‹ Chansonnier historique du XVIIIe siècleChapitre 128 sur 213 · LES AFFAIRES DU TEMPS · texte numérisé non relu

LES AFFAIRES DU TEMPS

On risque beaucoup à parler. On ne risque point à se taire ; Je veux pourtant vous révéler Ce que je pense en cette affaire.

D'un côté, je vois de Thémis Ceux qui gouvernent la balance Avec des charges sans profits Et des travaux sans récompense*

1. La réponse du prince fut : « L'abbé^ je voudrais savoir faire des vers pour vous répondre; faites votre trou et priez pour moi. » (M.)

2. Le marquis d'Argenson ne s'abusait pas sur le rôle du Parlement : « Ce qu'il peut, écrivait-il, en affaire d'Église, ce sont des cris de femme qui s'oppose aux emportements de son mari. Un époux vigoureux, flegmatique, lui lie les mains, ne pouvant lui lier la voix ni la répudier. Il la met en pénitence, puis pardon et réintégration. » Quant au pouvoir, il le qualifiait ainsi : « Un monarque mouton, des ministres renards et jésuites. Notre gouvernement, ajoutait-il, vit au joiu* le jour, comme un jeune homme libertin qui ne sait que faire argent de tout. »

Année iy53, 221

Pour fruit d'un Benedicat vos.

L'autre côté, pétri de brigues, A des revenus sans travaux Et des dignités sans fatigues.

Du ministère le plus saint La plus grande part, très peu digne, Ne s'embarrasse de la vigne Que pour en presser le raisin.

Le magistrat tient à des nœuds Par une alliance féconde, Le prélat ne veut qu'être heureux :

Après lui, c'est la fin du monde.

L'un risque tout à résister.

Il peut perdre enfants et famille ; L'autre ne prétend qu'exister.

Tout à ses yeux n'est que vétille.

Le passé juge le présent :

Ouvrons les fastes de mémoire Depuis Becket^ jusqu'à l'instant.

De l'Europe lisons l'histoire.

Je les vois partout combattant Contre les Heniys, les Philippes, Je vois nos rois de tous les temps Défendus par nos Aristippes; Enfin de l'un et l'autre état.

En balançant le parallèle, Sans juger le fond du débat

I. Thomas Becket, archevêque de Cantorbéry, martyr pour le soutien des droits de l'Eglise, canonisé sous le nom de saint Thomas en 1171. (M.)

vu. 19.

222 Clairamhauli^Maurepas.

Que la raison décîde-t-elle ?

Juste, sage, autant que chrétien, Louis sait régner, il nous aime, Il les jugera toujours bien Quand il jugera par lui-même ^

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