Chansonnier historique du XVIIIe siècle
LE CARDINAL EST MORT, VIVE LE ROI ! Ul fut U mot qui courut Paris lorsque Fleury expira, après »« ministère de vingt-deux années, dont les derniers jours avaient été si funestes à la France. Chacun espérait , en effet, que Louis XV, débarrassé de l'étroite tutelle dans laquelle son vieux précepteur le tenait, s'rfforcerait de réparer les maux qu'il n avait point su prévenir. L'on put croire que le jeune roi était tout disposé à ratifier le vœu public, puisqu'il dit aux secrétaires dEtat, lorsqu'on vint lui annoncer la fin du cardinal : ^Me voilà donc premier ministre. » Un mois était à peine écoulé que ses sages résolutions avaient disparu : il oubliait la situation critique dans laquelle se trouvait son royaume, et, déjà fatigué des affaires, reprenait le
cours de ses plaisirs.
vu. a
II Introduction historique.
La disparition de Fleury, en effet, eut surtout pour résultat de débarrasser Louis XV de toute contrainte dans ses amours. Après la mort de 3/""** de Vintimillej on avait vu le prince revenir à M^^ de Mailly, Mais il ne tarda pas à se lasser d'une maîtresse qui enlaidissait et dont la société ne pouvait dissiper Vennui qui formait le fond de son caractère. Le duc de RichelieUj ennemi personnel de la favorite et résolu à pousser auprès du roi une femtne qui lui fût dévouée, avait arrêté son choix sur une des sœurs de M^^ de Mailly, Jtf™* de la Tournelle, dont Louis XV avait eu occasion d'admirer la beauté. Une intrigue ourdie par cet artificieux courtisan ne pouvait manquer de réussir, d'autant que J/^o de la Tournelle seconda habilement ses projets, Fleury, qui avait un m,om£nt tremblé devant l'injlîience de M°^^ de Vintimille et qui avait tout à redouter d*un changement de maîtresse, s'associa à Maurepas pour maintenir M^^ de Mailly en faveur. Ses ejfforts furent vains et il ne réussit même pas à empêcher son élève de donner à M^* de la Tournelle la place de dame du palais de la reine devenue vacante par la mort de 3/"™** de Mazarin, M^^ de la Tournelle, installée à la cour et conseillée par Richelieu, eut bientôt fait de captiver Louis XV, auquel elle imposa impérieusement ses conditions. Le monarque 7i'échappait ainsi à la tutelle de Fleury que pour subir la domination -d'une favorite ambitieuse. C'est avec M^^ de la Tournelle que Louis XV oubliait dans les petits soupers et les voyages de Fontainebleau et de Choisy l'état critique de la France, et tandis que Tincurie des ministres et Vimpéritie des
ChâteaurouXj Pompadour. m
généraux aggravaient chaque jour la situation, il s'occupait de conférer à Jf ™® de La Tournelle, par lettres patentes enregistrées au Parlement, le duché-pairie de Châteauroux,
La guerre si imprudemment entreprise par Fleury à propos de la succession d'Autriche était dei^enue une hUte européenne : V Angleterre, l'Autriche, la Hollande et la Savoie s'étaient liguées contre la France, En 1743, les ducs de Grammont et d^Harcourt étaient battus à Dettinghen et le maréchal de Noaflles était rejeté sur le Rhin; pour continuer les hostilités, il fallut recourir à des redoublements d'impôts et à des levées de milices qui provoquaient dans la nation un vif mécontentement C'est à ce mofnent que la duchesse de Châteauroux, pour justifier peut-être sa scandaleuse élévation, exerça sî(r son amant une heureuse influence; elle eut de l'ambition pour lui, elle le poussa à sortir de son apathique indifférence, à se mettre à la tête de l'armée, et elle l'accompagna elle-même à la guerre. La Belgique était alors le champ de bataille naturel entre la France et V Angleterre, oii un vaillant étraiiger au service de Louis XV, Maurice de Saxe, secondé par le maréchal de Noailles, tenait en échec les généraux anglais et autrichiens. Le roi alla le joindre et fut témoin de la prise des places fortes de la France maritime. Cependant le prince Charles de Lorraine, beau-frère de Marie- Thérèse, envahit la France à l'est, projetant la conquête de l'Alsace et de la Lorraine. Noailles se porta aussitôt au se-, cours des provinces menacées, et Louis le suivit; mais il tomba malade à Metz, et ses jours furent en danger.
