CHANSONS LÉGÈRES
C'est Cupidon qui m'inspire 1 ; Tendres cœurs, accourez tous; Jamais l'amoureuse lyre Ne rendit des sons si doux Pour un lanla.
Iris, voici de la Fable Tous les mystères secrets :
Ce carquois si redoutable, D'où l'Amour tire ses traits, C'est un lanla.
Ces bois, ces eaux, ce rivage IfAmathonte et de Paphos,
I. Par M. le grand prieur de Vendôme, à une fête qu'il donna à M. le duc d'Orléans, à sa maison de Clichy, avec M me de la Vieuville. (M.) — Philippe de Vendôme, (1655-1727), grand prieur de France, était le frère du célèbre général qui assura par ses victoires la couronne d'Espagne au duc d'Anjou. Après avoir servi quelque temps avec bravoure, il fut disgracié pour sa mauvaise conduite à la bataille de Cassano. Louis XIV mort, il revint à Paris et vécut au Temple, dont il fit le théâtre de honteuses débauches. Il avait un esprit cultivé et beaucoup de goût pour les lettres, mais « c'était, en tout, la plus vile, la plus méprisable et en même temps la plus dangereuse créature qu'il fût possible ».
Année 1716. 107
Où chaque jour font naufrage Les sages et les héros, C'est un lanla.
Ce beau temple.de Cythère, Qu'encensent même les dieux, N'est de marbre, ni de pierre, Il est bien plus précieux, C'est un lanla.
De Troie réduite en cendre, Quelle fut la cause ? hélas !
C'est que Paris 1 alla prendre A ce bon roi Ménélas Un beau lanla.
Diane trop inhumaine Voulut punir Actéon 1 , Pour avoir, dans la fontaine, Vu de trop près, ce dit-on, Son beau lanla.
1. Paris, fils de Priam, roi de la Troade, avait enlevé Hélène, femme de son hôte Ménélas, roi de Sparte. Les Grecs conjurés pour châtier le ravisseur allèrent assiéger la ville de Troie et la détruisirent après dix ans de luttes.
2. La Fable raconte qu'Actéon fut conduit par les hasards de la chasse près de la fontaine de Parthénie, où Diane se baignait. Irritée d'avoir été surprise, la déesse métamorphosa en cerf l'infortuné chasseur, qui fut dévoré par ses chiens.
108 Clairambault-Maurepas.
Ovide, loin d'Italie, Alla finir son destin, Pour avoir su de Julie l Dérober un beau matin Le beau lanla.
Connaissez-vous cette flèche Dont se sert l'Amour vainqueur, Quand il veut faire une brèche Dans un jeune et tendre cœur?
C'est un lanla.
Vénus, divine, adorable, N'eût point remporté le prix, Si cette déesse aimable N'eût fait tâter à Paris * Dé son lanla.
Jadis, sous mainte figure, L'on vit descendre les dieux.
Ces maîtres' de la nature, Tous les jours quittaient les cieux Pour un lanla.
1. Il est possible que l'amour de la petite-fille d'Auguste pour Ovide ait causé l'exil du poète ; mais l'histoire ne nous a transmis sur ce fait aucune indication précise.
2. Junon, Minerve et Vénus se disputaient la pomme d'or que- la Discorde avait offerte à la plus belle des trois déesses. Paris fut choisi par Jupiter pour arbitre du différend, et il attribua à Vénus le prix de la beauté.
Année iji6. 109
Les Jeux, les Ris et les Grâces, Vous accompagnent, Iris, L'amour marche sur vos traces, Et pour son trône il a pris Votre lanla.
Mais peut-on se satisfaire Toujours de la fausseté ?
Quittons la fable, bergère Goûtons la réalité De nos lanla.
Beaux lieux, si dignes de plaire, C'est sous vos ombrages verts Qu'enchanté de ma bergère J'oubliai tout l'univers Pour son lanla.
