‹ Chansonnier historique du XVIIIe siècle (volume 5)Chapitre 48 sur 76 · DÉBUTS DE LA RÉGENCE · texte numérisé non relu

DÉBUTS DE LA RÉGENCE

Or te voici donc ici ?

Vraiment, ma commère, oui.

Tout va-t-il bien, ma commère ?

Vraiment, ma commère, i'oire, t

Vraiment, ma commère, oui.

Sais-tu qu'on vient d'établir* Six conseils : un pour la guerre ;

I. Le Régent, pour s'entourer des lumières de la discussion , remplaça les secrétaires d'État par six conseils : un conseil de conscience, un conseil des affaires étrangères, un conseil de guerre, un conseil de marine, un conseil de finances et im conseil pour les affaires du dedans

Année lyiS. m

Un pour la finance et puis Un pour aflEaires étrangères.

Un gros lourdaud est banni*, C'est Pontchartrain sans mystère.

Le Desmarets Test aussi*; Le Voisin loin n'ira guères.

Que faut-il faire à Bercy ?

Le chasser à coups d'étrivières '.

du royaume. Mais il les supprima plus tard, et revint au qrstème de Louis XIV.

1. « Ponchartrain, dît Saint-Simon, dans ses Notes sur Dangeau, infatigable aux affronts, se tenait cramponné aux restes stériles, oisifs et muets de son ancienne place, et ne songeait qu'à s'y maintenir comme que ce fût. Il n'avait de fonctions que celle de moucher les bougies au conseil de régence, et cela s'était tourné en coutume de sa part, et en dérision sans contrainte de la part de tout ce qui y assistait. Chacun admirait un si triste personnage et son insensibilité ; chacun le souhaitait chassé. » Il fallut un ordre exprès du Régent pour l'amener à se démettre de sa charge de secrétaire d'État.

2. « Desmarets fut le seul des ministres du feu roi congédié alors par une courte lettre que M. le duc d'Orléans lui écrivit. Il tomba dans une surprise incroj^ble. Sa suffisance extrême lui avait persuadé qu'il était impossible de se passer de lui à la tête des finances. » (Saint-Simon.) Il est bon d'ajouter qu'il obtint du Régent une gratification de trois cent cinquante mille livres ; mais sa chute fit perdre la raison à sa fenune.

3. Le vœu public ne tarda pas à recevoir satisfaction, ainsi que Dangeau nous l'apprend dans son Journal, « M. de Bercy, gendre de M. Desmarets et qui était intendant des finances^ a reçu ordre par M. de La Vrillière

112 Clairambault-Maurepas,

J'allons vivre sans souci,

Et nous aurons de i^uoi boire.

Proscrira-t-on Jouvency * Et Le Tellier son confrère ?

Nous gardera-t-on Bissy?

Il nous donnera la foire *.

Hardouin sera flétri'

Comme aux droits des rois contraire.

de s'en aller pour quelque temps à ses terres de Normandie. On l'accuse d'avoir eu la nuit des rendez-vous avec des gens d'affaires pour travailler de concert avec eux afin d'empêcher la circulation de l'argent. »

1. Le P. Jouvency (1643-1719). Jésuite et humaniste distingué, il professa la rhétorique au collège Louis-le-Grand et publia d'excellentes éditions des classiques latins. Il composa aussi une histoire de la Compagnie de Jésus, qui fut supprimée par arrêt du Parlement. Dans ce livre il établissait, au dire de Saint-Simon, « la supériorité du pape sur le temporel des rois, son droit d'absoudre leurs sujets du serment de fidélité , de les déposer et de disposer de leur couronne, enfin le principe passé chez eux en dogme qu'il est permis de tuer les t3n"ans, c'est-à-dire les rois qui incommodent ».