IV Introduction historique.
Une immense émotion s'empara de la France entière, I dont les témoignages unanimes d'affection étonnèrent le
monarque lui-mime; et sa convalescence fut célébrée partout par des réjouissances aussi enthousiastes que spontanées.
Durant sa maladie, le roi, cédant aujc objurgations de son confesseur, avait renvoyé M^^ de Châteauroux, A peine revenu à Paris, il voulut la revoir, alla lui apporter ses excuses et la supplier de revenir auprès de lui, La maîtresse ne consentit à rentrer à la cour qu*après avoir obtenu la disgrâce des courtisans qui s'étaient ligués contre elle et l'avaient fait chasser ignominieusement. Mais elle n'eut pas le temps de jouir de ^ son triomphe; elle mourut le 8 décembre 1744, et le giut dut prendre les armes, le jour de son inhumation, à six heures du matin, pour protéger son cercueil contre les fureurs de la populace.
Peu après la mort de la favorite, Louis XV revint à l'armée et alla mettre le siège devant Fribourg, que deux mois de tranchée ouverte obligèrent à capituler. D'autre part, les troupes réunies de la France et de l'Espagne, commandées par le prince de Conti et l'infant don Philippe, avaient envahi le Piémont et battu le roi de Sardaigne sous les murs de Coni, Les rigueurs de la saison les obligèrent à borner leurs succès et à repasser les monts. Sur ces entrefaites, l'empereur Charles VII mourut à Munich, le 20 janvier 1745^ laissant un fis [âgé de dix-sept ans, à qui son âge interdisait de jouer un rôle qui avait si mal réussi à son père. Le jeune prince traita avec Marie-Thérèse et
ChâteaurouXj Pompadour.
lui promit sa voix électorale. Aussi François I^' put-il obtenir, moins d'une année après, la couronne impériale, malgré les efforts de la France pour lui susciter un compétiteur. C'est ainsi que fut manqué le principal objet de la guerre, qui était d'ôter l'empire à la maison d'Autriche,
Il semblait que la fin prématurée du malheureux électeur de Bavière devait ramener la paix, et que la cause des hostilités ne subsistant plus, le calme allait être rendu à l'Europe, Mais il n'en fut rien : la guerre se continua parce qu'elle était commencée et parce que le ministère anglais qui dirigeait la coalition estimait qu'il y avait tout à perdre eft traitant avec la France et tout h gagner par les armes, Louis XV, de son côté , dut poursuivre la guerre, sans avoir d! autre objet que de la faire cesser,
La Flandre restait toujours le principal théâtre de la lutte, et le comte de Saxe s'y maintenait avec une armée plus faible de vingt mille hommes que celle des ennemis, Louis XV résolut d'y poursuivre les conquêtes interrompues l'année précédente. Il partit, au mois de mai, avec le Dauphin, qui venait d'éf>ouser la seconde infante d'Espagne, et alla joindre l'armée sous les murs de Tournay, que Maurice assiégeait. C'est là que fut livrée la plus grande et la plus glorieuse bataille, de la guerre, la bataille de Fontenoy, Marie-Thérèse avait laissé aux puissances maritimes le soin de défendre les Pays-Bas, Une armée anglo-hollandatse, commandée par le duc de Cumberland, se porta au secours de la ville menacée; mais elle fut mise en déroute, grâce aux savantes dispo- VII ' a.
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sitions du maréchal de Saxe et à la bravoure du soldat français. La conquête des Pays-Bas devait être la conséquence de cette victoire.