Charmante Monasterolle i , Oui, je suis au désespoir, Ma faiblesse me désole,
1. Veuve de La Chétardie, gouverneur de Béfort. «Elle était faite à peindre, et grande, dit Saint-Simon, fort belle, sans esprit, mais très galante et fort décriée, grande dépensière et fort impérieuse ; elle subjugua Monasterol qui fit la folié de l'épouser, et qui fut après bien honteux de le déclarer. » Monasterol était envoyé de l'électeur de Bavière auprès de Louis XIV.
no Clairambault-Maurepas.
J'ai touché, sans m* émouvoir, Votre lanla.
Vainement j'ai su vous plaire, Vous n'avez point résisté, Vous m'avez laissé tout foire; Mais, par malheur, j'ai raté Votre lanla.
Chez moi, Priape inutile, Manquant dans l'occasion, Amolli, plissé, débile, Resta dans l'inaction Pour ton lanla.
Belle, puisque c'est un lâche, Je consens qu'il soit coupé, Ou que votre main l'arrache ; Vengez- vous ; il a trompé Votre lanla.
Mais, ô beauté peu sévère, Vous révoquez cet arrêt, Contre ma juste colère , Quoi ! vous prenez l'intérêt De mon lanla.
Si vous voulez que je garde, Ce malheureux tout perclus, Sur vous encore s'il se darde,
Année iji6. in
Non, il ne trompera plus Votre lanla.
L'esprit ayant par avance Goûté les plaisirs du corps, Votre charmante présence N'a pu mouvoir les ressorts De mon lanla.
Par les désirs épuisée , Mon imagination, Pour aujourd'hui presque usée, Ne fournirait rien de bon A mon lanla.
Mais, certain de sa conquête, Vous le reverrez dans peu, Fier, enflé, levant la tête, Inonder et mettre en feu Votre lanla.
Cesse de t'en faire accroire Pour quelque éclat de beauté, Cursay ; l'on est rebuté Par ta marche et par ton goître ; Et pour les secrets appas, Si Rothelin * l'on doit croire,
i. Le chevalier de Rothelin, colonel du régiment d'Artois.
H2 Clairambault-Maurepas.
Et pour les secrets appas, Il les faut chercher bien bas.
Avec ce goitre effroyable, Cet air plat et déhanché, Un esprit sot et bouché, Crois-tu que Ton soit aimable ?
Cursay, des secrets appas , Si de la Carte 1 en est croyable, Le chemin est large et bas.
Nous pouvons, sans médisance, Rire un peu de la Poncet *, De son précieux caquet, De son air de suffisance; Elle a beau peindre son teint, Il ne prêche qu'abstinence; Tout son barbouillage est vain.
Il faut que la Flamanville 8 Ait place dans nos chansons,
i. Gendre du duc de la Ferté, dont il prit les armes et le nom avec le titre de marquis.
2. Pierre Poncet, seigneur de la Rivière, président de la cinquième chambre des enquêtes, avait épousé ( 1699) Jeanne Severt, fille d'un secrétaire du roi près le parlement.
3. Médisante et dont le visage est souvent couvert de gale. Elle a eu pour amant un Espagnol. (M.) Le marquis de Flamanville, lieutenant général, avait épousé (1690) 1* fille du premier président de la Cour des aides.
Année iji6. 113
Ses mines et ses façons Enchantent toute la ville.
Malgré sa gale au menton, Elle a dompté la Castille.
Elle a fait rage du c...
Laissons en paix la Fontaine i , Respectons ses cheveux gris, Quoiqu'elle offre ses débris A qui veut prendre la peine.
Le seul commandeur charmé 2 De cette Samaritaine, Gratte le gris pommelé.
De ces chansons qu'on publie,
Cessez de craindre les traits,
La Motte ; avec tant d'attraits
On peut braver leur folie.
Vos yeux, ces puissants vainqueurs,
Charmeraient même l'envie.
Vos yeux, ces tendres vainqueurs,
Disposent de tous les cœurs.
Si tu veux, muse chagrine, De ta satirique ardeur, Voir éteindre la fureur,
1. M me de la Fontaine-Martel, femme du premier écuyer de la duchesse d'Orléans.