‹ Chansonnier historique du XVIIIe siècle (volume 4)Chapitre 16 sur 128 · ET LA DUCHESSE DE BERRY · texte numérisé non relu

ET LA DUCHESSE DE BERRY

Ce n'est pas le fils, c'est le père *, C'est la fille et non pas la mère*, A cela près tout est au mieux,

quement au Luxembourg. Elle manifesta plusieurs fois l'intention de l'épouser, mais le Régent s'y opposa formellement. Il est permis de croire, toutefois, qu'elle s'était unie à lui par un mariage secret ; c'est du moins ce qu'affirme Madame, dans sa Correspondance.

1. Cette épigramme est de Voltaire, qui la composa avant l'accouchement de la duchesse de Berry. Le satirique se montra mauvais prophète, et l'enfant qu'il baptisait prématurément du nom àtÉtêocle fut une fille.

2. Saint-Simon repousse les imputations odieuses fondées sur l'affection du Régent pour sa fille : « Le monde, dit-il, s'était noirci de fort bonne heure d'une amitié de père qui, sans les malheureuses circonstances de cabales

Année 1716. 39

Ils ont déjà fait Étéocle,

Et s'il vient à perdre les yeux l ,

Cest le vrai sujet de Sophocle*.

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Déjà votre esprit est guéri *

Des craintes du vulgaire, Grande duchesse de Berry,

Consommez le mystère; Un nouveau Loth vous sert d'époux,

Reine des Moabites :

Faites bientôt sortir de vous

Un peuple d'Ammonites.

enragées, n'aurait jamais été ramassée de personne. L'assiduité d'un père malheureusement né désœuvré, et dont l'amitié naturelle et de tout temps trouvait de l'amusement dans l'esprit et la conversation de sa fille, donna beau jeu aux langues de Satan. »

1. Le régent était borgne et voyait assez mal de l'œil qui lui restait ; on craignait qu'il ne perdît complètement la vue.

2. Le sujet de X Œdipe roi, que Voltaire devait bientôt reprendre dans sa tragédie dHŒdipe (1718).

3. On accusa encore Arouet d'être l'auteur de cette épigramme; il s'en défendit par la suivante, qui ne valait guère mieux. C'est alors que le Régent se décida à sévir et l'exila ; châtiment bien léger pour les méfaits dont on le supposait coupable. Peu après, la satire sur les Maux de la fin du règiu de Louis XIV (Cf. tome I, p. 1), qui courait sous le nom du poète, fournit un prétexte légitime pour l'emprisonner à la Bastille; mais il est évident que les épigrammes ci-dessus furent le véritable motif de sa détention. Pour en finir avec la malignité du jeune Arouet,

40 Clairambault-Maurepas.

Non, Monseigneur, en vérité, Ma muse n'a jamais chanté Ammonites ni Moabites :

Brancas l vous répondra de moi ; Un rimeur sorti des jésuites, Des peuples de l'ancienne loi, Ne connaît que les Sodomites.

nous transcrirons ici une épigramme latine qui forme le digne pendant des précédentes, et qui lui est aussi attribuée :

Régnante puero,

Veneno et incestis famoso

Administrante ; Jgnaris et instabilibus consiliis t

Instabiliori religione,

JErario exhausto,

Violata fide publica Injustitia furore triomphante, Generalis imminente seditionis Periculo,

Iniqtue hereditatis Spei cor on te, patria sacrificata

Gai lia mox peritura.

I. Un des favoris du Régent, surnommé la caillette gaie. « Ce duc, d'une figure fort jolie, grand ami du. Régent et de toutes ses parties, s'était retiré à l'abbaye du Bec, pour y passer le reste de ses jours dans la dévotion, après avoir vécu dans le monde en homme fort dissipé. Le voilà donc tout à coup dévot, et écrivant de sa sainte retraite à M. le duc d'Orléans, pour l'engager à l'imiter. Celui-ci ne lui fit d'autre réponse que ces deux vers d'une chanson de Chaulieu, qu'il inscrivit au bas de lajettre du duc :

Reviens, Philis, en faveur de tes charmes Je ferai grâce à ta légèreté.

(Mémoires du marquis d'Argenson.J

Année iji6. 41

Ne parlons plus de pénitence, Ni de vertu, ni de prudence; Livrons-nous à tous les plaisirs :

Les jeux, les ris, l'amour, le vin, la danse, Sous la régence sont permis ; Imitons l'aimable Cypris 1 , Son père aura toute indulgence.

Quel plaisir d'avoir à mon âge

Joui de tous les bergers du village;

C'est pur abus que la constance,

Les derniers venus sont ceux qui dansent.

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