L'AVENTURE
DE M. DE MONTEMPUIS*
Question rare et nouvelle Pour les savants de Paris ; Dira-t-on mademoiselle, Ou monsieur de Montempuis ?
Hé ! allons, ma tourlourirette, Hé ! allons, ma tourlourirou.
Malgré la philosophie, Il fut tenté l'autre jour D'aller à la Comédie 8 , Entendre parler d'amour.
1. Chanson nouvelle sur l'aventure facétieuse et véritable du sieur Montempuis, chanoine de Notre-Dame, ci-devant recteur de l'Université, et professeur de philosophie au collège du Plessis, lequel ayant été tenté d'aller à la Comédie, se déguisa en fille, et fut conduit en cet équipage chez le lieutenant de police. Décembre 1726. (M.) — Cette aventure, qui fit grand bruit,' donna naissance à plusieurs pièces satiriques assez peu différentes les unes des autres. Il nous a paru suffisant d'imprimer la plus longue, qui est en même temps la plus spirituelle.
2. « Cet ' homme qui n'avait jamais perdu sa gravité, remarque Barbier, n'avait jamais été au spectacle. Il lui. a pris envie d'aller à la Comédie, mais il a cru être deshonoré d'y être reconnu soit en habit long, soit en manteau
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Il succombe en janséniste A cet attrait séduisant ; Voulez-vous qu'il y résiste ?
Hélas ! il est appelant.
court. 11 a voulu se bien déguiser. » Toutefois, s'il faut en croire Marais, M. de Montempuis fut porté à ce travestissement qui lui devint si funeste par un mobile des moins honorables. Voici en effet ce que nous lisons dans sa Correspondance : « Il était avare, il trouva une occasion d'aller à la Comédie pour rien; on lui donna un billet de vingt sous, mais on se moqua de lui, et on lui dit que c'était un ^billet pour une femme, et qu'il n'avait qu'à se déguiser en femme : ce qu'il fit pour gagner vingt sous ; vous savez le reste. Voilà comme on conte l'histoire, car il n'est point fou, ou il ne l'a été qu'en ce moment. Le chapitre de Paris dit qu'ils l'auraient voulu voir venir le lendemain au chœur en habit d'Arlequin. On dit qu'il volait les bouts de chandelles dans les lanternes en Sorbonne. Tout cela est vilain. » — Et ailleurs, répondant aux réflexions de son ami Bouhier, il ajoute : « Je prédis comme vous à Momus et ses adhérents quelque mauvaise catastrophe ; ils abusent visiblement de la protection qui leur a été donnée contre le ridicule ; il est temps d'y mettre ordre. La chanson contre le Montempuis ne tient pas mal son coin dans la calomnie ; il n'a point été permis de lui donner une aventure avec une fille qui lui donne ses habits et lui son cœur, et encore moins de dire que ses devanciers chez les nonnes les mieux closes entraient en jardiniers. Voilà M. -de Pont- Château bien marqué ; il a été dix ans jardinier à Port- Royal, et est mort en odeur de sainteté. M. Dodart, médecin, lui fit une épitaphe merveilleuse que vous trouverez au Nécrologe de Port-Royal; et quarante ans après sa mort le voilà chanté et déshonoré. Le couplet de l'Université, fille aînée de nos rois, que le recteur a voulu représenter, est une plaisanterie très vraie, et à laquelle on ne pouvait pas résister. On attribue cette chanson au P. Du Cerceau qui la désavoue. » (Corresp. de Marais.)
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De peur, dit-il, de scandale, Faisons tout à petit bruit.
Sévère est notre morale, Mais plus le jour que la nuit.
Il faut que je me déguise Pour n'être point reconnu ; On peut tout faire à sa guise Quand on peut n'être point vu.
De quelque jeune dévote Empruntons le cotillon ; Sous sa coiffe et sa capote J'aurai Fair émerillon.
Une voisine gentille 1 Attife l'ample recteur :
J'ai, dit-il, ma chère fille, Votre habit, et vous mon cœur.
Cette robe est plus légère Que celle du rectorat.
I. L'épisode de la voisine fut inventé à plaisir pour ajouter encore au ridicule de Montempuis. On lit, en effet, dans Barbier : « Il n'a confié son secret à personne. Pour cela, il a trouvé dans un vieux coffre les habits de sa grand'mère, manteau, jupe, écharpe et cornettes très hautes, tandis qu'on les porte très basses. Il s'est affublé de ces habits de femme sans songer à l'extravagance de son habillement par la différence de ceux qui
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Que ne puis-je me défaire De même du diaconat ! —
Ne craignez point de paraître, Lui dit-elle, sous cet habit ; Qui pourrait y reconnaître Un chanoine de Paris ?
En ceci, moi qui vous aime, Je ne trouve point de mal, Pour faire plus tôt carême Avançons le carnaval. —
Il ne fut pas nécessaire De le farder avec art, Les gens de morale austère Ne manquent jamais de fard.
sont d'usage et de mode. » La même assertion se retrouve dans une chanson qui diffère par ce seul détail du texte que nous publions r
Sa gramfmère lui laissa En mourant sa garniture ; Prudemment il la garda Pour si belle conjoncture.
L'habit fait depuis cent ans, Le corset et la ceinture.
Les bracelets et les gants, Le jupon et la chaussure.
Il manquait à ces atours Le galon et la brodure ; Mais jadis, mime a la cour, On n'avait point de dorure.
9$ Clairambault-Maurêpas. '
Dès qu'on vit dans une loge Cette nouvelle beauté, Maints petits maîtres délogent Et volent de son côté *.
Chacun jouait de la prunelle, Tel faisait l'amant transi Et disait : Pourquoi la belle Vous emmitoufler ainsi ?
Venez-vous ici sous cape Rire de tous vos amants ?
Vous allez à cette trape Prendre un tas de soupirants.
Mais la belle accoutumée Aux arguments irlandais 2 , Se trouva déconcertée D'entendre parler français.
Peu faite aux tendres fleurettes Parlant ab hoc et ab hac, Elle fit dans ses cornettes La scène de Pourceaugnac.
1. « Des gens ont trouvé cette figure extraordinaire, ont descendu au parterre, en ont averti d'autres; enfin on a regardé mon homme, et les gens du parterre ont fait un tapage de tous les diables, suivant la louable coutume quand quelque chose déplaît au parterre. » (Journal de Barbier.)