‹ Chansons à direChapitre 115 sur 130 · LES BRUITS DU SILENCE · texte numérisé non relu

LES BRUITS DU SILENCE

A midi, sous l'épais tilleul.

Au milieu de la plaine immense,

Immobile et seul, Écoutez les bruits du silence.

Iicoutez : un frémissement ;

C'est la sauterelle Ou le grillon ; un grincement :

La cigale a tourné gaîment Sa crécelle.

Écoulez : un grelot bavard

Dénonce la vacbe Qui paît les herbes de hasard ; Un frôlement : c'est le lézard Qui se cache.

Écoutez : un coq au lointain

Souffle en sa trompette ; Une flûte au timbre argentin :

C'est notre réveille-matin, L'alouette.

Écoutez : un bourdonnement :

La guêpe ou la mouche ; Dans la feuille un tressaillement:

Elle chante sous l'instrument Qui la touche.

Écoutez : l'air s'est alourdi ;

Le vent et l'abeille Suspendent leur vol engourdi ; C'est l'heure, l'heure de midi: Tout sommeille.

Une cloche : c'est l'Angelus...

Gn coup de fouet, puis un blasphème !...

Ah 1 n'écoutons plus !

C'est l'homme, c'est l'homme lui-même l

INVITATIOiN iMÉRlDlONALE

Voulez-vous faire un bon dîner?

Venez chez nous, à la campagne.

Allons, laissez-moi vous mener Dans un vrai pays de Cocagne.

Vous prenez le chemin de fer De Lyon-Méditerranée ; Vous sentez l'odeur de la mer, Le lendemain dans la journée.

Mon castel est là-haut, là-haut; Mais attendez pour me comprendre :

Point de fatigue, point de chaud ; Pour y monter, il faut descendre.

Ciel toujours bleu, près toujours verts. Fruits toujours mûrs, fleurs toujours fraîches, Jamais d'étés, jamais d'hivers !

Puis quelles chasses, quelles pêciiesl

On n'a pas besoin d'hameçons, De chien, de fusil, de costume :

Nos rivières sont tout poissons, Et nos plaines tout poil et plume.

Vos anguilles et vos brochets Sont plus petits que nos ablettes.

Nos lapins semblent des sachets; Nos lièvres sont des cassolettes.

Dans nos buissons vous ne trouvez Que grives et que tourterelles; Nos trufTes sont de gros pavés, Nos champignons sont des ombrelles.

Avec la main nous attrapons Les bartavelles, les outardes ; Tous nos poulets naissent chapons; Toutes nos poules sont poulardes.

Nous avons des vins excitants Qui chantent l'amour et la gloire ; 11 faut les conserver cent ans Avant de songer à les boire.

Puis c'est un service, un éclat !

Nous avons des chefs, des artistes, Qui mettent les deux mains au plat, Comme à la bouche les dentistes.

Enfin, c'est le pays des Dieux

Que la langue ne peut décrire.

Vous ne me croyez pas? — Tant mieux I

Croyez ce que je vais vous dire :

Une famille de Paimbœuf Vint dnier chez ma tante Isaure

En mil sept cent nonante-neuf ; Eh bien! elle y demeure encore.

Ému par ce dernier détail, Je tombe là comme une tuile :

Ciel ! nos amis infectaient l'ail, Et leur cuisine était à l'huile.

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