‹ Chansonnier historique du XVIIIe siècleChapitre 73 sur 213 · AU PERRUQUIER LAFONT · texte numérisé non relu

AU PERRUQUIER LAFONT

Illustre émule de Ringarts,

Qui sans rien tenir sais promettre,

Daigne honorer de tes regards

Cette humble et suppliante lettre,

Toi, dont le rasoir géomètre

Compassé sur des fronts bénis

Du saint cercle le diamètre;

Brave é tu vis te à qui Denys^y

Sans rien craindre, eût osé commettre

Son menton, qu'à son propre fils

Le tyran n'osait compromettre ;

Toi, qui seul aurais pu remettre

En grâce ceux de ton état

Avec Julien l'Apostat,

Qui jadis les chassa de Rome,

Cher Lafont, qui vraiment grand homme

Dans ton art, à des faux cheveux

1. Il avait promis à M. Robbé de lui élargir le front. (M.) — Ce Robbé de Beauvezet, poète satirique, s'était fait connaître par le Débauché converti (1736).

2. Denys le Tyran, pièce nouvelle aux Comédiens français, de M. Marmontel, Limousin, âgé de vingt-cinq ans. Cette pièce est fort bonne. (M.)

ii8 Clair amhault^Maurepas^

Sais donner le tour que tu veux;

Toi, dont l'habile ministère

A chaque chef par toi coté

Conserve le vrai caractère :

Au magistrat la gravité,

La suffisance au petit-maître,

Un tour de càgotisme au prêtre,

Au jeune homme Tair éventé;

Toi, qui de cheveux plats, malpropres,

Du scrupuleux Berullien

Masques la perruque si bien

Qu'on la prend pour ses cheveux propres ;

Toi, qui Mais hélas I que me font

Ces titres pompeux, cher Lafont, Si, toujours sourd à ma prière, Des crins empiétant sur mon front Tu ne recules la barrière; Conserverai-je un front étroit A l'inutile modestie ?

Ah ! trace-m'en du moins un doigt Pour quelque peu d'effronterie; C'est par elle qu'en ce lieu-ci Nos plats messieurs ont réussi ; Viens donc m'en agrandir la marge; Mais garde-toi bien cependant De le dessiner aussi large Que celui de l'abbé Leblanc ^

I. Abbé qui est fort souvent avec M. le comte de Clenuont. Il a fait les Lettres d'un Français voyageur en Italie. (M.)

Année iy48. 119

Très*huinblement au cher Lafont

Robbé présentait sa requête*, Pour le prier de lui faire un grand front.

Me prenez-vous pour une bête ?

Lafont en riant lui répond.

Vous, un grand front, le trait est bon, Un grand front siérait-il à si petite tête ?

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