COMPLIMENTS A LOUIS XV
Enfin c'est aujourd'hui que mon prince a sept ans 1 ! A cette époque les enfants Mettent la raison en usage.
Mais quel bonheur ! depuis longtemps
des aides (1700), puis avocat général au parlement (1705). 11 fut le premier magistrat qui eut l'idée d'étudier les anciens registres du parlement et d'y puiser d'utiles renseignements pour les questions de droit, de pratique judiciaire et d'histoire.
I. Compliment du Houzard à Louis XV. (M.) Ce petit Houzard était le fils d'un pauvre habitant de Versailles
Année 1717. 189
Louis a prévenu cet âge; Pieux, sage, appliqué, docile, studieux, Pénétrant, à chacun affable 1 , gracieux.
A sept ans ! O l'heureux présage Que le nombre de sept est pour lui nombre heureux. Dans la religion comme dans la nature, Ce nombre fut toujours d'un excellent augure.
Dieu créa le monde en six jours,
Le septième, il cessa l'ouvrage; Par sept branches le Nil termine tous ses tours ;
Le monde est dans son septième âge ;
La terre produit sept métaux;
Nous comptons au ciel sept planètes ;
qui avait été élevé avec le roi et le réjouissait par son esprit. Le 15 février 1717, Louis XV" entra dans sa septième année, et c'est à cette occasion que fut fait le compliment : « Le roi fut assez gai le matin (du 15 fév.) en se levant, dit Dangeau, mais quand M. le duc d'Orléans fut arrivé chez lui, et que M œe de Ventadour lui dit qu'elle remettait le précieux dépôt qui lui avait été confié et baisa la main au roi en prenant congé de lui, il se jeta à son col et l'embrassa tendrement en fondant en larmes. M me de Ventadour lui dit : « Mais, Sire, . il faut écouter la raison. — Ah ! maman, lui dit-il, je ne reconnais plus de raison quand il faut m'^loigner et me séparer de vous. » M. le duc d'Orléans donna de grandes louanges à M"" de Ventadour, la remercia de tous les soins qu'elle avait pris du roi, et puis il remit le roi entre les mains de M. le maréchal de Villeroy son gouverneur. »
I. Ceci n'est pas absolument exact, s'il faut en croire les renseignements fournis par la Vie privée de Louis XV. « Le jeune roi, remarque l'auteur, montrait dès ce tempslà ce penchant à dire des vérités désagréables à ceux qui l'approchaient ; franchise que dans la société, entre' égaux, on appellerait impolitesse, malhonnêteté, mais qui de la
ipo Clairambault-Maurepas.
Saint Jean nous a parlé de sept sceaux, Sept églises et sept trompettes.
Le Seigneur a prescrit, tant aux peuples qu'aux rois, De pardonner septante fois sept fois ; Sept vertus, trois théologales Et quatre cardinales, Sont des présents qui nous viennent des cieux. Ce nombre est saint, il est mystérieux.
Sept épis pleins, sept vaches grasses Parurent en dormant aux yeux de Pharaon; David, sept fois par jour, faisait son oraison. Le Seigneur a donné pour sources de ses grâces
A TÉglise sept sacrements; Sept dons du Saint-Esprit sont autant de présents Qui, pour nous rendre saints, sont puissants, efficaces ; Des sept articles du Pater Vous me donnez, sire, le quatrième ; Que Votre Majesté veuille me l'assurer, Dieu lui donnera le septième.
part d'un maître est dureté, barbarie. Le trait suivant pourrait ne passer que pour une naïveté de l'enfance, si dans la suite on n'eût reconnu qu'il tenait de son caractère. On présentait au jeune roi M. de Coislin, évêque de Metz, d'une figure peu revenante. Le voyant, il s'écria devant lui: Ah! mon Dieu, qu'il est laid/ Cette fois le prélat lui fit la leçon lui-même. Il se retourne et s'en va en disant, avec une liberté non moins grande : Voilà un petit garçon bien mal appris ! » Toutefois les éloges exagérés du poète paraissent naturels, si l'on songe à l'amour enthousiaste et à l'admiration naïve que le peuple de Paris éprouvait pour le petit roi, ce dernier rejeton de la famille des Bourbons, miraculeusement conservé par la Providence.
Année IJIJ.
Le septénaire est donc un nombre heureux *.
Puisqu'aujourd'hui Louis atteint cet âge, Je ne serais reconnaissant ni sage
Si je manquais pour lui de faire à Dieu des vœux.
Sire, pendant sept ans une grande duchesse 2
Vous a donné ses soins, ses veilles, sa tendresse ;
Aujourd'hui Villeroy, comme Joïada 8 ,
Par des conseils pleins de sagesse,
Du Joas de nos jours formera la jeunesse
A régir saintement le trône de Juda.
Fasse le ciel qu'après le cours de sept années,
Grand roi, vous méditiez encore aussi longtemps
1. Cette accumulation de preuves historiques, bibliques et théologiques en faveur du nombre sept est un chefd'œuvre d'érudition indigeste et déplacée.
2. La duchesse de Ventadour, qui était une demoiselle de La Motte-Houdancourt. Elle avait vécu longtemps séparée de son époux, homme contrefait et fort laid. En s'occupant de son époux, les satiriques ne l'oublièrent pas dans leurs chansons :
Sa femme par prudence L'a quitté depuis vingt ans, N'a souffert pas trop longtemps Son importune présence ; Je n'en dirai pas le nom :
Elle a soin des fils de France.
Saint-Simon donne à entendre qu'elle n'était pas à l'abri de tout reproche: « Son plus que très intime ami dès leur jeunesse, le maréchal de Villeroy, l'avait servie auprès de M me de Maintenon, qui par raison de ressemblance, aimait bien mieux les repenties, que celles qui n'avaient pas fait de quoi se repentir. »
3. C'est le nom biblique de la femme du grand-prêtre Joad ; Racine l'a appelée Josabeth.
ij>2 Clairambault-Maurepas.
Ses conseils sages et prudents i , Et que par vos bienfaits on compte vos journées ; Qu'après avoir vécu quatorze fois sept ans, Victorieux de vous, des conquérants,
Dieu couronne vos destinées.