un cœur; Bien mieux qu'une autre elle fera :

Mais le roi n'a rien répondu Par la crainte d'être cocu, D'ailleurs le sang ne convient pas.

Le ministre lui répliqua :

Aimez-vous mieux la Leczinska 1 Que la France n'approuve pas.

1. « Voici une autre reine de France dont on parle : c'est la fille du roi Stanislas de Pologne qui a été détrôné et qui est à Wissembourg. Cette princesse a vingt et un ans ; elle est bien faite et bien élevée ; son père est roi ou l'a été. Il fut élu après que le roi de Suède eut obligé le roi Auguste à renoncer ; mais le roi de Suède ayant été obligé de fuir en Turquie, le roi Auguste est venu en Pologne reprendre sa place, a chassé Stanislas, et c'est sa fille qu'on destine au roi. Il est de la famille des Leczinski, et il n'y a guère eu en France de reine de cette sorte. » {Mém. de Marais.) \

46 Clairambault-Maurepas.

Ou bien plutôt la d'Hanover 1 Dont les parents sont en enfer, Pour qui Rome ne dira pas :

Le roi répondit à Bourbon En lui montrant les deux talons :

Pour moi Fréjus décidera, Alléluia.

1 . a On disait que le roi épousait la princesse Amélie, fille du prince de Galles, fils du roi d'Angleterre et duc de Hanovre. Elle n'a pas encore quatorze ans. » {Journal de Barbier .) Elle figurait avec sa sœur aînée, la princesse Anne, sur le rapport présenté au roi par M. le Duc qui avait formulé à leur endroit les observations suivantes : « Anne, fille du prince de Galles. — 15 ans. — Protestante. Il faudrait demander la conversion de la princesse. Cela pourrait s'obtenir, le duc de Hanovre étant le plus proche héritier. — Cette alliance serait avantageuse et amènerait l'alliance de la Hollande et de la Prusse. — L'Angleterre apaiserait l'Espagne. — On peut objecter : i° les craintes de la catholicité, la princesse restera sans doute protestante au fond du cœur. 2° C'est un obstacle à la protection accordée au chevalier de Saint-Georges. 3° Rome sera indisposée. 4" La reine protégera les protestants et les jansénistes. — Amélie-Sophie-Eléonore, fille du même. — 13 ans. — Mêmes raisons. »

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