‹ Chansons à direChapitre 11 sur 130 · CHEVEUX NOIRS ET BLANCS · texte numérisé non relu

CHEVEUX NOIRS ET BLANCS

J'avais vingt-cinq ans, j'étais amoureux.

Et pour ma maîtresse Je voulus choisir, parmi mes cheveux,

La plus noire tresse.

Tout en la coupant, je fus bien forcé

De voir, non sans peine.

Plus d'un fil d'argent qui s'était glissé

Dans ma pure ébène. Alors je me dis : Un amant discret

Ferait à sa belle Un don qui toujours le rappellerait,

Sans danger pour elle.

Chaque cheveu blanc fut pris à son tour,

Et, la moisson faite, J'offris ce présent à ma belle, un jour,

Le jour de sa fête.

J'avais cinquante ans, j'étais amoureux.

Et pour ma maîtresse

Je voulus choisir, parmi mes cheveux, La plus blanche tresse.

Tout en la coupant, je vis d'un côté Nom sans quelque gloire,

Plus d'un cheveu brun encore incrusté

Dans mon pur ivoire.

Alors je me dis : Un amant discret

Ferait à sa belle Un don qui toujours le rappellerait,

Sans danger pour elle.

Je pris un par un chaque cheveu noir.

Et, la moisson faite.

J'offris ce présent à ma belle, un soir,

Le soir de sa fête.

Ces doux souvenirs écrits en cheveux,

La même personne Tous deux les reçut, les garda tous deux.

Cela vous étonne ?

Le temps est passé de la floraison

Argentée ou noire :

L'automne a détruit ma double toison

D'ébène et d'ivoire.

Mais nous possédons quelque chose là

Que rien ne déflore :

Un cœur bien donné, qui jadis parla,

Qui bégaie encore.

Et nous revoyons nos jours et nos soirs,

La vendange faite.

Et mes cheveux blancs et mes cheveux noirs,

Quand revient sa fête.

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