Vaincu sur le continent, le roi d'Angleterre George II courut encore de sérieux dangers dans • son propre royaume, oii il était trunacé par le fils du chevalier de Saint- Georges, le prince Charles- Edouard Stuart, qui tentait de reconquérir, les armes à la main, le trône perdu par son ancêtre Jacques II, Charles-Edouard, parti de France avec quelques amis dévoués à sa fortune, avait débarqué en Ecosse; une petite armée se forma bientôt autour de lui, avec laquelle il battit les généraux anglais envoyés à sa rencontre et entra dans Edimbourg. Après quoi, pénétrant en Angleterre, il arriva à Manchester, avec l'intention de pousser jusqu'à Londres. Georges, pris au dépourvu par cette brusque attaque, rappela le duc de Cumberland, et deux corps d'armée marchèrent contre l'envahisseur. Charles avait compté sur une insurrection des jacobites anglais et sur la descente d'une armée française : toutes deux lui firent défaut; aussi dut-il, malgré sa victoire de Falkirk, revenir en Ecosse, oie il fut écrasé par Cumberland à Culloden. Son armée était anéantie; il vit sa tête mise à prix et erra misérablement durant cinq mois dans les montagnes de l'Ecosse avant de pouvoir regagner la France. George II, désormais libre d'inquiétudes, tourna ses efforts vers la guerre continentale; mais la diversion opérée par l'intrépide Stuart avait rendu à la France un service signalé et permis au maréchal de Saxe de poursuivre victorieusement le cours de ses succès.
Châteauroux^ Pompadour. vu
Quant à Marie- Thérèse, r élection de son époux au trône impérial ne l'avait pas complètement satisfaite; elle voulait se venger de Frédéric II et lui reprendre la Silésie. Soutefiue par le roi de Pologne, auquel elle avait promis une part des dépouilles, elle attaqua son ennemi; ntais les trois défaites de Friedberg, Sohr et Kesseldorf eurent raison de sa témérité. Elle traita à Dresde, céda de nouveau la Silésie au roi de Prusse, qui s* engageait à se retirer de la lutte et abandonnait sans scrupule ses anciens alliés. Plus heureuse en Italie, elle obligea les Espagnols à évacuer le Milanais et écrasa à Plaisance une armée franco-espagnole. La mort de Philippe V servit encore ses desseins; le nouveau roi d'Espagne, Ferdinand VI, retira ses troupes de la Péninsule, et les Français, contraints de battre en retraite, furent poursuivis par les Impériaux, qui prirent Gênes, envahirent la Provence et menacèrent Toulon. Le maréchal de BeUe-Isle, nomme aussitôt au commandement de l'armée des Alpes, repoussa les Pandours, et tandis que Richelieu défendait Gênes, il dirigea contre le Piémont une attaque qui échoua devant les formidables retranchements d'Exilés, oit son frère le chevalier trouva la mort. Il fallut renoncer à franchir les Alpes, mais la France était délivrée.
Les Anglais cependant ne restaient pas inactifs; en même temps qu'ils ne cessaient de soutenir les ennemis de la France, ils avaient reporté la guerre chez nous, bloqué les ports de Toulon et de Marseille, bombardé AntibeSj inquiété la Bretagne, enlevé deux de nos colonies d'Amérique et menacé celles d'Asie. Là, du moins, ils
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avaient trouvé^ pour leur résister, deux hommes intrépides, La Bourdonnais et Dupleix, et si la mésintelligence n* eût pas éclate entre ces chefs, VInde eût été complètement perdue pour eux.