2. Le cardinal de Bissy était abbé de Saint-Germain des Prés, et c'est sur les terrains de l'abbaye qu'avait lieu, du 3 février au dimanche des Rameaux, la fameuse foire de Saint-Germain, qui attirait ime foule énorme de curieux. Dans l'enceinte de la foire se trouvaient plusieurs petits théâtres que l'abbé louait à des troupes de bateleurs et de comédiens ambulants.

3. Il a répandu dans l'édition nouvelle des Conciles plusieurs choses contraires aux droits de la couronne et aux maximes et usages de l'Eglise gallicane. (M.) — Jean

Année ijiS. 113

Où placer tout le parti ?

Dedans la Salpêtrière * .

Plus de jésuites à Paris, Et j'irons à TOratoire*,

Vite, allons de ce pas-ci Voir le Régent, ce bon père ;

Sa famille réjouit

Tout Paris qui la révère.

Aimes-tu le bon Louis Et son aimable vicaire ?

Hardouin, jésuite (1646-1729), fut plus célèbre par ses paradoxes que par ses nombreux travaux d'érudition. Selon lui, les ouvrages sacrés et profanes de l'antiquité, forgés par des moines du xiii" siècle, n'étaient que des allégories chrétiennes; et, dans sa Collection des conciles (12 vol. in-fol., 1715), il soutenait que tous les conciles antérieurs à celui de Trente étaient purement chimériques. Un arrêt du Parlement supprima cet ouvrage, qui avait été imprimé aux frais du roi et avait valu une pension à son auteur.

1. L'hospice de la Salpêtrière, l'un des plus beaux de l'Europe, élevé par Libéral Bruant, fut ouvert par Louis XIV aux pauvres mendiants de la ville et des faubourgs de Paris, le 7 uiai 1657. Au centre de l'hôpital était placée une maison de force, spécialement réservée aux femmes.

2. L'Oratoire était une congrégation de prêtres séculiers, instituée par Pierre de Bérulle. On soupçonnait , non sans raison, les oratoriens d'adhérer aux doctrines jansénistes; le P. Quesnel, contre qui fut lancée la bulle Unigenitus, avait fait partie de leur ordre.

114 Clairamhault^Maurepas,

Que diront de tout ceci

Les quarante et le saint-père ?

Que Noailles soit béni !

Belle sera son histoire.

La Régence, Dieu merci, Sera digne de mémoire.

Prions bien Dieu qu'aujourd'hui Vraiment, ma commère, oui ; Rien ne ternisse sa gloire.

Vraiment, ma commère, voire.

Vraiment, ma commère, oui.

Le grand duc et régent, Son épouse et sa maman.

Vivat, vivat.

Le Villars* à présent Va contenter tous les gens De guerre.

I. Claude -Louis -Hector, duc de Villars (1653-1734), le dernier et l'un des plus célèbres généraux du règne de Louis XIV , après avoir dompté les protestants des Cévennes, sauva la France en 171 2 par la victoire de Denain. Louis XIV l'avait créé maréchsd de France en 1702, et pair en 1709 ; le Régent le nomma en 17 16 président du conseil de guerre et membre du conseil de régence.

Année l'jiS. 115

Villeroi * songe à nous , Nous n'avons tous pas un sou En bourse.

Si j'étais Desmarets A chaque instant je craindrais La corde.

Bourvalais et Bercy Sont tous aussi bien que lui Pendables.

Et Voisin risque bien D'être dans peu de temps rien Qui vaille.

Chancelier chancelant Chancelleras-tu longtemps*?

Justice I

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1. François de Neufville, duc de Villeroy (1644-1730), dut son rapide avancement un peu à sa bravoure et beaucoup à la faveur du roi et de M™* de Maintenon. Maréchal de France dès 1693 , il n'essuya que des revers dans toutes les expéditions dont il fut chargé. A la mort de Louis XIV il se concilia le Régent par ses intrigues et fut nommé conseiller de régence et chef du conseil des finances ; le testament du feu roi l'instituait en outre gouverneur de Louis XV. Jamais homme plus incapable ne se vit honoré de fonctions plus importantes.

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