‹ Chansonnier historique du XVIIIe siècle (volume 4)Chapitre 98 sur 128 · CAMPAGNE DE MONTESQUIOU · texte numérisé non relu

CAMPAGNE DE MONTESQUIOU

Ah ! la belle campagne Que fait Montesquiou ?

Il part pour la Bretagne 2 , Suivi de ses Poiloux, Il arrive aux États précédé de ses gardes, Gare, messieurs les Bretons !

Don don, Voici votre Attila,

La la.

Du gascon Dieu vous garde !

1. Pierre, comte d'Artagnan (1645-1725), l'un des plus vaillants soldats du règne de Louis XIV, fut créé maréchal de France après la bataille de Malplaquet, et prit alors le nom de Montesquiou.

2. « On avait fort travaillé à révolter la Bretagne en l'irritant et en la flattant sur ses anciens privilèges et sur les clauses de son contrat d'union à la couronne. La vérité est que la conduite du maréchal de Montesquiou, qui y tenait les États, avait contribué au même dessein ; le projet et l'exécution de la fameuse affaire de Denain, qui releva nos armes au plus rapide de leur déroute, avait montré qu'il était digne de commander les armées ; mais nourri dans le bas toute sa vie, il ne sut vivre ni avec les Bretons, ni encore moins les gouverner. Il reçut toute la noblesse venue au-devant de lui à cheval, dans sa chaise de poste,

266 Cl air ambault- Maure-pas.

Entrant dans la séance, D'un pas majestueux :

« Il faut votre finance , C'est le vouloir des dieux.

— Accordez-nous du temps et soyez plus traitable. Nous boirons sur ce ton ; On vous l'accordera, Mais surtout longue table.

— Vous aurez longue table. — Mais il faut de l'argent; Je serai peu traitable, Si je ne l'ai comptant ; J'ai lettres de cachet pour qui sera rebelle, De plus un mousqueton,

Don, don, Qui jamais ne rata,

La la.

Si l'histoire est fidèle. »

sans en descendre que dans son logis ; et environné d'elle pour aller de chez lui aux États, il la laissait à pied et se faisait porter en chaise. Ces procédés l'aliénèrent au point de le laisser seul et de chercher à le traverser en tout. » (SAINT-SlMON, Notes sur Dangeau) — Les États refusèrent le don gratuit, qu'ils avaient coutume de voter par acclamation depuis 1672, bien qu'on l'eût diminué d'un million. On fit marcher contre eux dix-huit escadrons, et comme ils persistaient dans leur refus, le maréchal prononça leur séparation.

Année ijl'j. 267

Par un ordre exprès de son prince,

Certain gouverneur de province

Allait y tenir les États.

On sait que, dans cette occurrence, Pour la première fois on paye leur présence

D'environ cinq mille ducats.

On les lui présenta. « Nous voudrions mieux faire,

Dit l'orateur;

C'est notre présent ordinaire, Tel que nous l'avons fait au dernier gouverneur,

Qui, comme vous savez, seigneur,

Était le bon duc de Vendôme 1 ,

Grand capitaine et galant homme.

Lequel, sans l'accepter, sensible à nos malheurs,

Daigna nous combler de faveurs.

— Messieurs, dit le matois, n'est-ce pas une fable, En serrant son argent dans son avide main ?

— Point, repart l'orateur, ce fait est très certain.

— Je le croîs ; mais ce prince était inimitable. >

1. César, duc de Vendôme, fils aîné de Henri IV et de Gabrielle d'Estrées, avait été créé gouverneur de Bretagne en 1598; le duc de Mercceur, dont il épousait la fille, se démit de ses fonctions en sa faveur. — Montesquiou avait eu pour prédécesseur immédiat le maréchal de Châteaurenaud.

268 Clairambault-Maur'epas.

ÉPIGRAMMES

SUR LE RÉGENT

Vous savez soutenir le poids de la Régence Avec gloire, grandeur, esprit, raison, prudence ; Au repos de l'État le vôtre est immolé : De soins et de travaux l'on vous voit accablé ;

Vous êtes l'appui de la France.

Sans faire ici pour vous mille vœux empressés,

Prince, vivez, et c'est assez.

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César fut moins vaillant, Titus moins débonnaire Que l'auguste héros dont j'ébauche les traits ; Il est dans les combats notre dieu tutélaire, Et notre père dans la paix.

Par tes soins la France respire, Tu tiens les rênes de l'empire ; Tout autre aurait pu s'effrayer; Mais, prince, grâce à tes lumières,

Année 17 17. 269

Te voyant si bien quartayer, Nous ne craignons plus les ornières.

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Aveuglé par les soins des fades courtisans, Jusques ici Philippe a trouvé maint obstacle, A suivre de son cœur les désirs bienfaisants. Un oculiste enfin, nous prépare un miracle 1 . Toi dont la main hardie, étalant ton savoir, Inspire en même temps la crainte et l'espérance, Ne manque pas ton coup, achève, fais-lui voir Tous les maux qu'il a faits, en deux ans de régence.

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