Mais Veffont de la guerre était surtout concentré aux Pays-Bas, et c* était là seulement que l'on pouvait arriver à une solution, ♦ La paix est dans Maastricht »^ disait le maréchal de Saxe, ce qui signifiait que Von obligerait V Angleterre à traiter en lui donnant des craintes sérieuses pour la Hollande, Après Fontenoy, il avait battu à Raucoux le prince Charles de Lorraine, que Marie- Thérèse avait chargé de reconquérir la Belgique. Tandis que le comte de Lowendahl s'emparait de la Flandre hollandaise, Maurice se portait vers Maastricht, écrasait à Lawfeld le duc de Cumberland et investissait Maèstricht, malgré les efforts de son adversaire. Lowendahl lui-même s'emparait de l'imprenable Berg-op-Zoom, le boulevard de la Hollande du côté de l'Escaut,
Bien que Louis XV figurât de temps à autre à la tête de l'armée et qu'il eût assisté notamment à la campagne du maréchal de Saxe en Flandre et à la bataille de Lawfeld, il se désintéressait chaque jour davantage de son rôle de monarque, La direction des affaires, qu'il avait d'abord abandonnée à ses ministres, n'avait pas tardé à passer entre les mains d'une nouvelle favorite, Antoinette Poisson, créée par lui marquise de Pompadour. C'était au bal masqué donné, en 1745^ à l'Hôtel de Ville, lors du mariage du Dauphin avec l'infante d'Espagne, que le roi avait eu l'occasion d'admirer la Beauté de cette personne douée de toutes les grâces qui
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faisaient d'elle un modèle accompli des séductions de son sexe. La mère d'Antoinette, ÀP^ Poisson, qui vivait en intrigue avec le fermier général Lenormant de Tournehetn, avait souvent répété à sa fille qu'elle était un morceau de roi, et la jeune femme, quoique mariée depuis peu à M, Lenormant d' Etioles, prêtait complaisamment Voreille à ces propos. Son unique souci fut dtêtre remarquée par le roi, et elle y réussit; ses charmes firent l'impression qu'elle avait droit d'en attendre. Elle captiva le monarque, obtint de lui d'être déclarée maitresse, et fut présentée officiellement à Versailles après la victoire de Fonienoy, La haute noblesse voulut s'insurger contre cette bourgeoise qui prétendait régenter la cour ; mais ses efforts furent vains ^ et les courtisans assez téméraires pour s'attaquer à la marquise payèrent leur hostilité d'une disgrâce ou d'un exil. Cest qiie la nouvelle maîtresse avait établi sa domination sur une base solide; elle avait mis en ceuvre toutes les ressources de son esprit pour amuser l'ennui d'un prince qui devenait de pur en four plus inamusable. On la vit s'emparer en quelque sorte de l'existence du roi et s'ingénier à le distraire par des plaisirs toujours nouveaux et dont nulle maîtresse avant elle n'avait eu l'idée. C'est ainsi qu'elle organisa le • théâtre des Petits-Cabinets, qui avait pour acteurs des ducs et des marquis, et sur lequel ellemême brillait au premier rang. Mais les fêtes et les prodigalités de la cour formaient un étrange contraste avec l'état de la France, Depuis six ans que la guerre durait, il avait fallu recourir sans cesse à des levées (thomtnes et de milices et à des redoublements d'impôts
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qui portaient à son comble \la misère publique, La nation, indignée de Vindiffèrence témoignée par le roi dans une situation aussi critique, commençait à manifester son indignation par des clameurs énergiques; pour l'apaiser, le gouvernement dut s'empresser défaire lapaix. A chaque victoire des armées françaises, Louis XV ramât offerte à ses adversaires ; on l'avait toujours refusée; les succès de Maurice et de Lawendahl décidèrent cependant l'Angleterre. Les préliminaires de la paix furent signés au congrès d'Aix-la-Chapelle, et la conclusion (octobre 1748J devint d'autant plus facile que le roi de France voulait traiter, ainsi qu'il l'avait fait déclarer par son plénipotentiaire, non en marchand, mmis £H rai. On établit comme principe fa restHuiiim mutuelle des conquêtes; chaque nation recouvrait les villes et les pays perdus. Toutefois Marie-Thérèse, en obtenant la reconnaissance de la pragmatique sanction, abandonnait Parme et Plaisance à l'infant don Philippe et cédait la moitié du Milanais au roi de Sardaigne, son allié; quanta Frédéric II, les puissances lui garantissaient la possession de la Silèsie. Des alliés de la France, un seul fut indignement traité, ce fut Charles- Edouard, qui vivait réfugié à Paris. Louis XV lui avait donné, sa parole de le protéger : il le sacrifia cependant aux rancunes de Georges IL En vertu d'une clause secrète, le malheureux prince, arrêté à l'Opéra par les gardes françaises, se vit enfermé à Vincennes et puis conduit à la frontière. Cette humiliation de la France devant l'Angleterre était l'unique résultat de huit années de guerre. ••
