‹ Chansonnier historique du XVIIIe siècle (volume 4)Chapitre 8 sur 128 · AU RÉGENT · texte numérisé non relu

AU RÉGENT

Plein d'ignorance et de misères *, Pourquoi, mortel audacieux, Veux-tu sur les profonds mystères Porter un œil trop curieux?

Toi pour qui toute la nature

i. Cette ode fort belle est probablement l'œuvre de quelque disciple de Port-Royal que les illustres solitaires n'auraient certes pas désavouée. On y trouve une éloquente exposition de la théorie de Jansénius sur la grâce. Pour

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Ne paraît qu'une énigme pure, Tu sondes les divins décrets, Tu crois que ton faible génie De l'intelligence infinie Pourra pénétrer les secrets.

Crains ces ténèbres respectables Où Dieu cache sa majesté; De ses desseins impénétrables Qui peut percer l'obscurité ?

Mesure la vaste étendue De ces globes qu'offre à la vue Un ciel serein et lumineux; Mais arrête ici ton audace, Tu ne peux voir que la surface De ce théâtre merveilleux.

Où t'emporte l'ardeur extrême De tout comprendre et de tout voir ?

Tu ne te connais pas toi-même, L'esprit échappe à ton pouvoir, Et ta misère impétueuse,

a^ P^^ndre le développement poétique de l'auteur, il est

^^ s ^-îre d'avoir présent à la pensée le principe fonda-

r^ ^"* de cette théorie. Le voici résumé en peu de mots :

-Q^^P^is le péché originel , le libre arbitre n'existe plus

ur **iomme; toutes ses bonnes œuvres sont un don

n » e ^ XXi ^nt gratuit de Dieu, et la prédestination des élus

c jj *ïu'un effet de la volonté divine. » C'était à peu de

^ . près la reproduction du dogme prêché par Calvin ,

l ^ c le auparavant.

14 Clairambault-Maurepas.

De la grâce victorieuse, Veut pénétrer la profondeur.

Paul 1 , tout rempli de ses lumières, Nous découvrit la manière Dont elle agit sur notre cœur.

Je sens en moi que la nature Veut établir ma liberté, Elle se plaint, elle murmure Quand le pouvoir m'est disputé. .

Mais si j'interroge mon âme, Comment cette céleste flamme La fait agir, la fait mouvoir»

Je crains que cette âme humaine i Ne donne à. la puissance humaine Ce qui vient du divin pouvoir.

Surpris de l'intervalle immense

Qu'on met de l'homme au Créateur,

Si je n'admets pas de puissance

Qui concoure avec son auteur,

Ce n'est plus pour moi qu'un vain titre

Que le franc et libre arbitre,

Que ma raison osait vanter;

Je ne comprends plus de justice

Qui récompense, qui punisse

Ce qui ne peut rien mériter.

i. Les jansénistes citaient à l'appui de leur doctrine divers passages de XÉpttre de saint Paul aux Romains.

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Ainsi mon âme est suspendue Entre ces sentiments divers.

Partout où je porte la vue Je vois des abîmes ouverts. Pour me garantir du naufrage, Je n'ose quitter le rivage :

La crainte assure mon repos.

Combien sur cette mer profonde, Flottant à la merci de Tonde, Se perdent au milieu des flots ?

De tant de disputes fameuses Où nous embarque notre orgueil, Fuyons les routes dangereuses; L'homme à lui-même est un écueil.

Dans ce petit monde sensible Cest un dédale imperceptible Dont nous ignorons les détours.

La foi de notre sort décide, Elle tient le fil qui nous guide ; Sans elle nous errons toujours.

Heureux les coeurs simples, dociles,

Qui, sans raisonner sur la loi,

Respectant nos saints conciles,

Le sacré dépôt de la foi,

Ne franchissent pas la barrière

Que le port de la lumière

Met aux vains efforts de l'esprit.

A quoi nos soins doivent-ils tendre ?

Clairambault-Maurepas.

C'est à pratiquer, à comprendre Ce que le ciel nous a prescrit.

Laissons la sagesse éternelle Disposer des cœurs à son gré ; Il suffit à l'homme fidèle Que par lui Dieu soit adoré.

Qu'importe à ces docteurs habiles Que par des raisons trop subtiles Un système soit combattu ?

Que produit leur vaine science, Si Dieu ne met dans la balance Que Tignorance et la vertu ?

Ces jeux de mots et de paroles Scandalisent tout bon chrétien, Disputes d'autant plus frivoles Qu'au salut elles ne sont rien.

Pourquoi troubler- la conscience D'un chrétien que l'humble ignorance De tout orgueil a préservé ?

Et qu'a-t-il besoin de connaître Par quelle grâce il est sauvé, Si Dieu lui fait celle de l'être?

Année iji6. \j

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