CONSEILLERS DU RÉGENT
Cesse, France, de t'alarmer, Reprends tes espérances,
Et ne songe plus qu'à sauter.
Qu'à recorder tes danses;
t. Le grave Dangeau, qui n'allait pas au bal de l'Opéra, n'a eu garde cependant de l'oublier dans son Journai, car cette innovation avait pris les proportions d'un événement. « Les bals commencèrent le soir dans la salle de l'Opéra; ce spectacle, à ce qu'on dit, est beau. Il y a fort grand ordre, et la salle est éclairée magnifiquement; on n'y entre que masqué, sans épée et sans bâton. — Le bat qui commença hier avant minuit finit à quatre heures du matin, et tous les gens qui y ont été en sont revenus très contents. Le seul défaut qu'on y a trouvé, c'est qu'il n'y avait pas assez de monde pour une si grande salle; mais
Année iyiô.
Noailles 1 , par sauts et par bonds, La faridondaine la faridondon, Fit merveille au bal de jeudi 2 , biribi, A la façon de Barbari, mon ami.
Bien gravement il y entra 3 D'un air de bienséance,
Puis tout d'un coup il s'engagea Dans une contredanse,
Il y fit le petit Balon 4 ,
Il en a remporté le prix.
Poursuis, prince, soutiens ton choix, Tu as fait bonne emplette,
De trois honorables bourgeois, Gens de bonne défaite,
le spectacle a été trouvé si beau qu'on ne doute pas qu'il n'en vienne beaucoup plus dans la suite. » (2 et 3 janvier 1716.)
1. Adrien Maurice, duc de Noailles , maréchal de France (1678- 1766). Le Régent l'avait nommé président du conseil des finances, dont Villeroy était le chef.
2. Le bal de l'Opéra du 2 janvier 1716. «La proximité de l'appartement du Régent, dit à ce sujet Duclos, fit qu'il s'y montra souvent, en sortant de souper, dans un état peu convenable à l'administrateur du royaume. Dès le premier bal, le conseiller d'État Rouillé y vint ivre, parce que c'était son goût et son usage; et le duc de Noailles dans le même état, pour faire sa cour. »
3. Il avait le pied dans les vignes aussi bien que beaucoup d'autres qui venaient dé souper chez M. d' Antin. (M.)