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Durant Us premiers temps qui avaient suivi la mort de Fleur y, les querelles religieuses s'étaient calmées, et les préoccupations causées par la guerre extérieure avaient contribué à favoriser cet apaisement momentané. Mais l'antagonisme entre les jansénistes et les molinistes, c'est-à-dire entre le Parlement et le clergé, devait renaître à la première occasion. Le théatin Boyer, ancien évêque de Mirepoix, chargé de la feuille des bénéfices ecclésiastiques, et l'archevêque de Paris, Christophe de Beaumont, ne tardèrent pas à reprendre les traditions d'intolérance qui avaient soulevé jadis l'opinion publique contre le cardinal. Dès l'année 1747^ l' évêque d'Amiens, dans une instruction pastorale, avait invité les curés de son diocèse à priver des sacrements les personnes rebelles à la Constitution, Le Parlement supprima l'écrit de l' évêque, et peu après , pour faire acte d'impartialité, condamna au feu les Nouvelles ecclésiastiques, dont routeur s'était élevé avec violence contre la Bulle, Mais r avocat général, dans son réquisitoire, avait parlé de la Bulle comme d'une loi de V Eglise et de l'Etat; les magistrats corrigèrent ses paroles par U7i arrêt; ils furent aussitôt mandés à Versailles, et le roi leur signifia qu'il avait cassé leur arrêt et les invita à s'abstenir de toute remontrance. Néanmoins ce pr entier incident tu raviva point la querelle, car le clergé, tnenacé du côté de ses intérêts temporels, reporta tout aussitôt son attention sur ce nouveau danger. Pour subvenir aux besoins de VÈtat, le contrôleur général Machault avait projeté d'assujettir les biens de mainmorte à l'impôt du vingtième récemment établi, et avait essayé d'astreindre les prélats à
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donner une déclaration de leurs biens et des revenus de leurs bénéfices. Atteint dans son privilège essentiel, le clergé résista énergiçuetnent et finit par triompher, puisçu'un arrêt du conseil du roi ordonna de surseoir à la levée du subside de quinze cent mille livres qui lui avait été imposé.
Cependant Vidée mise en avant par l'archevêque d'Amiens avait été reprise par M, de Beaumont et allait provoquer d'interminables désordres. Après avoir interdit les prêtres suspects de jansénisme, V archevêque de Paris ordonnait, en 1749, de priver de la communion toute personne qui ne présenterait pas un billet de confession signé d'un prêtre adhérent à la Bulle, Un ancien recteur de l'Université, Coffin, éprouva les prf miers effets de cette mesure et tnourut sans avoir pu obtenir les sacrements du F, Bouettin, curé de Saint- Etienne-du-Mont, sa paroisse. Son neveu, conseiller au Châtelet, appela au Parlenunt du refus du curé; mais le Parlenunt n'eut pas le loisir de se prononcer : la cour ^ lui intima l'ordre de suspendre toute poursuite à cet égard. En 1751^ le neveu de Coffin mourut, privé, lui aussi, des sacrements par le même curé; le Parlenunt décréta aussitôt Bouettin et le tint une nuit prisonnier à la Conciergerie ; mais le roi blâma cet emprisonnement. L'archevêque, poursuivant ses projets, obtint l'autorisation de choisir lui-même, aux lieu et place des administrateurs, le personnel des hôpitaux, oii, disait-il, le jansénisme s'était glissée Les jésuites triomphaient partout; ils faisaient condamner en Sor bonne une thèse de l'abbé de Brades et les deux premiers volumes del'Kn-
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cyclopédie, tandis que les refus de sacrements se multipliaient avec une rapidité inquiétante. Ce fut en vain que le Parlement essaya de représenter au roi tous les désordres suscités par une bulle qui attaquait les libertés de l'Église de France; en vain il défendit aux curés de refuser les sacrements pour cause de jansénisme , sous peine (fêtre poursuivis comme perturbateurs du repos public : les prêtres lui désobéissaient ouvertement, et, s'ils étaient menacés, ils disparaissaient, laissant leurs paroisses désertes. A bout d'arguments, les magistrats ordonnèrent la saisie du temporel de l'archevêque fauteur de tous ces désordres et convoquèrent l'assemblée des pairs pour juger le prélat. Mais le roi évoqua l'affaire, donna mainlevée de la saisie, défendit aux pairs de se réunir, et, le 22 février 1753, ordonna, par lettres patentes j au Parlement de surseoir à toutes affaires concernant les refus de sacrements, sous peine de désobéissance. Le Parlement se mit alors à préparer de grandes remontrances; Louis XV ne voulut pas les entendre, et comme les magistrats avaient refusé d'enregistrer les . lettres patentes, il exila les Chambres des Enquêtes et des Requêtes. La Grand' Chambre , qui avait été épargnée, déclara faire cause commune avec les exilées; elle fut aussitôt transférée à Pontoise, puis à Boissons; une Chambre des vacations, transformée peu après en Chambre royale; fut chargée de rendre la justice durant l'absence des magistrats.
