LES BRUITS DU SILENCE
A midi, sous l'épais tilleul.
Au milieu de la plaine immense,
Immobile et seul, Écoutez les bruits du silence.
Iicoutez : un frémissement ;
C'est la sauterelle Ou le grillon ; un grincement :
La cigale a tourné gaîment Sa crécelle.
Écoulez : un grelot bavard
Dénonce la vacbe Qui paît les herbes de hasard ; Un frôlement : c'est le lézard Qui se cache.
Écoutez : un coq au lointain
Souffle en sa trompette ; Une flûte au timbre argentin :
C'est notre réveille-matin, L'alouette.
Écoutez : un bourdonnement :
La guêpe ou la mouche ; Dans la feuille un tressaillement:
Elle chante sous l'instrument Qui la touche.
Écoutez : l'air s'est alourdi ;
Le vent et l'abeille Suspendent leur vol engourdi ; C'est l'heure, l'heure de midi: Tout sommeille.
Une cloche : c'est l'Angelus...
Gn coup de fouet, puis un blasphème !...
Ah 1 n'écoutons plus !
C'est l'homme, c'est l'homme lui-même l
INVITATIOiN iMÉRlDlONALE
Voulez-vous faire un bon dîner?
Venez chez nous, à la campagne.
Allons, laissez-moi vous mener Dans un vrai pays de Cocagne.
Vous prenez le chemin de fer De Lyon-Méditerranée ; Vous sentez l'odeur de la mer, Le lendemain dans la journée.
Mon castel est là-haut, là-haut; Mais attendez pour me comprendre :
Point de fatigue, point de chaud ; Pour y monter, il faut descendre.
Ciel toujours bleu, près toujours verts. Fruits toujours mûrs, fleurs toujours fraîches, Jamais d'étés, jamais d'hivers !
Puis quelles chasses, quelles pêciiesl
On n'a pas besoin d'hameçons, De chien, de fusil, de costume :
Nos rivières sont tout poissons, Et nos plaines tout poil et plume.
Vos anguilles et vos brochets Sont plus petits que nos ablettes.
Nos lapins semblent des sachets; Nos lièvres sont des cassolettes.
Dans nos buissons vous ne trouvez Que grives et que tourterelles; Nos trufTes sont de gros pavés, Nos champignons sont des ombrelles.
Avec la main nous attrapons Les bartavelles, les outardes ; Tous nos poulets naissent chapons; Toutes nos poules sont poulardes.
Nous avons des vins excitants Qui chantent l'amour et la gloire ; 11 faut les conserver cent ans Avant de songer à les boire.
Puis c'est un service, un éclat !
Nous avons des chefs, des artistes, Qui mettent les deux mains au plat, Comme à la bouche les dentistes.
Enfin, c'est le pays des Dieux
Que la langue ne peut décrire.
Vous ne me croyez pas? — Tant mieux I
Croyez ce que je vais vous dire :
Une famille de Paimbœuf Vint dnier chez ma tante Isaure
En mil sept cent nonante-neuf ; Eh bien! elle y demeure encore.
Ému par ce dernier détail, Je tombe là comme une tuile :
Ciel ! nos amis infectaient l'ail, Et leur cuisine était à l'huile.