UN PAUVRE GENERAL
Si je suis pauvre général, Je suis un brave maréchal ; Je sais exposer ma patrie '
Et braver des miens le mépris.
Lorsque je marche aux ennemis, Par ma manœuvre je leur crie :
Battu chaud, j'ai bon dos ;
Année ij6i. 333
Poisson soutient Soubise S La France a pstyé nos sottises.
J'allais combattre Ferdinand, Et je le croyais par devant ; Mais il s'est trouvé par derrière.
Pense-t-on qu'un Hanovrien Puisse agir en Italien ?
C'est au-dessus de ma visière.
Battu chaud, j'ai bon dos.
A Rosbach, le Prussien si fier Pouvait-il jamais espérer Me vaincre en bataille rangée ?
Moi, qui ne m'y rangeai jamais,
I. Après leur défaite, de Broglie et Soubise, qui s'accusaient réciproquement, s'étaient séparés. « Plus occupés de leur querelle que de celle de l'Etat, ils envoyèrent en cour des mémoires respectifs. Le dernier avait un trop bon avocat en M"" de Pompadour ; son émule fut rappelé et reçut une lettre de cachet qui l'exilait dans ses terres. Le public, toujours porté à plaindre le malheureux, peu instruit d'ailleurs des griefs et ne consultant que son estime potu l'accusé et son mépris pour l'accusateur, lui décerna un triomphe bien capable d'adoucir sa disgrâce. Le lendemain de son exil on jouait Tancrède à la Comédie-Française. Quand M'** Clairon en fut à ces vers :
On dépouille Tancrède, on l'exile, on l'outrage... Un héros qu'on opprime attendrit tous les cœurs...
le nom de Broglie vola de bouche en bouche et le spectacle fut interrompu à plusieurs reprises par des applaudissements qui se renouvelaient sans cesse. » ( Vie privée de Louis XV.) -
334 Clairambault'-Maurepas,
Je m'en épargnai tous les frais.
L'éclair dissipa nion armée.
Battu chaud, j'ai bon dos.
Mais revenons à Lûtzelberg, Où je vis triompher Chevert Sans vouloir partager sa gloire :
C'en était fait des ennemis :
Si je marchais, ils étaient pris ; Je fis échapper la victoire.
Battu chaud, j'ai bon dos.
Prince fait pour être chéri, Soyez heureux et favori.
Mais ne commandez pas l'armée.
Au bien qui vous arrivera Vous verrez qu'on applaudira.
Abandonnez vos destinées.
Tôt, tôt, battez chaud.
Tôt, tôt, bon courage ; Que Broglie finisse l'ouvrage !
Année iy6i. 335