Au bout d'un an, lors de la naissance du prince qui devait porter le nom de Louis XVI, le roi rappela le Parlement. Par contre, l'archevêqucy qui renouvelait ses VII. b
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menées fanatiques^ fut exile à Conflans d'abordj puis à Champeaux. Mais l'entente entre la cour et les magistrats ne dura pas, et les constitutionnaires reprirent faveur; aussi le Parlement, mécontent, refusa- t-il d'enregistrer les impôts que Von venait d'établir en vue d'une guerre alors imminente. Louis XV, dans un premier lit de justice tenu à Versailles, imposa cet enregistrement, et, pour répondre aux protestations des parlementaires, il en tint aussitôt un second, dans lequel furent lues trois déclarations , en vertu desquelles la Bulle devait être regardée comme décision de l'Eglise; la connaissance des refus de sacrements était réservée aux tribunaux ecclésiastiques et deux chambres des Enquêtes étaient supprimées. A l'exception de quelques membres, le Parlement entier donna sa démission; la situation était des plus critiques, lorsque l'attentai commis par Damiens, le 5 janvier 1757^ sur la personne de Louis XV, écarta brusquement toutes ces préoccupations. Cependant la France était depuis quelques mois engagée dans une lutte extérieure suscitée par V ambition de V Angleterre. Inquiets des efforts tentés par deux ministres. Rouillé et Machault, pour relever notre marine, les Anglais attaquèrent nos vaisseaux et les capturèrent sans déclaration de guerre, en même temps qu'ils nous cherchaient querelle dans les établissements de l'Amérique du Nord. Après avoir toléré près d'une année cette insolente violation des traités, le gouvernement de Louis XV dut se résoudre à recommencer les hostilités. Mais au lieu de réserver toutes ses forces pour la lutte sur mer, il eut le tort de compliquer les difficultés par
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une guerre continentale. Le roi éê IVusse s'était aliéné Jif«n« de Pompadour par ses railleries; MarU-Thirèse , an ttmùraire, s'était attachée à gagner l'amitié dg kt favorite. Aussi U traité de Versailles, inspiré par la nuA~ tresse du roi et préparé par l'abhé de Bernis, fut-il tout à l'avantage de rAutridk {mai 1756 )v quant à Frédè. rie II, dont on avait repoussé TaiUajtce, il avait déjà accepté les offres de George II, et, pmr U traité de Londres {janvier 1756)^ s'était engagé à empêdkr Ventrée des troupes étrangères en Allemagne, en échange des subsides qiu l'Angleterre devait lui fournir,
La lutte débuta sur mer par un exploit glorieux pour la France, Un corps de troupes, commandé par Richelieu, s'empara de l'île de Minorque et du fort Saint- Philippe; l'amiral Byng, qui avait voulu porter secours aux assiégés, fut arrêté et battu par La Galissonnière, Les Anglais, irrités, le traduisirent devant une cour martiale, et il fut condamné à mort, non pour trahison, mais pour insuccès. Malheureusement la France se laissa détourner de la guerre maritifne par la lutte continentale, dans laquelle elle ne devait éprouver qu'une suite de honteux revers, L'Autriche n'était pas seule à tnenacer Frédéric II ; la Russie et le roi de Pologne s'étaient aussi entendus pour démembrer ses Etats, Prévenant ses ennemis avec sa décision ordinaire, le roi de Prusse attaqua Auguste II dans la Saxe, qu'il conquit, et écrasa les Impériaux à Lowozitz, puis à Prague; maisj battu à Kollin, il vit les Suédois et les Russes envahir la Prusse, tandis que les Autrichiens descendaient en Silésie et menaçaient le Brandebourg, D'aidtre part.
