‹ Chansonnier historique du XVIIIe siècleChapitre 204 sur 213 · VII · texte numérisé non relu

VII

354 Clairambault^Maurepas.

Chacun du Roi ils auront Grande récompense.

Sans cesser d'être Français, Dans rtle Cayenne,

On sera des Cayennais C'est chose certaine;

Ceux qui prendront du souci.

On vous les ramène ici, Ici de Cayenne.

Quantité de chevaliers Partent pour Cayenne,

Comme beaucoup d'officiers Que fortune mène.

Les plus riches reviendront

Et d'autres retourneront De France à Cayenne.

Saintonge, beau régiment,

S'embar<jue sans peine, Et débarque heureusement

Dans l'île Cayenne; Ils écrivent de là-bas.

Non qu'ils ne regrettent pas Les bords de la Seine, là, Les bords de la Seine.

Année ij66. 355

ÉPITRE A LUCINDEi

Oui, c'est Lucinde que j'ai vue :

C'est ainsi qu'elle eût soupiré :

Oui, c'est bien cette âme ingénue Qui s'épanouit par degré ; Enfin, c'est la nature même.

Dans toi c'est elle que l'on aime.

Tu dictes ses plus douces lois ; Dans tes regards elle respire, Sur ta bouche elle vieçit sourire, Elle s'exprime par ta voix.

I. Epître adressée par Dorât à M^'® Doligny, qui avait joué le rôle de Lucinde dans VOracle de Saint-Foix. (M.) L. Berthon de Maisonneuve, dite M'*" Doligny, débuta, à peine âgée de quinze ans et demi, aux Français, en mai 1763, et fut accueillie avec un enthousiasme universel. Collé, dans son Journal, fait l'éloge de ses mérites. « Elle promet beaucoup, écrit-il, elle a un talent supérieur, mais il faut qu'elle travaille, le cultive et l'étende. Sans être jolie, elle a une physionomie intéressante; sa voix est nette sans être forte, elle a une belle prononciation, pas un ton faux, pas un geste faux, des grâces même. Elle est très bien faite, elle a de la naïveté et de la chaleur ; il ne s'agit plus que d'avoir plus d'ensemble et c'est ce que l'habitude seule du théâtre peut donner. En un mot, il m'a paru qu'elle avait tous les dons que l'on peut tenir de la nature et qu'il ne lui manquait que les agréments et les perfections que l'art et l'expérience peuvent et doivent faire acquérir bien vite, pour peu qu'on étudie son métier. »

35^ Clair amhault'Aîaurepas,

Qu'elle soit toujours ton modèle ;

Elle est la mère des succès.

Pour reconnaître ses bienfaits,

Sois toujours naïve comme elle.

Sa beauté dédaigne le fard.

Suis l'exemple qu'elle te donne :

La simple fleur qui la couronne

Vaut tous les prestiges de l'art.

De mille fous l'essaim frivole

Viendra bientôt grossir ta cour :

Ah ! crains leur encens qui s'envole

Aussi vite que leur amour !

Leurs cœurs ressemblent à leurs têtes ;

Garde-toi de ces séducteurs,

Ils t'écriraient sur leui-s tablettes,

Et puis iraient tromper ailleurs.

Je sais, si tu voulais m'en croire.

Celui qu'il te faudrait choisir ;

Il est amoureux de la gloire,

Très indulgent pour le plaisir,

Il fuit le faste et l'étalage ;

En un mot, cet amant, c'est moi...

Tu t'offenses de mon hommage I

Il est indiscret, je le vois.

Un Mentor déplaît à ton âge ^i

Flore n'aime que le printemps. ^

I. En février 1765, Grimm observait que la jeune actrice avait, aux yeux de ses rivales, « le tort d'être sage et de n'avoir voulu écouter aucune proposition de fortune, au prix de son innocence ».

Année iy63, 357

Lucindé, tu n'as pas vingt ans.

Et j'ai le malheur d'être sage.

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