‹ Chansonnier politique du Canard (avec musique) [microforme]Chapitre 15 sur 25 · RO É · texte numérisé non relu

RO É

lé Qu’Angers n’ai-me rait pas l’af - fai-re.

Le Les

Quand Zoranger fut appelé

A rentrer dans le ministère,

Il ne s'était pas rappelé Qu'Angers n’aimerait pas l'affaire.

I] prit donc, sans penser à mal,

Le mignon petit portefeuille

De grand Procureur-Général !

Etait-ce prudent ? Dieu le veuille !

En apprenant qu’on l’oubliait, Angers, le fouetteur de ministres, S’armant deson terrible fouet, S'écrie, avec des yeux sinistres :

‘ Procureur-Général! c’est moi,

‘ Et c’est moi seul qui devrais l’être !

‘€ Alors, Angers, l’on rit de toi

‘ En donnant ta place à ce traître.

‘ Ah ! Zoranger, grêle envieux,

‘© Je vois bien que tu ris sous cape !

‘ Ça ne durera pas, mon vieux ;

‘€ On ne rit pas quand mon fouet frappe !

Pour /ors Angers, plein de fureur, Chez Zoranger se rend en hâte, Il le trouve la bouche en cœur, Devant un sac d’écus qu’il tâte.

‘{ C’est ainsi que tu m'as volé ‘€ Ma place dans le minsitère, ‘€ Grelot qui sonne le félé ! ”

Dit-il, ‘ redoute ma colère ! ”

Et puis faisant claquer son fouet, Il en menace le ministre,

Qui pendant ce temps-là couvait Son sac: d’écus d’un œil sinistre.

‘* Arrête là!” dit Zoranger,

‘ Avant de te mettre en colère, ‘Tu devrais bien un peu songer

‘ Que l’on peut arranger l'affaire.”

Puis tous les deux baissant le ton, Causèrent à voix demi basse ; C'étaient des sons de mirliton,

Et des cris de grive qu’on chasse.

Le mirliton, c'était Angers,

Qui grinçait comme un gond de porte :

La grive, c'était Zoranger, Sifant : ‘ Que le diable t’emporte ! ”

Petit à petit le débat Aiguillonnait chaque adversaire, Et finalement le combat Menaçait d’être sanguinaire.

ZLoranger, peur d’être battu, Sortant toute son éloquence, Modulait ses #ur lu tu tu

Qui n’avaient pas de conséquence.

Car Angers, toujours en COUTTOUX,

Se montrait toujours inflexible,

Et tout prêt à donner des coups

De son grand fouet—ce fouet terrible,

Soudain Zoranger prend son sac, L'ouvre et l’ offre à son édvérsaire, Ce geste met comme un ressac

Aux flots de sa noire colère.

Et /’or rangé devant ses yeux, Par Zoranger qui le débourse, Calme ses transports furieux :

‘€ Pardi ! puisque l’on me rembourse

‘6 En entier les émoluments

‘ Que j'aurais eus dans cette charge, a D ublions nos ressentiments :

‘# Zoranger est un homme large !

‘ Je veux être de ses amis.

[l conduira bien les affaires.

‘ Conservateurs, restons unis,

‘€ Comme de fidèles comnères ! ” Lors ils se donnent tous Jeux,

Dans leur amitié criminelle, Comme auraient fait deux amoureux, Une embrassade fraternelle.

Ainsi finit cet entretien

Que nous conservera l’histoire.

Avez-vous connu jamais rien Qui fut plus digne de mémoire ?

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