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Richelieu, placé à la iêie de V armée de Hanovre, après la victoire du maréchal d'Estrées à Hastembeck, acculait le duc de Cumberland dans les marais de l'Elbe et l'obligeait à signer la capitulation de Closter- Severn, Une seconde armée française, commandée par un favori de M^^ de Pompadour, le prince de Souhise, venait de se joindre aux troupes des Cercles et d'envahir la Saxe. Un^ynoment Frédéric II se crut perdu; mais les fautes de ses adversaires secondèrent son génie militaire; il tint ferme en Saxe devant l'armée franco-allemande , et infligea, à Roshach, une honteuse défaite aux princes d! Hildhurghausen et de Souhise» Puis il se porta au-devant du prince Charles de Lorraine et l'écrasa à Lissa, brisant ainsi le cercle de fer qui Vètreignait de toutes parts. Dès lors, la lutte en Allemagne prit une importance capitale et se poursuivit sur deux théâtres à la fois : sur le Wéser et le Rhin, oii opéraient les armées françaises, et sur l'Elbe et l'Oder, où, Frédéric résistait à la coalition austro-russe, Richelieu avait été remplacé dans le Hanovre par un prince du sang, le comte de Clermont, abbé commendataire de Saint- Germain-des- Prés, que Ferdinand de Brunswick battit à Crevelt; les successeurs du prince, par leur incapacité et leur jalousie réciproque, transformèrent la campagne en une succession ininterrompue de désastres. Frédéric II, vainqueur des Russes à Zorndorf avait à son tour éprouvé un échec et demandé là paix; elle lui fut refusée. Il reprit alors l'offensive, écrasa ses ennemis à Liegnitz et à Torgau; mais la retraite de Pitt lui fit perdre les subsides de l'Angleterre, au moment menu oii la mort de
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/a czarine Elisabeth lui procurait la paix du côté de la Russie et de la Suède, Délivré de ces deux adversaires, il reprit avec une nouvelle activité sa lutte contre Us Autrichiens, les battit à Reichenbach, et reconquit la Silésie.
Pour la France, la Ititte n* était pas moins désastreuse sur mer et dans les colonies qu'en Allemagne. Une double descente en Angleterre avait été projetée; mais l'amiral La Clue et le maréchal de Conflans^ qui devaient les conduire, furent écrasés, l'un à la hauteur de Logos, l'autre sur les côtes de Bretagfie, En Amérique, malgré la résistance héroïque de Montcalm et de Vaudreuil, les Anglais s'emparèrent du Canada et des Antilles; l'Inde, mal défendue par Lally-Tollendal, qui paya de sa tête ses fautes militaires, tomba également en leur pouvoir.
Cette guerre longue et désastreuse ruinait la France ; la paix devenait une nécessité. Bernis le c&tnprit et se prononça dans ce sens, ce qui le fit disgracier par Jfme ^^ Pompadour. Il eut pour successeur le comte de Choiseul, que le roi créa duc et pair et qui occupa successivement les ministères des affaires étrangères, de la guerre et de la marine. Choiseul fut le grand ministre du règne de Louis XV; s'il n'eut point de vastes projets, il se préoccupa du moins de réparer le mal déjà fait. Tout en consolidant l'alliance autrichienne, à laqtulle M^^ de Pompadour entendait ne point renoncer, il opposa h l'Angleterre, par le Pacte de famille, signé en 1761, l'alliance des quatre brajiches de la maison de Bourbon, régnant en France en Espagne, à
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Naples et à Parme. Grâce à la mort de George II et à l'avènement des tories au pouvoir, il put entamer avec l'Angleterre des négociations qui aboutirent au traite de Paris ( février 1763J. La France y subit des conditions onéreuses; elle abandonna le Sénégal et le Canada aux Anglais, céda aux Espagnols la Louisiane en compensation de la Floride, et conserva seulement quelques colonies aux Antilles, et, dans l'Inde, les deux villes de Pondichéry et Chandernagor. Aussitôt après, la Prusse, l'Autriche et la Saxe signèrent le traité d'Hubertsbourg, en vertu duquel la Silésie et le comté de Glatz restaient définitivement à Frédéric II, tandis que la Saxe était rendue à son électeur Auguste III.
L'attentat commis par Damiens eh ITSI, au moment de l'ejfervescence populaire causée par la démission du Parlement, avait cofitribué à faire négliger les querelles religieuses ; plus tard, ce fut la guerre de Sept ans qui les relégua au second plan. D'ailleurs, le gouvernement s'était montré bien résolu à empêcher le retour des discussions à ce sujet/ toutefois les constitutionnaires, incapables de rester en repos, recommencèrent les hostilités; mais l'opinion publique, chaque jour plus favorable aux parlementaires, se prononçait énergiquetnent contre les jésuites. Un événement imprévu, la faillite d'un missionnaire des Antilles, le P. Lavalette, précipita les événements et amena une catastrophe qtie 1*071 ne supposait . poijit aussi proche. Tout en propageant l'Evangile dans les pays lointains, les jésuites faisaient le commerce et la banque et avaient, à la Martinique notamment, un vaste établissement industriel, dirigé par le P. Lavalette, visi-
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/eur généra/ et préfet apostolique. Impliqué dans les affaires de négociants marseillais, que la guerre maritime avait ruinés, le P, Lavaleite fit une banqueroute de plus de trois maillions. Les créanciers actionnèrent alors la Compagnie de Jésus comme solidaire et obtinrent gain de cause devant les juges consuls de Marseille. Appel fut interjeté au Parlement par l'Ordre, qui inz*oqua l'indépendance des maisons quant au temporel et prétendit que le P. Lavalette avait transgressé les constitutions. Le Parlement demanda alors que les constitutions fussent déposées au greffe, et les examina en détail, après avoir confirmé la sentence des premiers fuges. A ce moment, les jésuites venaient d'être chassés de Portugal par le marquis de Pombal ; en France, l'opinion publique, soulevée par les réquisitoires et les rap>ports des Parlements de Paris et de province, réclamait leur expulsion. Louis XV, dominé par M^^ de Pompadour, qui les détestait, les sacrifia. Le Parlement de Paris ordonna en 1762 la fermeture de leurs collèges, la vente de leurs biens et la dispersion des membres de l'Ordre ; une déclaration royale de 1764 confirma cet arrêt.
L'anéantissement de l'Institut des jésuites fut le der' nier triomphe de M"** de Pompadour; elle mourut, le 15 avril 1764, à peine âgée de quarante-deux ans. Sur la fin de sa vie, son crédit était fort diminué, et la mélancolie qu'elle conçut de l'indifférence du roi abrégea peut-être ses jours. Elle avait cependant usé de tous les artifices pour maintenir son influence; quand les distractions intelligentes ru suffirent plus à dissiper l'incu-
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radié ennui de Louis XV, elle s'était abaissée au râle honteux d'entremetteuse des plaisirs du roi et avaitfavorisé les turpitudes du Parc-aux-Cerfs. Tandis que le souverain s'avilissait dans la débauche, elle gouvernait la France, nommant au gré de ses caprices les ministres et les généraux. Aussi la nation ru lui pardonna- t-e lie point les affronts que ^honneur français éprouvait sur les champs de bataille aussi bien que dans les négociations diplomatiques, et le mépris que la favorite avait d*abord inspiré s'était changé en une haine violente. Il semble que Louis XV lui-même comprit combien elle avait pesé durement sur sa vie et combien elfe avait contribué à l'avilir aux yeux de ses sujets. Lorsqu'elle mourut, ce prince qui avait pleuré sincèrement ses trois premières maîtresses ne trouva pas une larme pour cette femme qui, durant vingt années, avait partagé son existence, et, des fenêtres de Versailles, il regarda partir d'un œil sec la voiture qui emportait à Paris le cadavre de la marquise. Sans excuser le scandale de son élévation, ses folles prodigalités et le triste usage qu'elle fit de son influence politique, l'on ne saurait oublier toutefois quelle fut une amie éclairée des arts et qu'elle protégea noblement les peintres, les sculpteurs et les gens de lettres, A ce titre, elle a bien mérité de la postérité, qui n'a point refusé le bénéfice d'une sympathique indulgence à cette fet^fne charmante dont les ^oûts délicats, les vices et l'égoisme représentent si bien la société française du milieu du xviiP siècle.